Modifié le 14 février 2017

Un essai décortique la culture du viol dans notre société

Une femme violentée.
Marlène Schiappa, auteure de "Où sont les violeurs?" L'invité / 12 min. / le 13 février 2017
"Où sont les violeurs?", l'essai signé par Marlène Schiappa, maire adjointe du Mans en France, conférencière et romancière, analyse la façon dont les récits traitant des viols contribuent à les banaliser.

Nos sociétés cultivent le viol, dénonce Marlène Schiappa dans un entretien dans "Réveil à 3" sur Couleur 3. "On trouve sans cesse des excuses aux violeurs et des responsabilités aux victimes de viol", dit-elle.

La sémantique du viol

Dans les médias, rapporte-elle, le mot "violeur" n'est presque jamais utilisé. On évoque des femmes qui ont fait "une mauvaise rencontre" ou un homme qui a eu "un moment d'égarement". 

Ces mots minimisent, "invisibilisent" et excusent l'acte de viol, puisque le vocabulaire employé culpabilise les victimes. On lit souvent dans la presse qu'une femme a "avoué" un viol, quand généralement se sont les coupables qui avouent.

>> A voir une campagne en Angleterre sur le consentement: 

Dans la culture du viol la honte est toujours du côté des femmes. C’est aussi pour cette raison, entre autres, que les viols sont si peu dénoncés. Seul un violeur sur seize à l'échelle mondiale sera condamné pour ses actes, rappelle-t-elle au micro de la RTS. "Il y a une chape de plomb sur les victimes de violences sexuelles, sexistes et de viol qui les empêchent de s'exprimer et de dénoncer les viols. C'est un cercle vicieux, car si les victimes ne dénoncent pas, les viols continuent de survenir", rajoute-t-elle.  

La victime de viol devient aussitôt une victime, elle est marquée du sceau du viol. En revanche l'homme qui a violé ne devient pas un violeur (...) Il y a une façon de minimiser les actes qui est assez flagrante.

Marlène Schiappa, auteure de "Où sont les violeurs?" aux éditions de l'Aube

Les mythes sur le viol

D'après les études menées par des associations en France, près de 80% des viols sont commis par une personne de l'entourage de la victime en Europe (parent, voisin, ami de la famille, enseignant). Aux États-Unis, c'est le chiffre de 72% qui est retenu. 45% des viols sont commis en pleine journée d'après l'Observatoire national de la délinquance, note-t-elle dans un article dans le Huffington Post.

Pour faire évoluer les consciences, elle propose de lancer de grandes campagnes sur le consentement afin que certains hommes, et même des petits garçons, cessent de considérer le corps de la femme comme un bien public.

mh/mcc

"Où sont les violeurs?" de Marlène Schiappa est paru le 2 février 2017 aux éditions de l'Aube.

Publié le 13 février 2017 - Modifié le 14 février 2017