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Le 50e Festival de la BD d'Angoulême met l'accent sur le manga

Des visiteurs dans l'espace Manga City du Festival de la bande dessinée d'Angoulême, le 19 mars 2022. [YOHAN BONNET  - APF]
Des visiteurs dans l'espace Manga City du Festival de la bande dessinée d'Angoulême, le 19 mars 2022. [YOHAN BONNET - APF]
Le Festival international de la BD d'Angoulême, dans l'ouest de la France, fête sa 50e édition à partir de jeudi, en misant sur le manga pour attirer les foules, une fois éteinte la polémique qui a fait annuler l'exposition Bastien Vivès. Riad Sattouf remporte le Grand Prix.

L'événement est la première exposition en Europe de Hajime Isayama, auteur de "L'attaque des titans", un succès mondial en livres comme en série animée. Cette vedette internationale du manga de 36 ans donnera une "masterclass" samedi au théâtre d'Angoulême, qui affiche déjà complet. 

Autres "mangakas" mis à l'honneur avec une exposition chacun: Ryoichi Ikegami, 78 ans, célèbre pour ses personnages de gangsters, dessinateur entre autres de la série "Crying Freeman", et Junji Ito, 59 ans, dont le travail dans l'horreur vient d'être adapté en série par Netflix ("Maniac par Junji Ito, anthologie macabre").

Le manga, BD japonaise, ou d'inspiration japonaise, s'est taillé une place de choix chez les libraires en France ces dernières années. En 2022 selon l'institut GfK, sur les 100 livres les plus vendus, un quart étaient des mangas.

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L'espace Manga City, un pavillon de 2500 m2, est un incontournable pour les fans, avec rencontres, débats, projections et même cours de dessin. S'y ajoute la Halle 57, redécorée comme une grande ville asiatique sous le nom d'Alligator 57.

Le Grand Prix de la Ville

Le point d'orgue est la remise annuelle du Grand Prix de la Ville d'Angoulême à un auteur consacré par un vote de ses pairs pour l'ensemble de son oeuvre. La cérémonie a lieu mercredi soir (lire encadré).

Les trois prétendants cette année sont l'Américaine Alison Bechdel, la Française Catherine Meurisse et le Franco-Syrien Riad Sattouf. Catherine Meurisse est finaliste pour la quatrième année consécutive. Est-ce la bonne?

Elle est face à deux rivaux très appréciés, une dessinatrice qui a porté haut la cause féministe, au-delà de la BD avec le fameux "test de Bechdel" pour savoir si un film est machiste, et l'auteur de "L'Arabe du futur", qui en 2016 avait décliné d'être candidat à ce prix en découvrant qu'il l'était avec 29 autres hommes, et zéro femme (lire aussi l'encadré).

Le Festival d'Angoulême a traversé bien des polémiques. Cette année, elle portait sur une exposition qui devait s'intituler "Dans les yeux de Bastien Vivès".

L'idée que cet auteur, habitué à venir en dédicace, ait droit à cet honneur a soulevé l'indignation de lanceurs de pétition et d'associations hostiles à son oeuvre, où certains titres mêlent mineurs et pornographie. L'exposition n'aura pas lieu.

>> A lire aussi: L'exposition Bastien Vivès annulée par le festival d'Angoulême après des "menaces"

afp/olhor/vic

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Riad Sattouf remporte le Grand Prix

Riad Sattouf a remporté mercredi soir le Grand Prix au Festival d'Angoulême, plus haute récompense du monde de la bande dessinée. Le Franco-Syrien de 44 ans, notamment auteur de la série "L'Arabe du futur", a été élu par ses pairs auteurs de BD. Il a reçu la distinction lors de la cérémonie d'ouverture au Théâtre d'Angoulême. "C'est très impressionnant", a-t-il déclaré après une standing ovation.

Il a rendu hommage à sa grand-mère maternelle, la première qui a cru en son talent. "J'ai voulu faire une bande dessinée en imaginant qu'elle voudrait la lire, elle qui n'aimait pas ça", a-t-il expliqué au sujet de "L'Arabe du futur", sa série autobiographique en six tomes. "Je suis profondément honoré et ému (...) C'est la pièce maîtresse qui manquait en haut de la pyramide de mon ego", a-t-il plaisanté. "Faites des livres, et encore des livres. D'ailleurs c'est ce que je vais faire moi aussi".

Catherine Meurisse, la Poulidor de la BD

Riad Sattouf a devancé deux femmes. Pour la Française Catherine Meurisse, c'est la quatrième fois consécutive qu'elle est battue en finale. Elle peut se consoler avec son entrée à l'Académie des Beaux-Arts en novembre. L'Américaine Alison Bechdel avait quant à elle reçu une forme de reconnaissance, moins visible mais plus rare, quand "Les Secrets de la force surhumaine" avait été retenu par le prix Médicis dans sa première sélection en littérature étrangère en septembre.

Mais il est difficile de rivaliser avec la cote d'amour dont bénéficie Riad Sattouf au sein du milieu de la BD. Et sa légitimité artistique ne fait de doute pour personne. "L'Arabe du futur" s'est vendue à plus de trois millions d'exemplaires dans le monde. Il a aussi connu des succès éclatants avec "Les Cahiers d'Esther" ou encore "Le Jeune Acteur".

Encore peu d'auteurs extra-européens primés

Le Grand Prix de la Ville d'Angoulême, remis depuis 1974, compte à son palmarès tous les grands noms de la bande dessinée, particulièrement franco-belge, mais aussi les Suisses Zep (en 2004) et Cosey (en 2017).

Le palmarès ne s'est que peu ouvert aux autres continents, primant principalement quelques auteurs venus des Etats-Unis, un Argentin, et récemment deux japonais: Katsuhiro Ôtomo ("Akira") en 2015 et Rumiko Takahashi ("Lamu", "Ranma 1/2") en 2019. Akira Toriyama, célèbre notamment pour "Dragon Ball", a lui obtenu en 2013 le "Prix du quarantenaire" du festival.

En 2022, c'est la Canadienne Julie Doucet qui avait été récompensée.

La dessinatrice Marion Fayolle dans la sélection officielle

Triple lauréate du concours Jeunes Talents lors du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, la dessinatrice française Marion Fayolle y revient cette année en sélection officielle avec son dernier livre intitulé  "La maison nue" (éd. Magnani). Elle y côtoie Alison Bechdel, Catherine Meurisse, Riad Sattouf ou Blutch.

L'Ardéchoise a installé dans un édifice en briques rouges sur le point d'être démoli trois personnages aux contours abstraits, mouvants, qui chacun peinent à fréquenter le monde extérieur. Son album évoque les douleurs que nous nous infligeons parfois, la peur de la solitude et le charme inaltérable de la mélancolie.

>> A écouter: l'interview de Marion Fayolle dans le 12h30

La dessinatrice Marion Fayolle [Selbymay - CC BY-SA 4.0]Selbymay - CC BY-SA 4.0
L’invitée du 12h30 - Marion Fayolle présente son livre "La maison nue" / Le 12h30 / 8 min. / lundi à 12:52