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"La maison ZHM", un récit autour de la maladie d'Alzheimer signé Marie Fabre

Marie Fabre. [DR]
Marie Fabre à propos de son premier roman,"La Maison ZHM", ed. Buchet-Chastel / QWERTZ / 20 min. / le 18 janvier 2023
La poétesse et romancière, Marie Fabre signe son premier récit auto-fictif "La maison ZHM". Un texte qui met en scène les visites quotidiennes d'une petite-fille à sa grand-mère internée en EHPAD (EMS). Paru aux éditions Buchet Chastel, le récit claque et émeut.

Dans des pages ciselées, Marie Fabre s'inspire de sa propre expérience d'accompagnement d'une personne âgée atteinte de la maladie d'Alzheimer. A travers le regard acéré d'une narratrice, l'écrivaine française nous fait vivre le terrassement qu'elle a éprouvé face au délitement irréversible de sa propre grand-mère maternelle. Et pour ne pas oublier, Marie Fabre a décidé de l'écrire dans "La maison ZHM".

Ce qui m'a poussé à prendre la plume et à passer de la poésie à la prose a été le foudroiement qu'a été cette expérience d'accompagnement d'une personne atteinte d'Alzheimer. Ce vécu a transformé ma vision de la réalité et a fait vaciller quelque chose dans mes certitudes; c'est ce que j'ai voulu coucher sur papier.

Marie Fabre

Une histoire personnelle à l'écho collectif

La référence à cette démence se trouve dans le titre même de l'ouvrage et l'écrivaine y a repris trois consonnes du mot "Alzheimer", ce qui donne "ZHM". Trois lettres qui représentent également le code d'accès pour l'étage des patients atteints de cette maladie dans l'hôpital où se rend régulièrement la narratrice.

Le récit a été écrit sur une durée de cinq ans, de 2016 à 2021, et il a traversé de manière tout à fait imprévisible la pandémie du Covid, pandémie qui a mis sur le devant de la scène les institutions des personnes âgées et leur devenir. "La maison ZHM" fait des allers-retours entre le milieu urbain de la narratrice (le café, chez elle, la station de train) et ses visites à l'hôpital, un va-et-vient qui raconte l'extérieur et l'intérieur. Profondément imbriquées ensemble, les deux histoires ont été rédigées durant de périodes différentes. Ainsi, le récit dans l'EHPAD était déjà terminé lorsque la pandémie a été déclarée officiellement, l'influence concrète a donc été moindre pour l'écrivaine. Les événements lui ont simplement permis de réaliser à quel point son histoire personnelle trouvait un écho soudain avec le vécu collectif.

Un mouvement pendulaire

La narratrice se met en branle et saute dans le premier train à la réception d'une lettre de sa grand-mère, dont les premiers mots manuscrits "Dans tout ce noir qui me baigne" reviennent la hanter durant le récit, comme un refrain qui prolonge le mouvement pendulaire de l'extérieur vers l'intérieur et vice-versa.

On peut lire à la page 8 de "La maison ZHM": "Je grimpai dans le train qui me ramenait à ma ville d'origine (…) La lettre commençait ainsi: 'Dans tout ce noir qui me baigne'. Ce bout de phrase d'une lettre laissée sans réponse tournait désormais comme un ver dans ma tête. Je regardais le paysage défiler en pensant à ma frêle grand-mère en son salon écrivant cette ligne, et l’obscurité comme une substance liquide coulant de ses doigts, une fumée remplissant ses orbites."

Une généalogie de femmes des années 1950

Durant ces nombreuses heures passées auprès de sa grand-mère à l'hôpital, Marie Fabre s'est rendue à l'évidence que bon nombre des patientes atteintes de la maladie sont des femmes. L'explication scientifique étant d'une part que les femmes ont une durée de vie plus longue que les hommes, et sont par conséquent davantage susceptibles de développer des maladies démentielles. Et d'autre part, l'influence des molécules présentes dans les anxiolytiques, des médicaments plus souvent consommés par les femmes; une explication qui pourrait être, elle aussi, à l'origine de la maladie d'Alzheimer.

Dans "La maison ZHM", l'écrivaine française a voulu se pencher non seulement sur le développement de cette démence, mais aussi sur ses causes. Cela pour donner la voix à la génération de sa grand-mère: des femmes des années 1950 qui ont été, pour la plupart, des femmes au foyer toute leur vie. L'enfermement dans une existence domestique répétitive et aliénante devient alors, selon l'autrice, un environnement propice à l'angoisse et à la dépression et donc à la consommation d'anxiolytiques.

En parlant de la condition de ces femmes au foyer enfermées dans l'EHPAD de son ancêtre, Marie Fabre a souhaité explorer non pas l'origine physiologique ou biologique de la maladie d'Alzheimer, mais davantage ses causes psychologiques et politiques.

Layla Shlonsky/ld

Marie Fabre, "La Maison ZHM", ed. Buchet Chastel.

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