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Julien Burri: "Ça fait très longtemps que je suis nostalgique"

L'écrivain Julien Burri.
Mercedes Riedy [Mercedes Riedy]
L'invité: Julien Burri, "Roches tendres" / Vertigo / 20 min. / le 10 janvier 2022
Dans son quatrième roman, "Roches tendres", l'écrivain vaudois Julien Burri conte l'histoire d'un homme qui, parti à la recherche de sa femme qui a disparu, se retrouve aux prises avec son passé par le biais d'une maison familiale devenue inhabitée.

"Roches tendres" arrive cinq ans après "Prendre l'eau" qui plaçait le Léman à l'origine d'un drame. Ici ce n'est plus l'eau mais la molasse qui est la matière première du nouveau roman de l'écrivain romand Julien Burri.

"Comme pour mes autres textes, ce livre est né d'un problème, d'une émotion qui n'était pas forcément agréable", explique l'auteur à la RTS. Ici, c'est la visite de la maison de mes grands-parents, au moment où elle était devenue inhabitée depuis quelques années. Je ne m'attendais pas à ressentir quelque chose d'aussi fort. C'était triste et à ce moment-là, quelque chose en moi a résonné."

La molasse, cette pierre pauvre et poreuse

Une maison de famille fabriquée comme d'autres dans cette région en molasse grise. Sensible aux matières, l'écrivain commence pourtant par la détester. "Ce gris, c'était la couleur des dimanches de l'enfance. Quelque chose d'assez angoissant".

Ecrire ce livre lui a permis de trouver une beauté, une noblesse à cette molasse. "C'est une pierre humble, qui ne fait pas mal et qui se défait en rondeur. Une pierre pauvre et poreuse qui absorbe et qui est influencée par ce qui l'entoure", développe l'auteur vaudois.

Un travail d'écriture compliqué

Au départ, il y a donc cette visite et ce ressenti rempli de nostalgie. Sentiment qui va ensuite laisser place à quelque chose de plus poétique. Mais le travail d'écriture sera long et compliqué. "J'étais enfermé, étouffé dans cette molasse", se souvient Julien Burri, déjà auteur d'une quinzaine d'ouvrages.

Pendant longtemps ce texte en chantier avait pour titre "Molasse", "ce qui me portait la poisse", confie encore l'écrivain vaudois. Son éditrice lui propose de trouver autre chose et ça sera "Roches tendres". Un titre en forme d'oxymore, cette figure de style qui associe des extrêmes et qui met en relation "des choses que l'on a pas l'habitude de voir associées."

A la frontière entre poésie et roman

Un titre poétique qui offre une belle clé de lecture et aussi d'écriture puisqu'à partir de ce changement, Julien Burri réussit enfin à donner une forme définitive à son récit. "Roches tendres" raconte l'histoire d'un homme à la recherche de sa femme, Grace, dont il constate l'absence inexpliquée. Un personnage féminin, inspiré par Grace Kelly et très hitchcockien, qui est à la limite du réel. Un flou voulu et travaillé avec minutie par l'écrivain.

Quant au narrateur, c'est un personnage en quête de fusion qui, tout en cherchant sa femme, se retrouve dans sa maison familiale devenue inhabitée, mais pleine d'objets qui font renaître mots, images et discussions surgis de son passé.

Un livre à la lisière entre poésie et roman qui fait beaucoup appel aux sens, en particulier aux odeurs, qui, on le sait depuis Proust, sont l'un des plus efficaces déclencheurs de réminiscences et de nostalgie.

La maison familiale de Julien Burri est aujourd'hui détruite, mais l'auteur a trouvé moyen, à travers son roman "Roches tendres", de lui offrir l'immortalité.

Propos recueillis par: Anne Laure Gannac

Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente

Julien Burri ,"Roches tendres", Editions d'Autre part.

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