Publié

Titiou Lecoq: "Ce qui concerne les femmes est toujours considéré comme anecdotique"

L’essayiste et journaliste française Titiou Lecoq décortique la place de la femme dans l’histoire, entre mythes défaits et fragile émancipation [RTS]
L’essayiste et journaliste française Titiou Lecoq décortique la place de la femme dans l’histoire, entre mythes défaits et fragile émancipation / 12h45 / 3 min. / le 21 octobre 2021
Dans son dernier livre, la journaliste et essayiste Titiou Lecoq s'interroge sur la place des femmes dans l'histoire. Invitée dans le 12h45 de jeudi, elle explique que notre façon de raconter et d'enseigner le passé a mis de côté les femmes.

Les femmes ont combattu, régné, milité. Pourtant, elles n'occupent qu'une toute petite place dans nos livres d'histoire. C'est ce que démontre Titiou Lecoq dans son dernier livre, "Les Grandes Oubliées".

Invitée sur le plateau du 12h45, l'écrivaine explique que "ce qui concerne les femmes est toujours considéré comme un peu anecdotique. Même l'histoire des femmes n'est pas considérée comme de la "vraie" histoire."

Dans son livre, Titiou Lecoq déconstruit les mythes autour de la place des femmes dans l'histoire. Elle rappelle par exemple que la femme préhistorique ne passait pas son temps à s'occuper de sa caverne en attendant le retour de son mari chasseur.

"La préhistoire est une période qu'on découvre au XIXe siècle. A ce moment-là, les gens se disent que comme au XIXe les femmes sont à la maison, ça devait être pareil à la préhistoire. On a ainsi projeté des stéréotypes de l'époque sur la préhistoire. Puis on a perdu les stéréotypes du XIXe siècle, mais on a gardé ceux sur la préhistoire", retrace Titiou Lecoq.

Pas un "complot des hommes contre les femmes"

Des erreurs de ce type se retrouvent tout au long de l'historiographie. Titiou Lecoq explique que cette mise à l'écart des femmes n'est pas toujours issue d'une volonté consciente. "Il n'y a pas un grand complot des hommes contre les femmes. Les mécanismes sont très compliqués."

Néanmoins, "il y a des moments où des offensives se font contre les femmes pour réduire leurs libertés". La journaliste prend pour exemple la loi salique, qui stipule que les femmes ne peuvent pas accéder au trône de France. "Là, on est vraiment sur un cas de malveillance. On aurait dû avoir dans l'histoire de France une reine de France."

"Elle avait cinq ans à ce moment-là, mais son oncle a trouvé un texte qui dit que les femmes ne peuvent pas être reines gouvernantes. Les historiennes ont toutefois démontré que c'était un montage de vieux textes mal traduits et que c'était sciemment pour l'écarter du pouvoir. Et après on a eu que des rois."

Les femmes "évacuées" de l'histoire du fascisme

Titiou Lecoq explique que les femmes ont aussi été négligées dans l'historiographie du XXe siècle. L'écrivaine se base sur l'histoire du fascisme, qui omet de présenter ces mouvements comme étant des idéologies avant tout fondées sur la misogynie, faisant de la lutte contre les droits des femmes leur socle de pensée.

"L'idée de décider quelles femmes doivent faire davantage d'enfants et quelles femmes n'ont plus de droit d'en faire – en d'autre mots avoir le contrôle des utérus des femmes –, c'est quelque chose de très important dans la pensée fasciste. Mais c'est évacué, on ne nous le présente pas sous cet angle-là."

Interview TV: Claire Burgy

Version web: Antoine Schaub

Publié