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Les mangas et les jeunes, une idylle littéraire en Europe aussi

La manga mania. [toucanet - Depositphotos]
La passion des jeunes pour les mangas / Tribu / 26 min. / le 9 septembre 2021
Depuis son apparition en Europe, le manga fait sensation auprès des adolescents et adolescentes. Qu'est-ce qui fait lʹattrait de cette bande dessinée d'origine japonaise auprès des jeunes? Réponses avec Grégoire Hellot, directeur éditorial des éditions Kurokawa.

Des personnages avec des grands yeux – inspirés de ceux de Walt Disney –, des histoires pour la plupart en noir et blanc qui se lisent de droite à gauche, telles sont quelques-unes des caractéristiques des mangas.La couverture du tome 1 du manga "Pokémon, la grande aventure". [MATO, Hidenori KUSAKA/Kurokawa]La couverture du tome 1 du manga "Pokémon, la grande aventure". [MATO, Hidenori KUSAKA/Kurokawa]

Pour comprendre leur succès chez nous, il faut remonter dans les années 1970-1980. Avec des personnages comme Goldorak à la télévision, les enfants et les adolescents sont biberonnés aux animés – le nom donné aux dessins animés japonais – grâce au Club Dorothée et à Récré A2.

"Les séries japonaises étaient moins chères que les séries américaines ou françaises à l’époque", explique Grégoire Hellot, directeur éditorial des éditions Kurorawa ("Pokémon", "Full Metal Alchemist"). "'Goldorak' était un essai extrêmement probant, et toutes les chaînes de télévision voulaient diffuser des dessins animés japonais.

 Mettez-vous dans la peau des enfants en 1978: toute leur vie, ils ont regardé 'Tom & Jerry' ou les 'Looney Tunes' à la télévision. D’un coup, ils découvrent des histoires où des personnages traversent l'univers dans des vaisseaux spatiaux, où des héroïnes font face à l’amitié, à la trahison ou à la mort comme 'Candy'". Ces sujets étaient très peu abordés dans les œuvres pour enfants à l’époque. C’est un choc émotionnel."

Un succès dans la durée

Cinquante ans plus tard, l'offre est pléthorique en bande dessinée pour les jeunes, mais le manga marche toujours. Pourquoi? Selon Grégoire Hellot, cela est dû à "la puissance de narration des mangas. Ces œuvres n’ont pas peur d’utiliser de nombreuses pages pour caractériser leurs personnages.

L’implication émotionnelle y est également plus forte." Cette puissance de narration est premièrement due à l’espace disponible pour raconter l’histoire. "Un album de bande dessinée, c’est 50 pages. Donc en 50 pages, le personnage doit à la fois se faire connaître du lecteur, évoluer et résoudre son histoire. Par exemple, que sait-on d’Astérix? On sait qu'il aime le sanglier, qu'il est copain avec Obélix, mais c’est tout. Tandis qu’en un tome de manga, le lecteur a le temps de découvrir le personnage principal, ce qu'il aime, ce qu'il déteste, ses habitudes, etc."

En bande dessinée, les personnages sont au service de l’histoire, tandis qu’en manga, l’histoire est au service des personnages.

Grégoire Hellot

L'autre facteur qui fait que le manga fonctionne est sa qualité de feuilleton. "Les mangas sont soumis à une très forte concurrence au Japon. Nous les recevons en format relié en Europe, mais au Japon chaque chapitre est prépublié dans un magazine", explique Grégoire Hellot. "Les lecteurs sont ensuite invités à partager leur avis sur les différentes séries en cours. En cas de trop d’avis négatifs, l'histoire est coupée. Chaque chapitre doit donc être très dynamique et accrocheur."

À qui s’adressent les mangas?

"Même si le cœur du marché se situe chez les adolescents, il existe un manga pour tout âge, de la petite enfance au retraité. Les sujets sont variés, du golf à la finance en passant par la cuisine, et donc pas tous exportables chez nous. En France, le gros de la production est destiné aux adolescents et aux jeunes adultes", explique Grégoire Hellot.

De l'écran au papier

Certains mangas bénéficient d’une adaptation sur écran, en animé ou en live, à l’instar de Netflix qui produit certaines séries. "En 2020, le marché des mangas se portait déjà très bien, mais ces adaptations font partie de leur explosion. Le confinement a d’ailleurs profité aux mangas. Je pense que comme dans les années 1980 et 1990, les mangas ont décollé parce qu'on connaissait les dessins animés dont ils étaient issus, car ils étaient diffusés à la télé. En 2020, lorsque des mangas comme 'Fullmetal Alchemist' ou 'One Punch Man' ont droit à des adaptations en dessin animés ou en films, et qu’ils sont en plus diffusés sur des plateformes comme Netflix, cela va attirer un nouveau public qui va peut-être s’intéresser aux versions papier."

Propos recueillis par Julien Magnollay

Adaptation web: Myriam Semaani

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