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Comment Son Goku de "Dragon Ball" a conquis la francophonie

Le personnage de Dragon Ball. [Sébastien Rabany - AFP]
Dragon Ball, une histoire française / Vertigo / 9 min. / le 29 juin 2021
Dans son livre "Dragon Ball, une histoire française", l’autrice Bounthavy Suvilay analyse les adaptations plus ou moins réussies du manga et de la série animée "Dragon Ball" d’Akira Toriyama dans la langue de Molière.

La naissance de la série "Dragon Ball" a lieu en 1984 au Japon à travers la plume d’Akira Toriyama. Il dessine alors le manga – le nom donné aux bandes dessinées japonaises – racontant les histoires de son héros Son Goku. Le dessin animé, ou "anime" pour les fans, n'existe pas encore.

>> À regarder, le générique de la série "Dragon Ball", interprété par Ariane du Club Dorothée:

La série animée arrive en francophonie dans les années 1990. Elle remporte un franc succès en France et en Suisse romande grâce à sa diffusion dans l'émission Club Dorothée sur TF1. Avant de passer à la télévision française, "Dragon Ball" doit passer entre les mains des sociétés de diffusion locales. Ces dernières l’interprètent alors selon le paradigme de lecture de leur pays, et n'ont pas accès à l'histoire du genre dans laquelle s'inscrit la série japonaise.

"Dragon Ball" a-t-il été adapté spécialement pour le public du Club Dorothée? L’autrice française Bounthavy Suvilay, docteure en lettre moderne et spécialiste de la pop culture, s’intéresse à la question dans son La couverture du livre "Dragon Ball, une histoire française" de Bounthavy Suvilay. [Presses Universitaires de Liège]La couverture du livre "Dragon Ball, une histoire française" de Bounthavy Suvilay. [Presses Universitaires de Liège]livre "Dragon Ball, une histoire française". Elle y raconte comment le manga et la série animée de "Dragon Ball", objets culturels japonais créés par Akira Toriyama, ont été adaptés pour nos contrées afin de faciliter la compréhension de leur univers.

Quand Dorothée rencontre Son Goku

Adapté du manga, c’est pourtant le dessin animé "Dragon Ball" qui arrive le premier en France et en Suisse romande. Les enfants collectionnent les produits dérivés comme les cartes "Dragon Ball", en vogue dans les cours de récréation dans les années 1990, mais ne connaissent pas la signification du jeu qu'elles incarnent.

Le rôle du générique de la série télévisée est lui aussi abordé de manière différente. Tandis qu'il s'adresse à un public plutôt adulte au Japon, notre version francophone est destinée aux enfants. "Comme tout produit inédit et étranger qui vient d’une autre civilisation, on compare avec ce qu'on a déjà. TF1 a tendance à censurer tout ce qui peut faire penser à de la violence dans ses dessins animés, qu'ils soient français ou japonais", explique Bounthavy Suvilay. Résultat: des épisodes parfois entièrement coupés et reformatés pour correspondre à un public d'enfants, notamment au niveau des génériques.

Son Goku est un héros intéressant parce qu'il ne rentre dans aucune case.

Bounthavy Suvilay

Autre référence perdue, celle du roman de l'auteur Chinois Wu Cheng En "La Pérégrination vers l'Ouest", parfois appelé "Roi des Singes". "Initialement, 'Dragon Ball' est une parodie du 'Roi des singes'. C’est un truc qui passe totalement inaperçu en France et en Occident, parce que c’est un roman qu'on ne connaît pas. Mais ce n’est pas grave!", rit l'autrice.

Une série stigmatisée

Selon Bounthavy Suvilay, le personnage de la série est intéressant car atypique. Lorsque le dessin animé est diffusé pour la première fois en France, il est loin de faire l'unanimité: "tout le monde déteste 'Dragon Ball': les gens de droite parce que la série est violente et qu'elle provient d’une autre culture, et les gens de gauche parce que le héros est un individu qui se bat pour lui-même. Son Goku, le personnage principal, est un crétin. Parce qu'il est un crétin, il ne va écouter aucune autorité. Ce qui l’intéresse, c’est d’être le plus fort."

Propos recueillis par Witold Langlois

Adaptation web: Myriam Semaani

Bounthavy Suvilay , "Dragon Ball, une histoire française", éditions ACME (Presses Universitaires de Liège).

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