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Un livre dévoile les souffrances de Nadia Comaneci sous Ceausescu

Nadia Comaneci lors des Jeux Olympiques de Montréal, en 1976.  [STAFF / EPU -  AFP]
Nadia Comaneci, derrière le mythe, la face sombre du régime roumain / La Matinale / 1 min. / le 19 avril 2021
Basé sur des milliers de pages de rapports secrets déclassifiés, le livre "Nadia et la Securitate", paru récemment en Roumanie, révèle les mauvais traitements physiques et psychologiques subis par la prodigieuse gymnaste Nadia Comaneci de la part du régime communiste.

Légende de la gymnastique, star des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, cinq fois médaillée d'or dans sa carrière aux JO, Nadia Comaneci a subi les foudres de la Securitate, la police secrète roumaine, qui officiait notamment lors du règne du dictateur Nicolae Ceausescu (de 1967 à 1989).

A seulement 14 ans, Nadia Comaneci remporte à Montréal, en 1976, non seulement la première note de 10 de l'histoire de la gymnastique, mais elle renouvelle l'exploit pas moins de sept fois. Derrière l'héroïne du travail socialiste, symbole et mythe d'une nation, il y a a la face sombre du régime communiste de Nicolae Ceausescu et ses mauvais traitements physiques et psychologiques. Cette histoire sombre est enfin dévoilée dans le livre "Nadia et la Securitate", basé sur des milliers de pages de rapports secrets déclassifiés.

>> A regarder, l'époustouflante prestation de Nadia Comaneci en 1976:

 

Un conte de fées

La petite Roumaine Nadia Comaneci fut un symbole de la perfection en gymnastique. Mais derrière le conte de fée se cachait le drame de son pays, étouffé par la dictature du "Conducator" Nicolae Ceausescu. La police politique de l’époque, la Securitate, avait tissé autour de la championne mondiale une toile d’intrigues et de contrôle très sophistiquée.

L'auteur et historien Stejarel Olaru dévoile l'impressionnant dispositif de répression, formé d'agents secrets, médecins, responsables de la Fédération, mais aussi du pianiste de l'équipe ou du chorégraphe, mis en place par le régime pour surveiller Nadia. Nom de code? "Corina". L'auteur a pu consulter des milliers de pages de rapports déclassifiés, nourris de délations et de conversations téléphoniques interceptées par l'ex-police politique. Afin de vérifier la pertinence et la véracité de certaines informations il a réalisé plusieurs entretiens avec la sportive.

Les documents témoignent de la "relation abusive" tenant plus du dressage que de l'entraînement à laquelle la "fée de Montréal" était assujettie par son mentor Bela Karolyi, raconte l'écrivain cité par l'AFP.

>> Voir aussi: Lola Lafon présente son livre "Nadia, la petite communiste qui ne souriait jamais"

L'invitée culturelle: Lola Lafon Nadia présente son livre "La petite communiste qui ne souriait jamais" [RTS]
L'invitée culturelle: Lola Lafon Nadia présente son livre "La petite communiste qui ne souriait jamais" / 12h45 / 6 min. / le 6 février 2014

Violence, terreur et brutalité

"Les filles sont frappées tellement fort qu'elles subissent des hémorragies nasales", rapporte une informatrice, évoquant la "terreur et la brutalité" exercées par M. Karolyi, tandis qu'un médecin accuse ce dernier de traiter les sportives de "vaches" ou d'"idiotes".

Dans son journal intime, Nadia décrivait des coups subis quand les filles rataient un exercice, selon un informateur qui en avait lu des extraits.

Contraintes de s'entraîner jusqu'à l'épuisement même lorsqu'elles étaient blessées, les jeunes sportives étaient en outre privées de soins médicaux. La mère de Nadia s'en était d'ailleurs plainte auprès de la Fédération et avait demandé de parler directement à Ceausescu. L'entrevue fut néanmoins annulée au dernier moment, sans explications.

>> Voir aussi :

Médaille - Nadia Comaneci (Montréal 1976)
Médaille - Nadia Comaneci (Montréal 1976) / Un objet, un exploit / 1 min. / le 19 juillet 2012

Good bye Romania

Après son retrait de la vie sportive, en 1984, Nadia était devenue "prisonnière" dans son propre pays, se voyant interdire - à de rares exceptions - de voyager à l'étranger. Elle parvient tout de même à franchir illégalement la frontière avec la Hongrie fin novembre 1989 avant de s'envoler pour demander l'asile politique aux Etats-Unis.

Le régime communiste roumain avait fait d'elle un outil majeur de propagande mais elle a fini par devenir une victime d'un des régimes plus dur du bloc de l'Est.

Mirel Bran

Adaptation web: Miruna Coca-Cozma

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