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Artmedia, l'agence du cinéma français qui a inspiré la série "Dix pour cent"

Le producteur Dominique Besnehard le 13 octobre 2020 au Festival International des Séries de Cannes. [Valery HACHE - AFP]
Les invités : Dominique Besnehard et Nedjma Van Egmond, "Artmedia, une histoire du cinéma français" / Vertigo / 29 min. / le 13 avril 2021
Artmedia est l'une des plus prestigieuses agences artistiques. Elle a inspiré à Dominique Besnehard, son agent vedette, la série à succès "Dix pour cent". Un livre, "Artmedia, une histoire du cinéma français", raconte les grands moments de l'agence artistique.

Des (vraies) stars dans leur rôle, des agents, les coulisses de leurs succès et de leurs échecs. Et leur vie privée (si toutefois elle était possible). La série "Dix pour cent", initiée par le producteur Dominique Besnehard, raconte tout cela, dans les coulisses de l’agence imaginaire ASK, copie conforme de la fameuse et réelle Artmedia.

Le réel, les souvenirs, les anecdotes transposés ont fait le succès planétaire de la série. Il fallait aussi raconter les coulisses de son inspiration, l'agence Artmedia, de sa création à son déclin. Des stars (encore!), de l'action, de l'amour, de la haine, du suspense et même… un meurtre! Il y a tout cela dans le livre "Artmedia, une histoire du cinéma français".

Les grands moments d'une agence

Un récit emmené par la journaliste Nedjma van Egmond et initié par Dominique Besnehard, le roi des agents d'artistes. "J'avais beaucoup aimé 'Le Nouvel Hollywood', livre de Peter Biskin qui racontait les nouveaux producteurs et les agents, Steven Spielberg et Georges Lucas à leurs débuts. Et je m'étais dit qu'il faudrait raconter Artmedia, la première agence d'Europe, qui fonctionnait sur le même modèle", explique Dominique Besnehard à la RTS.

Il fallait un visionnaire comme Gérard Lebovici, passé "du secrétariat d'artiste artisanal - il n'y avait que deux agences à l'époque - à une entreprise incontournable qu’il a créée. La série 'Dix pour cent' parle du quotidien d'une agence, nous racontons dans ce livre les grands moments de Artmedia et ses trois époques: la fondation avec Lebovici le mystérieux, puis Jean-Louis Livi, le producteur proche des gens, et enfin l'ère de Bertrand de Labbey, le gestionnaire".

Le mystère Lebovici

Le 5 mars 1984, dans un parking parisien, on retrouve dans sa voiture un homme abattu de quatre balles dans la nuque. Une douille posée verticalement en évidence sur la lunette arrière est la marque d'un contrat, l'œuvre d'un tueur à gages. Cet homme, pourtant inconnu du grand public, va pourtant faire la une de tous les médias. Ces quatre balles ont tué Gérard Lebovici, le patron de la toute puissante agence Artmedia qui, à l'époque, fournit 80% des génériques du cinéma français, on parle même de "films Artmedia"!

Pour Nedjma van Egmond, le producteur Gérard Lebovici est le grand "méconnu de cette affaire. C'est un homme qui goûtait peu aux paillettes, une personnalité mystérieuse et fascinante avec deux facettes. Il y avait d'un côté l'agent artistique qui côtoyait les plus grandes stars et de l'autre, le fondateur de la maison d'édition Champ Libre, très proche de l'extrême-gauche radicale et mécène de l'écrivain-cinéaste militant Guy Debord. Il avait acheté une salle de cinéma pour y projeter uniquement ses films, le plus souvent devant une salle vide. Etrangement, ces deux mondes ne se rencontraient jamais. Comme le dit l'un de ses fils: 'il y avait un monde en couleurs, le cinéma, et un monde en noir et blanc, l'édition et Guy Debord'".

Un livre sans Deneuve et Depardieu

Jamais élucidé, ce meurtre d'un homme qui était également le tuteur de la fille du braqueur Jacques Mesrine nous ramène à une époque qui savait "conserver son mystère", indique Dominique Besnehard. "Les stars aujourd'hui montrent leurs chiens ou leurs chats sur les réseaux sociaux. Il n'y a plus de mystère. On sait tout, tout de suite, et on oublie aussitôt". Nedjma van Egmond constate que deux stars n'ont pas voulu témoigner pour le livre: Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. "C'est frustrant, mais cela dit quelque chose d'une génération de stars qui reste un peu inaccessible et emporteront avec elles quelques secrets liés à Artmedia".

Ces actrices et acteurs ont grandi patiemment à l'ombre et dans le regard de leurs aînés. Dominique Besnehard regrette qu'aujourd'hui que "les acteurs soient précipités tout de suite dans le grand bain quand ça marche. Catherine Deneuve et Gérard Depardieu ont commencé par des petits rôles, progressivement, les jeunes acteurs sont quant à eux prisonniers de cette rapidité. Et changent d'agent tous les six mois si ça ne marche pas tout de suite". Serge Rousseau, "un homme dont il faut parler, très grand agent d'Artmedia, disait que l'important n'était pas de percer mais de durer, souligne Nedjma van Egmond. Aauparavant, les agents accompagnaient les talents pendant quinze à vingt ans, aujourd'hui les acteurs s'éparpillent".

Et puis parfois, c'est l'actrice qui "recadre" son agent, comme Nathalie Baye l'a fait avec Dominique Besnehard, qui en sourit encore: "Si Nathalie Baye m'avait quitté parce que je ne travaillais pas bien pour elle, ça m'aurait fait beaucoup de peine. Elle m'a recadré, ça m'a fait beaucoup de bien, mais elle est comme une grande sœur pour moi! J'ai toujours eu besoin de sœurs, comme Marlène Jobert, Nathalie ou Sandrine Bonnaire. J'ai l'impression d'être en famille. Je ne vis qu'à travers les talents et dans ce métier. Le cinéma, le théâtre et la littérature, c'est tout ce qui m'intéresse".

Pierre Philippe Cadert/ld

"Artmedia, une histoire du cinémas français", Nedjma van Egmond et Dominique Besnehard, Editions de l'Observatoire.

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"Dix pour cent" revient pour une 5e saison et dans un film

La série française "Dix pour cent" sur les coulisses d'une agence de stars, qui a connu un grand succès en France et à l'international et s'est officiellement arrêtée l'an dernier, reviendra finalement sous la forme d'un long métrage, suivi d'une 5e saison, a annoncé mercredi son producteur.

La série de France 2 était censée s'être arrêtée au terme de la saison 4, diffusée à l'automne dernier. Mais la possibilité d'un retour, par exemple sous la forme d'un film, voire d'une nouvelle saison, avait été évoquée ces derniers mois par les créateurs de la série.

Dominique Besnehard a annoncé sur la RTS le tournage d’un épisode long-métrage unitaire racontant l’installation de Andréa Martel (Camille Cottin) comme agente à New-York. : "Dix pour cent" reviendra d'abord dans un épisode unitaire, puis dans la foulée, "nous allons embrayer avec une nouvelle saison de Dix pour cent."

La série (connue dans le monde anglophone sous le nom de "Call my agent" a été saluée par la critique et a conquis un public international grâce à sa diffusion par Netflix. Elle est en cours d'adaptation dans plusieurs pays.