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Philippe Delerm poursuit sa quête des petits bonheurs dans "La vie en relief"

Philippe Delerm, écrivain. [Joël Saget - AFP]
L'invité de La Matinale - Philippe Delerm, écrivain / La Matinale / 11 min. / le 19 février 2021
"La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules", en 1997, traduit en 40 langues, l'a rendu célèbre du jour au lendemain. Aujourd'hui, à l'âge de 70 ans, Philippe Delerm évoque ses souvenirs et la puissance de l'âge dans "La vie en relief".

Il se décrit comme un contemplateur paresseux, un homme qui aime regarder le spectacle de la vie. Un spectacle auquel, l'âge aidant - il vient d'avoir 70 ans -, Philippe Delerm prend de plus en plus de plaisir. En témoigne son dernier livre, "La vie en relief" (Edition du Seuil) où l'inventeur de l'instantané littéraire évoque ses souvenirs, de l'enfance à l'âge adulte. "Avec les années, j'ai l'impression que les souvenirs ne s'additionnent pas mais qu'ils se multiplient, chacun ressuscitant les émotions de tous les âges", dit-il à la RTS.

Amoureux du sport

Car si l'âge rétrécit les puissances du corps, il en amplifie ses ressentis, comme si chaque année supplémentaire augmentait l'écho des émotions. C'est ainsi qu'un coup de sifflet de l'arbitre entendu hier fera revenir tous les coups de sifflet de tous les matches de football vécus. L'exemple n'est pas anodin, Philippe Delerm adore le sport, et plus particulièrement l'athlétisme.

Je n’ai pas l’impression d’avoir été enfant, adolescent, homme d’âge mûr, puis vieux. Je suis à la fois enfant, adolescent, homme d’âge mûr, et vieux. C’est sans doute un peu idiot. Mais ça change tout.

Extrait de "La Vie en relief" de Philippe Delerm.

Avant d'être célébré pour son livre devenu culte "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" paru en 1997, Philippe Delerm s'est longtemps vu refuser ses manuscrits. De quoi rendre l'homme modeste, un trait qui caractérise autant son caractère que son écriture. Laquelle s'attache à capter l'éphémère de l'instant, le détail passé inaperçu, toutes ces petites choses ordinaires qu'il réenchante simplement parce qu'il les regarde.

On pense Philippe Delerm optimiste, il se dit "angoissé de la vie", de tout ce qui est beau et qui peut disparaître; de tout ce qui est bon et qui peut mourir. Une forme d'inquiétude du bonheur.

Un obsédé du détail

Cette passion du minuscule peut agacer, notamment Frédéric Beigbeder qui a l'impression d'écouter Radio Nostalgie ou de lire "La recherche du temps perdu" en version post-it, mais elle draine un public fidèle qui se reconnaît dans la description de ces moments suspendus, que la plume de l'auteur - plus poétique que narrative - réussit à rendre universels.

"La vie en relief" est peut-être le livre le plus intime ou autobiographique de Philippe Delerm puisqu'il y parle de lui, de sa femme, de son fils Vincent, auteur-compositeur-chanteur, et de ses petits enfants.

Un livre testament? "Oui, mais alors provisoire", rétorque l'auteur. Un livre nostalgique? "Non. Revivre le passé n'est pas refuser le présent mais l'enrichir. C'est une richesse définitivement gagnée". Un livre de moraliste? On peut le penser tant Philippe Delerm a le sens de l'aphorisme, à l'image de cette formule qu'on voudrait avoir épinglée dans un coin de sa tête: "le malheur, c'est de perdre quelqu'un. Le bonheur, c'est d'avoir quelqu'un à perdre".

Marie-Claude Martin

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