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Marie NDiaye écrit le chaos des relations humaines

L'autrice Marie NDiaye. [F. Mantovani  - Editions Gallimard]
Entretien avec Marie NDiaye, autrice de "La vengeance m'appartient", aux éditions Gallimard / QWERTZ / 36 min. / le 11 janvier 2021
Prix Goncourt 2009 pour "Trois femmes puissantes", Marie NDiaye publie "La vengeance m’appartient". Un nouveau roman qui met en scène les troubles intérieurs d’une avocate jamais certaine d’être à sa place. 

Lorsque Me Susane voit entrer dans son bureau Gilles Principaux, elle a un choc. L’avocate est persuadée de l’avoir connu quand elle était petite fille, alors que lui-même était adolescent. Ils ont vécu quelque chose ensemble, et nul ne sait exactement quoi. Elle ignore si Gilles Principaux se souvient d’elle. Officiellement, il vient aujourd’hui la voir pour qu’elle défende son épouse, Marlyne Principaux, qui vient d’assassiner leurs trois jeunes enfants. Ainsi débute "La vengeance m’appartient", nouveau roman saisissant de Marie NDiaye.

Un talent précoce

L’autrice française publie pour la première fois en 1985, à 17 ans. De "Quant au riche avenir" à "Rosie Carpe", de "Ladivine" à "Trois femmes puissantes" qui lui a valu le Goncourt en 2009, c’est un talent unique, une phrase reconnaissable et somptueuse qu’elle a su imposer. Aujourd’hui, les romans et les pièces de Marie NDiaye sont des œuvres classiques. Elle est une des rares écrivain.e.s à jouir d’un tel statut.

Mes romans se construisent toujours de la même façon. Je rêve autour d’une image pendant très longtemps. Des mois ou plus si nécessaire. Les contours de l’image se précisent au fil des mois et quand l’image est devenue suffisamment nette, c’est le moment de commencer à écrire.

Marie NDiaye 

Le trouble, l’ambivalence, l’incertitude sont les sujets qu’elle travaille inlassablement, chez tous les personnages qu’elle met en scène. Ici, Me Susane, née dans un milieu populaire, n’est jamais exactement certaine d’être à sa place, d’avoir une attitude appropriée lorsqu’elle s’adresse à Sharon, sa femme de ménage mauricienne, ou à Gilles Principaux, ce bourgeois à l’attitude ambivalente dont elle se demande bien pourquoi il s’adresse à elle.

La violence de classe, chez Marie NDiaye, est destructrice, et le passage d’un milieu social à un autre crée de l’inadaptation plutôt que de la réussite. Le récit se complexifie et se ramifie de page en page, chaque certitude semble se dérober et chaque personnage cache des secrets insondables.

Pourquoi Principaux se tournait-il vers elle, d’où la connaissait-il? Devait-elle entendre ce choix comme le désir de Principaux que sa femme fut défendue au mieux ou, au contraire, comme son intention perfide qu’elle ne le fût pas si bien que cela.

Marie NDiaye, extrait de "La vengeance m’appartient"

Mais au centre de ce dispositif littéraire implacable, il y a une mère infanticide, qui dans un long monologue lancinant va tenter d’expliquer son geste. La famille, lieu des non-dits et des transmissions impossibles, est un des grands thèmes abordés par Marie NDiaye de livre en livre. Ici, dans cette situation extrême, la romancière explore encore et toujours l’inavouable dans le quotidien, les gouffres enfouis sous les apparences. Et à travers les personnages de Me Susane, Sharon et Marlyne Principaux, elle nous offre trois inoubliables portraits de femmes. 

Sylvie Tanette/mh

Marie NDiaye, "La vengeance m’appartient", Editions Gallimard.

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