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Une BD rocambolesque conte la destinée du cerveau d'Einstein

Pierre-Henry Gomont. [Joël Saget - AFP]
L'invité : Pierre-Henry Gomont : Le vol du cerveau dʹEinstein / Vertigo / 22 min. / le 12 novembre 2020
Avec "La fuite du cerveau", le bédéiste Pierre-Henry Gomont s'inspire de deux faits historiques et livre une bande dessinée trépidante qui emprunte à tous les genres, du road movie au burlesque en passant par l'horreur.

Le 18 avril 1955, Albert Einstein décède à l'hôpital de Princeton. Le monde vient de perdre le scientifique le plus connu, le plus admiré. Il voulait être incinéré et demandait que ses cendres soient dispersées pour ne pas faire l'objet d'un culte. C'était sans compter avec Thomas Stolz, médecin chargé de son autopsie, qui décide de voler son cerveau.

Le 17 décembre 1916, Raspoutine, guérisseur très influent auprès de la cour impériale russe, est assassiné. Le fameux pénis de cet homme à l'appétit sexuel décrit comme démesuré serait aujourd'hui conservé dans une clinique de Saint-Pétersbourg.

Tranché en fines lamelles, conservé dans le formol, enfermé dans un coffre, momifié, on ne compte plus les parties du corps humain conservées comme reliques. C'est en écoutant une émission de radio que Pierre-Henry Gomont apprend l'invraisemblable histoire du vol du cerveau d'Einstein. L'imagination du dessinateur fera le reste: une bande dessinée drôlatique, trépidante et pleine de fantaisie qui emprunte à tous les genres: road movie, burlesque, horreur.

>> A voir, un extrait de la BD:

Un processus long et douloureux

Dans "La fuite du cerveau", le légiste Thomas Stolz s'enfuit avec le cerveau du génie dans un bocal, accompagné par un Einstein toujours vivant, trépané, coiffé d'une casquette pour cacher l'ouverture de son crâne. "Beaucoup des situations que je crée viennent de dessins. Einstein m'est apparu comme ça, dans mes croquis. Je n'ai pas repris tous les éléments biographiques de cette histoire, parce que la seule chose qui m'intéressait était la relation entre ce cerveau et Stolz", explique le bédéiste à la RTS.

Dans ses carnets, Pierre-Henry Gomont remplit des pages et des pages d'esquisses, un processus "long et douloureux" pour le dessinateur: "Mais tout à coup, il y a quelque chose qui surgit, et je comprends que j'ai rencontré mon personnage". Comme lors d'un casting, il y a une évidence: "Pour Stolz, je n'ai pas repris le vrai légiste. Je voulais un beau parleur un peu brigand. J'avais Nixon, l'ancien président américain en tête. Le type qui vend des voitures d'occasion et qui vous refile une guimbarde en vous assurant que vous faites une affaire".

Voyager, essentiel pour dessiner

Située aux Etats-Unis dans les années 1950, la BD de Pierre-Henry Gomont a été pratiquement dessinée sur place: "Je n'aime pas dessiner d'après photo, ça fige le dessin et il y a plein de choses qui vous échappent: le sens de l'espace, les détails. Je me déplace donc pour chacun de mes albums. C'est pour moi aussi l'occasion de renouveler mon dessin. Je n'avais pas envisagé la taille des rues aux Etats-Unis. Cet espace permet de construire les pages différemment".

Ce qui reste du cerveau d'Einstein est aujourd'hui conservé au National Museum of Health and Medicine (NMHM) aux Etats-Unis. Et contrairement à la légende, il était moins lourd que la moyenne avec ses 1,250 kilos. Quant au pénis de Raspoutine, bien malin qui aura la réponse.

Pierre Philippe Cadert/ld

Pierre-Henry Gomont, "La fuite du cerveau", Dargaud.

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