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Josée Kamoun: "Traduire, c'est assumer une lecture subjective"

La traductrice Josée Kamoun.  [DR]
Entretien avec la traductrice Josée Kamoun / QWERTZ / 25 min. / le 13 octobre 2020
Venue en Suisse romande partager son expérience avec de jeunes traducteurs, Josée Kamoun a traduit les plus grands noms de la littérature anglo-saxonne, de George Orwell à Philip Roth, de Virginia Woolf à John Irving.

Sans les traducteurs, pas d’accès à d’autres horizons littéraires que ceux de la francophonie. Pourtant, la traduction littéraire reste un métier de l’ombre, mal rémunéré et longtemps méconnu. Le programme Gilbert Musy du Centre de traduction littéraire, qui offre une bourse et une résidence au Château de Lavigny (VD) à des traductrices et traducteurs émérites, met en lumière actuellement le travail de Josée Kamoun.

En porte-à-faux

"Il y a mille et une voies d’accès à la traduction littéraire", affirme Josée Kamoun. Naissance à Tunis, enfance à Marseille, études à Paris (agrégation de littérature anglaise et licence d’anthropologie), le choix de traduire tient pour elle à son "porte-à-faux" familial entre une mère professeure de philo à Paris et un père sicilien inspecteur de la Mondaine.

La suite? Des études classiques fondées sur la pratique de la version, l’approfondissement d’une langue qu’on sait ne jamais pouvoir posséder totalement et surtout l’exploration d’une œuvre et de la personnalité de son auteur. Comme dans tous les métiers, les trucs et astuces font gagner du temps mais Josée Kamoun s’en méfie car ces réflexes professionnels bloquent la recherche d’une solution plus innovante. Sans aller jusqu’à "donner un accent américain à un texte français", elle n’hésite pas à recréer en français les images poétiques véhiculées par l’original puisque "le traducteur est l’auteur de sa traduction".

La retraduction


Retraduire des classiques, précise Josée Kamoun, ne consiste pas à rajeunir des traductions rendues obsolètes par l’évolution des mœurs. Certes, le mot "pub" ne signifiait pas grand-chose pour un public français en 1950, c’est pourquoi la première traductrice de "1984" d’Orwell l’a remplacé par "bistrot". Depuis, la mondialisation a fait connaître les spécificités de la culture anglo-saxonne et propagé le "globish", cet anglais rudimentaire qui afflige les linguistes.

Au-delà des changements de mentalité, ce qui fait l’intérêt de la retraduction tient à la possibilité de révéler – au sens photographique du terme – des éléments du livre jusque-là invisibles. C’est par sa volonté d’ouvrir de nouvelles perspectives sur l’œuvre originale et d’en multiplier les ramifications qu’une retraduction se justifie.

En finir avec Orwell

Lasse de la controverse autour de sa retraduction audacieuse de "1984" d’Orwell (alors qu’aujourd’hui sort en Pléiade une troisième retraduction signée Philippe Jaworski), Josée Kamoun revendique sa propre hypothèse sur l’ouvrage, celle d’une "dimension élégiaque jamais mise en évidence".

Curieuse et passionnée, Josée Kamoun vient de réaliser "quelque chose d’infaisable" en traduisant un poème épique de 256 pages intitulé "Walker" sur l’odyssée d’un soldat canadien revenu en Amérique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Grâce à elle, le public francophone peut découvrir Robin Robertson, éditeur et poète écossais qui publie à 63 ans son premier roman.

Geneviève Bridel/aq

"Walker", Robin Robertson (tradution Josée Kamoun), Editions de l'Olivier.

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