Modifié

Oscar Lalo raconte comment les nazis ont fabriqué de purs bébés aryens

Oscar Lalo [Bruno Klein - belfond.fr]
A voix haute - Oscar Lalo, écrivain genevois et auteur de "La Race des orphelins" / Le 12h30 / 15 min. / le 13 septembre 2020
L'auteur genevois Oscar Lalo publie "La Race des orphelins", un roman glaçant qui revient sur un pan oublié du projet nazi: les Lebensborn. Il s'interroge sur la malédiction de ces enfants qui devaient être la gloire du régime et qui en sont devenus les victimes.

Le Genevois Oscar Lalo, 55 ans, a toujours écrit. Des plaidoiries, des chansons, des cours de droit, des scénarii et maintenant des romans parce qu'ils sont "une formidable caisse de résonance" et que la fiction, mieux encore que le documentaire, permet au lecteur de "s'approprier l'histoire par la seule force de l'évocation".

Avec "La Race des orphelins" (éd. Belfond), l'auteur plonge dans lʹun des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale: les Lebensborn, ces pouponnières SS conçues entre 1935 et 1945 pour fabriquer des bébés aryens, destinés à devenir les maîtres du IIIe Reich.

Après avoir subi une "sélection raciale", des femmes, enceintes d'un SS, y donnaient le jour à des enfants "parfaits", blonds, aux yeux bleus. Au bout de trois semaines, six au maximum, elles devaient les abandonner pour les donner au Führer.

Effacer les traces de ces enfants en batterie

Oscar Lalo, "La Race des orphelins". [Ed. Belfond]Oscar Lalo, "La Race des orphelins". [Ed. Belfond]Le romancier et ancien avocat plaide la cause de ces enfants sans parents et sans racines, élevés comme des animaux de laboratoire, et qui n'existent même pas au yeux de l'état civil. En effet, les enfants issus de Lebensborn n'étaient signalés ni à la mairie, ni à l'église. Pire: le jour même du suicide d'Hitler, toutes les archives concernant ces pouponnières ont été détruites et les enfants abandonnés à leur triste sort, placés en institutions pour handicapés mentaux, confiés à des religieuses ou proposés à des familles d'adoption qui ne les aimaient pas tant ils rappelaient un passé que tout le monde voulait oublier.

"Quand les Américains sont arrivés, ils ont cru voir des enfants un peu débiles. Privés d'affection, jamais sollicités, la plupart étaient analphabètes", explique l'auteur, fasciné par la prime enfance, de 0 à 6 ans, cet âge qui n'a pas encore accès à la mémoire, alors en pleine construction, alors qu'elle façonnera le restant de leur vie.

Des Aryens victimes du Reich

Oscar Lalo explique la genèse de son roman: "Ma première affaire pénale, c'était un viol sur mineur. Je voyais l'incapacité pour cet enfant de dire ce qu'il avait vécu; il lui fallait un porte-voix. Je crois qu'un romancier est un traducteur, il doit donner la parole à ceux qui ne l'ont pas. Mon premier roman, "Les Contes défaits", était consacré à la pédophilie; le second à ces enfants, dont le drame a commencé après la guerre, stigmatisés comme nazis alors qu'ils en ont été les victimes". Imparable argument de la défense:

On ne choisit pas d'être SS à 2 ans.

Oscar Lalo, auteur de "La Race des orphelins"

Epargnés par le procès Nuremberg

Dans "La Race des orphelins", roman court aux phrases percutantes et lyriques, Oscar Lalo donne la parole à Hildegard Müller, une femme de 76 ans, issue d'un Lebensborn, sachant à peine lire et écrire. Pour transmette ses origines à ses petits-enfants, elle fait appel à un scribe qui lui permettra de mettre des mots sur ses images.

"Je m'appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal. […]
Je devais être la gloire de l'humanité. J'en suis la lie".

Himmler, responsable de ce projet qui devait créer une race aryenne entièrement pure et dominante, se suicidera. Les autres responsables ne seront pas inquiétés, certains même acquittés lors du procès de Nuremberg. Pas de bourreaux, pas de victimes! Et voilà comment l'histoire tisse ses secrets pour s'épargner la honte.

Propos recueillis par Manuela Salvi

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Oscar Lalo, "La Race des orphelins", éditions Belfont.

Publié Modifié