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"La petite dernière" de Fatima Daas, entre douceur et colère

L'écrivain Fatima Daas. [Joël Saget - AFP]
Entretien avec Fatima Daas, auteure de "La Petite dernière" / QWERTZ / 15 min. / le 3 septembre 2020
À 25 ans, Fatima Daas fait une entrée remarquée en littérature avec une autofiction sur la quête identitaire d’une Française d’origine algérienne, musulmane et lesbienne. L’auteure est attendue au Livre sur les quais de Morges (VD) ce week-end.

Grandir, selon Fatima Daas (double fictif et pseudonyme de l’auteure), c’est accepter ses contradictions et surtout les faire admettre aux autres. Entre révolte et douceur, entre lycée et mosquée, entre Coran et Annie Ernaux, récit d’une jeune femme qui refuse les étiquettes.

Intersectionnalité

Situation caractérisée par des discriminations multiples – contre les musulmans, les femmes, les homosexuels, les banlieusards, etc,  – voilà ce qu’est l’intersectionnalité dont se réclame la jeune romancière qui s’affirme "féministe intersectionnelle".

Les définitions, c’est important pour Fatima Daas, dernière d’une fratrie de trois sœurs. Son livre qui répète comme une mélopée la même phrase à chaque chapitre: "Je m’appelle Fatima Daas" est un chemin vers la découverte de soi à travers un usage rigoureux voire précautionneux des mots, dont la jeune femme interroge le sens, visible et caché.

Parfois j’ai envie d’être moi. Dire ce que je pense. Mais les mots de mes parents m'envahissent.

Extrait de "La Petite dernière" de Fatima Daas

>> A voir: Interview de Fatima Daas pour son livre "La petite dernière" au 12h45

Rendez-vous culture: Fatima Daas présente son premier roman "La petite dernière" [RTS]
Rendez-vous culture: Fatima Daas présente son premier roman "La petite dernière" / 12h45 / 10 min. / le 3 septembre 2020

Silence familial

Une mère qui prépare des plats différents pour chaque membre de la famille dans son royaume (la cuisine) dont sa fille décrète qu’il n’est pas son espace; un père violent et la famille en Algérie dont elle se sent si différente. Des envies, des interrogations dont elle ne parle pas, parce que le silence règne chez les Daas. Quitte à renforcer chez la petite dernière "la sensation d’avoir une double vie".

L’amour de Dieu, l’attraction pour les filles, un double élan que Fatima vit difficilement. Quand elle soumet le cas d’une prétendue amie lesbienne à deux imams, elle se heurte à une réponse catégorique: ces penchants doivent être réprimés par la prière.

Je m’appelle Fatima. Je regrette qu’on ne m’ait pas appris à aimer

Extrait de "La Petite dernière" de Fatima Daas

Couverture du livre "La petite dernière" de Fatima Daas. [Notabilia]Couverture du livre "La petite dernière" de Fatima Daas. [Notabilia]Essoufflement

Aux tourments de l’âme s’ajoutent les souffrances de l’asthme, cette maladie chronique que porte Fatima. De séjours à l’hôpital en ateliers sur la respiration, elle apprend à vivre avec le souffle court.

Une faiblesse dont l’auteure fait la force de son livre: des phrases courtes et rythmées qui mêlent vocabulaire de lycée, mots anglais et arabes, sourates et refrains de chansons. Le rap et la littérature, la banlieue et hypokhâgne, la confiance et la fragilité: l’amoureuse des mots préfère l’addition à la soustraction mais, en littérature, elle choisit la frugalité pour exprimer l’abondance de ses désirs.

Geneviève Bridel/aq

Fatima Daas, "La petite dernière", éditions Notabilia.

Fatima Daas est présente à Morges (VD) dans le cadre du Livre sur les quais qui se déroule du 4 au 6 septembre

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