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Des secrets de famille au coeur du nouveau roman de Marie-Hélène Lafon

L'écrivaine française Marie-Hélène Lafon. [Philippe Matsas -  Leemage via AFP]
Entretien avec Marie-Hélène Lafon à propos de son roman "Histoire du fils" / QWERTZ / 29 min. / le 25 août 2020
Prix Goncourt de la nouvelle en 2015, Marie-Hélène Lafon publie en cette rentrée littéraire un nouveau roman, "Histoire du fils". Amours interdites, naissance illégitime et secrets de famille composent ce récit situé essentiellement dans le Cantal, région natale de l’auteure.

On est au début des années 1920. A 37 ans, Gabrielle est assoiffée de liberté. A 21 ans, Paul est prêt à toutes les conquêtes pour assouvir sa virilité naissante. Des amours fugaces entre l’une et l’autre naîtra un fils illégitime que Gabrielle confiera à sa sœur restée au pays. Le petit André fera ainsi le bonheur de sa tante, devenue mère d’adoption, alors qu’il ne verra que rarement sa mère biologique installée à Paris. C’est l’histoire de ce fils et de ses descendants que déroule Marie-Hélène Lafon sur un siècle, de 1908 à 2008.

Pendant l’été 2012, j’ai été témoin d’une histoire de fils survenue dans une nébuleuse familiale que je connais depuis plus de quarante ans. Je ne me fais que la greffière de cette histoire-là.

Marie-Hélène Lafon, écrivaine

Pour raconter cette histoire et ses secrets, Marie-Hélène Lafon établit tableau après tableau l’arbre généalogique foisonnant de Gabrielle et celui de Paul. La première est issue d’une famille de paysans du Cantal, le second s’inscrit dans une lignée de paysans embourgeoisés du Lot, le département voisin. C’est précisément dans cette région du centre de la France que l’auteure situe tous ses écrits, romans ou nouvelles, depuis qu’elle est entrée en littérature en 2001. La topographie de moyenne montagne propre aux paysages d’Auvergne y est toujours placée en tension avec la capitale, comme un point de fuite.

"J’écris le long de cette ligne de tension qui correspond à la ligne de chemin de fer entre le Cantal et Paris. Et si on retrouve cette ligne vitale dans tous mes livres, c’est bien le signe qu’ils sont tous violemment autobiographiques, même ceux qui n’en ont pas l’air", déclare avec un léger sous-entendu Marie-Hélène Lafon. On n’en saura pas plus sur cette violence, l’auteure cultivant elle-même le goût du secret.

Gabrielle se méfie du passé, elle s’en défend; à son âge, cinquante-huit, bientôt cinquante-neuf ans, une femme a tout à craindre de son passé, les regrets, les remords, la nostalgie, le goût de fer froid des occasions manquées et la marée montante des illusions perdues.

Extrait de "Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon

Particularité de "Histoire du fils", la chronologie y est complètement chamboulée. Si le premier tableau est daté d’avril 1908 et le dernier d’avril 2008, les chapitres intermédiaires passent d’une époque à l’autre sans souci de logique temporelle. Quand on l’interroge sur cette construction éclatée, Marie-Hélène Lafon affirme qu’un tel brassage s’est imposé de lui-même. Elle a bien tenté de remettre un peu d’ordre dans cette succession de chapitres, mais la construction s’est effondrée comme un château de cartes, toute dynamique narrative ayant disparu.

Dynamique, l’écriture de la romancière l’est assurément. Fondée sur le souffle de la marche en moyenne montagne. Des phrases courtes, régulières, pulsées, sans retour à la ligne ni aucun dialogue. Une mise en page organique qui occupe tout le territoire du papier. Son travail d’écriture, Marie-Hélène Lafon le mène en parallèle à son activité d’enseignante en langues classiques dans un établissement parisien. Elle le considère comme un chantier dont le seul matériau est le verbe. Ainsi, elle se dit volontiers "travailleuse du verbe", comme il existe des travailleuses du sexe. La formule est belle et suggestive.

Jean-Marie Félix/aq

Marie-Hélène Lafon, Histoire du fils, Ed. Buchet Chastel.

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