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Avec "Le Palais des Orties", Marie Nimier livre un récit brûlant

L'écrivaine française Marie Nimier lors d'une rencontre avec l'auteur chinois Bi feiyu à Nanjing, le 19 octobre 2014. [Wang xin  - AFP]
Marie Nimier, "Le Palais des Orties" / Vertigo / 53 min. / le 21 août 2020
Dans "Les Confidences" en 2019, Marie Nimier donnait vie aux petites histoires racontées par des anonymes qui cachaient parfois de lourds secrets. Son nouveau livre, "Le Palais des Orties", se classe plutôt dans les romans d'amour qui sortent joyeusement des sentiers battus.

Quelque part en France - on devine la Normandie, patrie de l'auteure -, une campagne modeste, une vallée, une ferme entourée de champs dʹorties. Nora et Simon vivent là avec leurs deux enfants. Ils gagnent leur vie avec une plante que tout le monde craint et arrache. Loin des exploitations à grande échelle, loin de lʹagriculture bio et raisonnée. Cʹest la débrouille.

Un jour débarque une jeune fille avec son sac à dos, Frederica. Elle fait du "woofing": en échange de sa force de travail, on lui offre le gîte et le couvert. Frederica, par sa présence, va faire comprendre aux membres de cette famille que leur vie pourrait être ou aurait pu être tout autre. Elle va aussi les questionner sur ce qu'ils vivent dans le moment présent. Et cʹest le début dʹun roman dʹamour et de métamorphoses, le récit dʹune passion brûlante. "Avec ce roman, j'avais envie d'écrire quelque chose de positif, quelque chose qui fait du bien", explique Marie Nimier. Un roman d'amour, oui, mais qui ne soit pas trop conventionnel et surtout qui ne déroule pas les intrigues habituelles, celle notamment d'un "amour empêché".

Malaxer les mots

Car les romans de Marie Nimier ont pour particularité de ne pas raconter des histoires de manière traditionnelle. L'auteure pose des clés et des indices ici ou là, la construction du récit est complexe et semble avoir été conçue avec des plans précis épinglés sur les murs. "Ecrire un roman, c'est travailler avec le langage", dit Marie Nimier. "On peut avoir envie de raconter une histoire d'amour, comme c'était mon but, mais aussi de travailler avec les mots. Quand on entend 'ferme', par exemple, on entend 'fermé'. Et alors je sais que la fermeture et l'ouverture, ces sujets-là, vont entrer dans mon livre. (...) Les mots inspirent et portent en eux du sens. L'imaginaire va s'ancrer sur eux".

Lors de son processus d'écriture, Marie Nimier s'interroge sur ce que lui inspirent ces mots. Avec quelle situation personnelle ou actuelle entrent-ils en résonance? Pour "Le Palais des Orties", ce sont les ouvertures et fermetures de frontières qui vont constituer un point névralgique. "Je ne parle pas du Covid mais je parle de migrations économiques et écologiques. Mon imaginaire se nourrit de tout cela. Par cette idée de jouer sur le "fermé-ouvert" vont s'inventer des scènes dans ce cadre de la ferme, notamment l'idée d'enlever les barbelés qui enserrent la ferme". Avec pour but de "raconter des choses sur la société d'aujourd'hui, en passant par une histoire romanesque".

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: Melissa Härtel


Marie Nimier, "Le Palais des Orties", éditions Gallimard, août 2020.

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