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Une rentrée littéraire 2020 sous le signe des premiers romans

Le triomphe du récit. [Mercedes Fittipaldi - Fotolia]
Le triomphe du récit. [Mercedes Fittipaldi - Fotolia]
La rentrée littéraire d'automne qui débute cette semaine ne compte que 65 premiers romans, sur un total de 511 titres. Mais c'est en osant piocher parmi les oeuvres des primo-romanciers que les lecteurs auront les plus belles surprises.

Parmi les titres à retenir, on peut citer "Bénie soit Sixtine", premier roman de Maylis Adhémar qui raconte l'émancipation d'une jeune femme pieuse sous l'emprise des milieux traditionalistes. Ce roman - le premier publié sous l'égide de Vanessa Springora, nouvelle patronne des éditions Julliard - est lumineux.

Parmi les autres premiers romans remarquables, on retiendra "La cuillère" de la Franco-Britannique Dany Héricourt, un "road-trip" à la fois drôle et émouvant entre le Pays de Galles et la Bourgogne, et "Des kilomètres à la ronde" de Vinca van Eecke, beau récit mélancolique sur la jeunesse et les amours enfuis de ces étés qu'on croyait invincibles. Mais aussi "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent Petitmangin qui est un premier roman sensible et puissant sur l'amour filial, l'engagement politique qui peut conduire au pire, les ratés du fameux "ascenseur social" dans la France périphérique.

Toujours parmi les premiers romans, on peut signaler "Cinq dans tes yeux" d'Hadrien Bels, livre amer et décapant sur la gentrification du quartier du Panier à Marseille, "La petite dernière" de Fatima Daas récit vibrant d'une jeune musulmane de banlieue, lesbienne, qui ne veut renoncer à aucune identité, ou encore "Un jour ce sera vide" de Hugo Lindenberg, grand roman sur les blessures de l'enfance.

Des valeurs sûres

La rentrée ne se limite évidemment pas aux premiers romans et les lecteurs peuvent se tourner vers les "valeurs sûres" mises en avant par les éditeurs. "Saturne" de Sarah Chiche (lauréate du prix de La Closerie des Lilas en 2019), vibrant récit d'un amour posthume d'une fille à son père disparu alors qu'elle n'était encore qu'un bébé.

Autre grand roman à ne pas manquer, "Chavirer" de Lola Lafon, un récit terriblement bien construit sur la pédocriminalité. Il y est question de culpabilité et de pardon, de vies brisées et c'est magistral. Quant à Serge Joncour, il offre avec "Nature humaine" un grand et magnifique récit empathique sur le monde rural des années 1960 jusqu'au premier jour de l'an 2000.

Franck Bouysse a le don de transporter ses lecteurs dans des pays étranges à des époques indéfinissables. C'est encore le cas avec "Buveurs de vent", un récit épique, ode à l'insoumission, porté par une langue splendide. Miguel Bonnefoy revient quant à lui avec "Héritage", récit picaresque mettant en scène plusieurs générations d'une famille originaire du Jura établie au Chili au début du XXe siècle.

Très attendue après le succès de son premier roman "Désorientale", Négar Djavadi offre à ses lecteurs un deuxième roman foisonnant et palpitant: "Arène". A noter aussi, le deuxième roman de Jean-René Van Der Plaesten, "Le métier de mourir", sur la guerre au Liban vue à travers le personnage d'un officier à la retraite de l'armée israélienne. Mais aussi, le superbe roman féministe "Fille" de Camille Laurens, la nouvelle jurée de l'académie Goncourt. Il est aussi question d'émancipation féminine avec "Les évasions particulières" de Véronique Olmi.

Enfin, on ne saurait imaginer une rentrée littéraire sans nouvel opus d'Amélie Nothomb. La finaliste malheureuse du Goncourt l'an passé revient avec "Les aérostats", un livre brillant (son 29e) qui pour la première fois se déroule en Belgique, son pays natal.

La rentrée littéraire suisse

Parmi les nouveautés de cette rentrée littéraire 2020, figurent plusieurs ouvrages d'auteurs romands édités par des maisons françaises. Mais de nombreux écrivains du cru restent fidèles à leur maison d'édition suisse.

Avec son dernier roman "Rachel et les siens", Metin Arditi renoue avec sa verve romanesque en brossant un magnifique portrait de femme. Rachel, née dans une famille juive au début du 20e siècle en Palestine ottomane, devient une dramaturge dont les pièces sont jouées sur les scènes internationales, avec une conviction chevillée au cœur: la cohabitation entre juifs, Arabes et musulmans sur une même terre est possible. "Il y a beaucoup de moi dans Rachel" affirme Metin Arditi, très actif dans l'encouragement au dialogue interculturel par l'entremise de ses fondations.

Frédéric Pajak conclut son cycle "Manifeste incertain" avec un neuvième et dernier ouvrage consacré au grand auteur portugais Fernando Pessoa: "Avec Pessoa". L'auteur et dessinateur y suit le parcours mystérieux de cet homme discret qui a écrit sous le couvert de multiples identités fictives. Comme dans les précédents opus du "Manifeste", Pajak mêle avec sensibilité le récit et ses encres de Chine, la biographie et l'autobiographie.

Les jeunes talents romands

Après un premier roman très remarqué en 2017, le jeune Thomas Flahaut confirme son talent avec "Les nuits d'été". L'auteur situe à nouveau son récit dans cette zone indécise qu'est la frontière entre la Suisse et la France, entre Besançon et la région de Bienne. C'est là que vivent et travaillent trois jeunes gens sans grand avenir, unis par une relation affective mouvante. Un roman aux origines autobiographiques qui permet à Thomas Flahaut de décrire la réalité du travail en usine et le déterminisme social qui y conduit.

Autre jeune auteure à être passée par l'Institut littéraire de Bienne, Elisa Shua Dusapin publie son troisième roman, "Vladivostok Circus". Après la Corée (son pays d'origine) et le Japon (pays de cœur), l'écrivaine situe son récit aux confins de la Russie où elle décrit le quotidien d'un trio d'acrobates à la barre. Il y a du mystère entre ces trois-là dont l'art repose sur une confiance absolue. L'écriture d’Elisa Shua Dusapin, légère et ciselée, est à la hauteur de cette idée un peu folle de s'émanciper de la gravité terrestre.

La pandémie comme source d'inspiration

En cette rentrée littéraire, la pandémie et ses conséquences sont au cœur de plusieurs ouvrages. Parmi eux, "Le Mammouth et le virus" du très caustique Eugène. Avec la bonhommie qu'on lui connaît, le Vaudois propose son journal du confinement tenu dans un chalet de montagne auprès de son épouse et de son petit garçon au cours du printemps. Les bienfaits de la fiction, aussi délirante soit-elle, pour contrer la réalité qui nous dépasse, tel est le propos de ce petit livre facétieux.

Dans un registre plus sérieux, les éditions d'En bas proposent un ouvrage collectif dans lequel une cinquantaine d'auteurs livrent leur réflexion sur le bouleversement de notre monde dont la crise de la Covid-19 n'est qu'un symptôme. "Tumulte postcorona - Les crises, en sortir et bifurquer", une somme livrée par des écrivains, des journalistes, des politiques et des chercheurs.

afp/Jean-Marie Félix

Adaptation web: ld

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