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Sexe et mensonges dans "Vacances anglaises" de Joseph Connolly

L'écrivain Joseph Connolly. [Philippe Matsas - AFP]
"Tragicomique" / Vertigo / 8 min. / le 6 août 2020
Réédité sous le titre "Embrassez qui vous voudrez", d'après le film réalisé par Michel Blanc, le roman de Joseph Connolly confirme, plus de 20 ans après sa sortie, que vacances ne veut pas dire repos.

Se retrouver avec ses voisins dans la même station balnéaire anglaise pendant dix jours, voilà qui déprime Howard Street, promoteur immobilier dont les affaires sont florissantes, à la différence de celles de Brian Morgan. Seul point commun entre les deux hommes: la frénésie de shopping et la frivolité de leurs femmes respectives, Dotty et Elizabeth.

Drague et déceptions

Les deux couples emmènent avec eux Colin (fils des Morgan), 15 ans, romantique et puceau et Melody, une amie célibataire encombrée d'une petite fille pleurnicharde. Dans le luxueux hôtel réservé par les Street loge aussi un représentant de commerce à qui son patron a offert en prime un séjour à la mer et une ravissante créature que surveille son mari jaloux.

Tous ces personnages passeront des vacances bien différentes de celles qu'ils imaginaient; entre mensonges et malentendus, imprévus et crises de nerfs, le "break" estival vire au cauchemar.

Satire sociale

Paru à la fin des années 1990, le roman de Joseph Connolly – un ancien libraire devenu romancier à succès – est un portrait au vitriol de la bourgeoisie anglaise, matérialiste et décomplexée. Cupides, frustrés, usés par des années de conjugalité morose, les héros de "Vacances anglaises" ne sont pas franchement drôles. Leurs mésaventures arrachent tout au plus quelques sourires cruels au lecteur qui n'éprouve guère de sympathie pour eux.

Michel Blanc ne s'y est pas trompé. Il a tiré du roman un film acide intitulé "Embrassez qui vous voudrez". Servi par Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Jacques Dutronc, Denis Podalydès et Karine Viard, entre autres, ce vaudeville n'a rien d'inoubliable.

British nonsense

Le plus sympathique de cette bande de quadras et quinquas désabusés est sans doute Brian, qui rumine des projets de suicide depuis qu'il est ruiné et rédige chaque année une nouvelle lettre d'adieu. Durant ses vacances au bord de la mer, il la tapera sur une Olivetti qu'il a rafistolée tant bien que mal mais dont il n'a pas réussi à réparer toutes les touches. Résultat: un message parfaitement loufoque et surréaliste, la parfaite illustration du "nonsense", de l'absurdité et de la douce folie qui caractérisent l'humour britannique.

Geneviève Bridel/ld

"Vacances anglaises" de Joseph Connolly, Editions de l'Olivier.

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