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Déportée, Noëlla Rouget fit gracier son bourreau de la Gestapo

Le 7 février 2020, Noëlla Rouget a reçu à Genève les insignes de Grand-Croix de l'ordre national du Mérite, l'une des plus hautes distinctions de l'Etat français. [Martial Trezzini - Keystone]
Le 7 février 2020, Noëlla Rouget a reçu à Genève les insignes de Grand-Croix de l'ordre national du Mérite, l'une des plus hautes distinctions de l'Etat français. [Martial Trezzini - Keystone]
Le récit de Brigitte Exchaquet-Monnier et Eric Monnier rend hommage à la résistante franco-genevoise Noëlla Rouget. Centenaire, la rescapée de Ravensbrück vit à Genève depuis 1947.

De nombreux élèves de Suisse romande, de l’Ain et de la Haute-Savoie gardent un souvenir fort de leur rencontre avec Noëlla Rouget. Les propos que leur tient cette dame coquette, simple et directe les touchent profondément, selon Émilie, Loriane, Cassandra, Liza: "Ce qui nous a le plus frappées, c’est le fait que vous n’ayez gardé aucune haine contre ces hommes qui vous ont volé une partie de votre vie".

S’obliger à témoigner

Pourtant, pour Noëlla Rouget, cela n’a pas été simple de raconter l’enfer. Elle a 26 ans lorsqu’elle est libérée du camp de Ravensbrück en 1945. Jusqu’en août 1986, elle ne s’exprimera jamais à titre personnel mais au nom des anciennes déportées de la Résistance. Le déclic? Les propos tenus publiquement par la Vaudoise Mariette Paschoud quant à ses "doutes sur l’existence des chambres à gaz". Noëlla Rouget envoie à toute la presse une lettre ouverte à l’enseignante vaudoise: "J’ai le pénible sentiment que par vos dénégations, mes infortunées camarades sont assassinées une deuxième fois."

Il faudra encore neuf ans pour que Noëlla Rouget raconte Ravensbrück à des catéchumènes puis à des écoliers. Elle le fera jusqu’en 2017, brisant un silence de près de 50 ans, à la fois parce que parler était difficile et parce que son mari pensait la protéger en évitant le sujet de la déportation.

J’ai rejoint les rangs de ceux qui pensent que, s’il faut combattre l’erreur, nous n’en avons pas, pour autant, le droit de disposer de la vie de celui qui a erré.

Noëlla Rouget

Refuser d’ôter la vie

Catholique fervente et profondément humaniste, Noëlla pardonne à celui qui l’a envoyée en déportation. En 1962, on arrête Jacques Vasseur, le collabo qui travaillait pour la Gestapo d’Angers, celui qui l’a arrêtée, a participé aux interrogatoires en prison.

Présente à l’instruction puis au procès, Noëlla Rouget admet que l’impassibilité du prévenu l’a "mise mal à l’aise" mais souhaite qu’il soit "amené au repentir". Elle écrit au Président du Tribunal pour épargner à Vasseur la peine capitale, puis au Général de Gaulle, Président de la République, pour demander sa grâce. Mieux: elle correspond pendant 17 ans avec Vasseur, certes reconnaissant envers elle mais hermétique à tout remords.

Faire quelque chose

"Courageuse, lucide, sérieuse mais aussi avenante, malicieuse et gourmande": ainsi Brigitte Exchaquet-Monnier et Eric Monnier qualifient-ils Noëlla Rouget. Leur ouvrage riche en documents et photos cite une de ses amies résistantes: "on ne disait pas entrer en résistance, on disait faire quelque chose". Ce "quelque chose", Noëlla Rouget l’a fait.

Geneviève Bridel/mh

Brigitte Exchaquet-Monnier, Eric Monnier, "Noëlla Rouget, la déportée qui a fait gracier son bourreau", éditions Tallandier

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