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Elizabeth Walcott-Hackshaw raconte une île de Trinidad tout en contraste

L'écrivaine Elizabeth Walcott-Hackshaw. [DR]
Elizabeth Walcott-Hackshaw, "La Saison des cerfs-volants" / Six heures - Neuf heures, le samedi / 6 min. / le 30 mai 2020
Dans son premier recueil de nouvelles traduit en français chez Zoé, "La saison des cerfs-volants", la fille du Prix Nobel de littérature Derek Walcott porte un regard lucide sur son île natale.

Le pétrole que possède Trinidad fait de sa capitale Port-d'Espagne une ville moderne d’aspect prospère. Elle abrite un campus de la prestigieuse Université des Indes occidentales (University of West Indies) où l’auteure enseigne la littérature caribéenne.

Aucune analyse savante dans les onze nouvelles de ce recueil où se mêlent riches industriels du pétrole, filles de bonne famille, petits commerçants, orphelins et nounous immigrées des îles plus pauvres. En moins de vingt pages, chaque récit laisse néanmoins entrevoir la peur des nantis face à la hausse des enlèvements, les luttes entre clans mafieux, l’obsession de la peau claire ou le poids des conventions.

Les narratrices – souvent des femmes aisées – se trouvent devant des problèmes familiaux qu’elles peinent à résoudre: un père qui disparaît, une mère indifférente, une fête gâchée par l’insécurité, un mari tyrannique, un bébé qui pleure sans cesse. Leur résignation ou leurs (rares) efforts pour changer de vie constituent le fil rouge entre ces récits qui forment une mosaïque du déterminisme social.

Le ciel est d’un blanc aveuglant, les fleurs des bois-immortels ont répandu un tapis rouge sur l’herbe

Elizabeth Walcott-Hackshaw, "La saison des cerfs-volants"

Autour de ces femmes, une nature qui reflète ou contredit leurs états d’âme, selon Christine Raguet, traductrice du livre et spécialiste de littérature antillaise. Les plantes colonisent les constructions abandonnées, les caniveaux déversent leur pestilence, les effluves du "pelau" (plat national) se mêlent à l’odeur des pneus en flammes. La menace est latente sous les cocotiers et le sable blanc.

>> A écouter: Entretien avec Christine Raguet, traductrice du livre en français et spécialiste de littérature antillaise

La couverture du livre "La Saison des cerfs-volants" d'Elizabeth Walcott-Hackshaw. [Editions Zoé]Editions Zoé
Entretien avec Christine Raguet, traductrice de "La Saison des cerfs-volants" d'Elizabeth Walcott-Hackshaw / QWERTZ / 18 min. / le 3 juin 2020

Sobriété

Autant l’écriture d’Elizabeth Walcott-Hackshaw se fait précise pour dire la couleur des fruits, la consistance de leur chair ou la couleur des falaises, autant elle reste elliptique quant aux sentiments et aux relations humaines. Le sexe, le besoin de reconnaissance, l’amour, la transgression, la pauvreté sont des sujets tabous, tout comme la corruption dont on ne parle pas. Comme le dit l’auteure: "sur l’île, les questions n’étaient jamais approfondies, quel que soit le parti au pouvoir."

Restent les racines, la puissance de l’attachement à cette île de Trinidad et à sa multiculturalité, le sentiment d’appartenance que renforce l’exil. Rentrée chez elle après ses études à Boston, Elizabeth Walcott-Hackshaw évoque la cité américaine comme "rien d’autre qu’un endroit où je suis loin".

Geneviève Bridel/aq

Elizabeth Walcott-Hackshaw, "La saison des cerfs-volants", éditions Zoé.

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