Modifié le 14 mai 2020 à 16:48

Didier Tronchet sur les traces d’un chanteur aux semelles de vent

Didier Tronchet.
Entretien avec Didier Tronchet, auteur du "Chanteur perdu" et de "La Chanson fantôme" QWERTZ / 35 min. / le 13 mai 2020
Le bédéaste et romancier Didier Tronchet, père de Raymond Calbuth et Jean-Claude Tergal, raconte en roman et bande dessinée le destin d’un chanteur méconnu des années 1970.

Les Américains en feraient un biopic épique et lacrymal. L’histoire d’un chanteur métisse, Indochinois de mère inconnue, Français d’expression poétique, maudit par une renommée aux trompettes mal embouchées. Jean-Claude Rémy est cet homme au destin poignant, l’auteur, en 1975, d’un premier album que tous ont oublié.

Tous, ou presque. Car Didier Tronchet, amoureux transi de la chanson française, s’est souvenu de l’émoi que provoquaient en lui, il y a plus de trente ans, les chansons de ce grand gaillard à la voix franche et profonde. Souvenir têtu, qui l’incite à tenter de retrouver l’homme et peut-être avec lui, son art envolé.

Un roman et une bande dessinée

La couverture de "Le chanteur perdu" de Didier Tronchet. La couverture de "Le chanteur perdu" de Didier Tronchet. [Aire Libre/Edition Dupuis] Cette quête, romancée dans ses détails, donne naissance à un texte littéraire, "La Chanson fantôme", ainsi qu’à un roman graphique, "Le Chanteur perdu". Deux rythmes complémentaires pour conter cette enquête minutieuse sur les traces de son barde introuvable.

L’auteur de séries à la fois pathétiques et hilarantes ("Raymond Calbuth", "Jean-Claude Tergal") tricote ce récit avec toute l’ironie modeste qu’on lui connaît. Car si le destin mystérieux de cette idole guignarde peut faire songer aux antihéros chers au dessinateur, le narrateur lui-même, un bibliothécaire en burn-out prénommé Jean, n’est pas en reste.

Des débuts difficiles

Tout commence de manière lamentable, par un passage sous le viaduc de Morlaix, haut-lieu du suicide en région Bretagne. Surpris par les marées, hébergé par de drôles d’oiseaux, le narrateur s’enlise.

Toujours hanté par les chansons de son héros (rebaptisé Rémy Bé), notre Jean finit par débusquer, dans les vers du chanteur, les indices nécessaires à sa reconstitution opiniâtre. Et le voyage, amorcé sur les côtes de la Manche, se poursuit jusqu’à l’océan indien où son chanteur est niché, souverain-poète et bouliste pansu de l’Ile aux Nattes, au large de Madagascar.

>> A voir: quelques planches de la BD "Le chanteur perdu"

Une ode à la lenteur

A la manière d’un polar alangui, l’enquête que dessine Tronchet célèbre les vertus du temps long. Assommé par la surdose des productions culturelles qu’il doit répertorier, Jean le bibliothécaire prend une tangente indolente, "nez au vent". Sa traque, il la conduit au petit bonheur la chance, à l’instinct, et selon un rythme que seul autorise son arrêt de travail providentiel.

Le temps se dilate, temps du souvenir, de la musique qui lui revient par l’écoute attentive du vinyle, des CDs qui jalonnent ses trajets diagonaux. Jusqu’à cette île lointaine où, par la grâce d’une voix, de ses mots choisis, le temps suspend son vol au-dessus du poète.

Ode à la lenteur, le récit de Tronchet est aussi, par sa minutie, une biographie précieuse de Jean-Claude Rémy, dont les chansons anciennes et récentes font de nouveaux émules, depuis que le dessinateur les a mises à disposition sur son site internet.

Là se trouve également, en pdf gratuit, le roman autoédité "La Chanson fantôme", complément idéal aux cases expressives et douces à la fois de la bande dessinée, ainsi qu’une chanson réalisée à quatre mains avec son héros retrouvé, trente ans plus tard. Le temps qu’il faut, parfois, pour qu’un rêve soit mûr.

>> A écouter et à voir: Jean-Claude Rémy et Didier Tronchet chantent "Dom Juan"

Nicolas Julliard/aq

Didier Tronchet, “Le Chanteur perdu” (éditions Dupuis) et “La Chanson fantôme” (Méziguéditeur).

Vous aimez lire? Abonnez-vous à QWERTZ et recevez chaque vendredi cette newsletter consacrée à l'actualité du livre préparée par RTS Culture.

Publié le 13 mai 2020 à 18:10 - Modifié le 14 mai 2020 à 16:48