Modifié le 06 avril 2020 à 09:33

Bartabas signe un hommage lettré à ses chevaux

Bartabas pose au théâtre équestre Zingaro à Aubervilliers en octobre 2017.
Bartabas, dʹun cheval lʹautre Vertigo / 7 min. / le 02 avril 2020
Le premier cavalier du Théâtre équestre Zingaro publie "D'un cheval l'autre", portrait de ses compagnons chevalins. De quoi se consoler de sa non venue à Avenches en mai prochain avec le spectacle "Le Sacre du Printemps".

"Avec le confinement, ma vie n'a pas beaucoup changé", confesse Bartabas. Je vis avec mes chevaux, dans ma caravane. Sauf que le cavalier en chef du Théâtre équestre Zingaro n'est provisoirement plus nomade. Une grande partie de sa compagnie se trouve au chômage, de nombreux chevaux sont partis en retraite. Quant aux danseuses-écuyères cubaines de son spectacle "Le Sacre du printemps", elles ont regagné La Havane.

On attendait Bartabas et sa cavalerie de rêve le 15 mai à Avenches. Il ne viendra pas. Reviendra-t-il? Sans doute. Mais lui-même ne sait pas quand.

"Mes chevaux m'ont fait connaître des hommes"

A défaut de chapiteau itinérant, Bartabas a trouvé plus léger: une plume. Le voici écrivain, conteur d'histoires, avec une livraison parue juste avant pandémie dans la prestigieuse collection blanche de l'éditeur Gallimard: "D'un Cheval l'autre".

Avec ce récit, le centaure de Zingaro paie une dette envers sa moitié chevaline. "D'un Cheval l'autre" raconte ses équidés, leur brosse le portrait dans le sens du poil et puise dans les souvenirs pour conter les rencontres – chez un maquignon espagnol, au seuil d'un abattoir, en marge d'un champ de courses, allez savoir – avec ces compagnons de fortune. Leurs noms? Zingaro, Quixote, Micha Figa, Le Caravage. "Mes chevaux m'ont fait connaître des hommes, et ils m'ont éloigné d'eux", note Bartabas.

Déclaration d'amour à l'animal

Ce bouquin révèle une belle patte d'écrivain. L'homme a du style, ses sujets du caractère. On enfourche ce livre pour ne plus le lâcher, saisi par la puissance de ce lien entre cavalier et monture. Ce récit n'est pas une compilation d'anecdotes. Plutôt une longue déclaration d'amour à l'animal, une pensée philosophique faite d'empathie et d'humilité.

"Peut-être avais- tu trouvé la paix dans cette soumission à l'attache. L'acceptation de la contrainte peut procurer un sentiment de liberté, enlève-la et la peur t'envahit. Cette peur, je l'ai éprouvée. Je m'en souviens". Bartabas s'adresse à Lautrec, un compagnon venu d'Espagne. En cette période d'immobilisation, ce dialogue ne vaut pas que pour les habitués des paddocks.

Thierry Sartoretti/ld

Bartabas, "D'un Cheval l'autre", éditions Gallimard, 316 p.

Publié le 06 avril 2020 à 09:32 - Modifié le 06 avril 2020 à 09:33