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Daniel de Roulet fait une croix... pédestre sur la Suisse

Daniel de Roulet. [Keystone - Gaëtan Bally]
La Suisse de travers / Vertigo / 4 min. / le 1 avril 2020
Raconter la Suisse traversée à pied d'ouest en est puis du nord au sud, c'est le propos de "La Suisse de travers". Vingt-neuf randonnées que l'écrivain marcheur a faites par beau temps.

S'il insiste sur le hasard qui l'a fait naître en Suisse, Daniel de Roulet ne renie pas le "patriotisme géographique" (expression empruntée à Ramuz) dont il est pétri: le goût pour les paysages de l'enfance, un climat, une nature, un relief qui l'ont imprégné à vie.

Sciences et littérature

Pour "tracer une croix fédérale sur la carte d'une géographie intime", Daniel de Roulet a parcouru deux fois 600 kilomètres environ, lesté des livres de plus de vingt écrivains ou savants qui l'ont précédé sur les lieux. De Madame de Staël à Max Frisch en passant par Anne-Marie Schwarzenbach, Rimbaud et Tolstoï, il observe les villes, les plaines et les montagnes de Suisse à travers le prisme de leurs mots. Une forme d'humilité mais aussi un élargissement des perceptions.

Toutefois, Daniel de Roulet n'oublie qu'il a été architecte et informaticien. Il s'extasie devant le pont de Robert Maillart sur la Schwandbach (BE) et se remémore avec délice les expériences d'Horace-Bénédict de Saussure dont le cyanomètre destiné à mesurer le taux d'oxygène dans l'air comportait "50 nuances de bleu". Il souligne qu'avant le cloisonnement des savoirs, le champ des connaissances bénéficiait de "la fertilisation croisée" des sciences et de la littérature, dont les écrits actuels sur le confinement feraient bien de s'inspirer.

Entretien avec Daniel de Roulet, auteur de "La Suisse de travers"

La Suisse des pauvres

A travers le livre d'Ulrich Bräker, "Le pauvre homme du Toggenbourg", Daniel de Roulet évoque les mercenaires suisses, matériel de guerre humain exporté vers les puissances européennes.

Pour l'étape Saint-Imier – Neuchâtel, c'est Agota Kristof qui accompagne le marcheur. Passant à Fontainemelon où travaillait l'auteure venue de Hongrie en 1956, il cite un passage de "Hier": "… percer, percer toujours le même trou dans la même pièce, dix mille fois par jour si possible, c'est de cette vitesse que dépendent notre salaire, notre vie". La conscience sociale toujours en éveil chez Daniel de Roulet pourrait le rapprocher de Rousseau (dont il a emporté deux livres), mais son refus du nombrilisme l'en éloigne. Il admet ressentir "tour à tour tendresse et agacement" pour l'auteur des "Confessions".

Cent cinquante lacs

Frappé par l'abondance des lacs en Suisse – dont cinq sont frontaliers – Daniel de Roulet note: "En quelques heures de transports publics, chaque habitant du pays peut devenir un riverain lacustre. Voilà notre lien vers la mondialité". Ainsi ces randonnées helvétiques donnent-elles à Daniel de Roulet "un bon prétexte pour ancrer une approche sereine de la mondialité". Mot dont il précise qu'il "fait la nique à la mondialisation".

Geneviève Bridel/ld

"La Suisse de travers", Daniel de Roulet, Editions Héros-Limite.

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