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"Nathan", une fiction pornographique pour lecteur consentant

Couverture du livre "Nathan" de Xavier Löwenthal. [Helis Helas]
"Nathan", de Xavier Löwenthal / Vertigo / 2 min. / le 26 mars 2020
Le bédéiste, romancier et éditeur bruxellois Xavier Löwenthal s'attaque aux dérives moralisantes de notre époque dans une fiction provocatrice dont l’antihéros éponyme "Nathan" s'en tire plutôt bien.

Nathan, la trentaine passée, s'active en haut fonctionnaire dans un organisme de l'Union (comprenez une des officines au siège de l'Union européenne à Bruxelles). Il a pour particularité de séduire ses collègues féminines et de comparer les législations internationales en matière de répression du harcèlement moral et sexuel. Situation paradoxale qui est en passe de piéger ce corrupteur de jeunes filles, par ailleurs insouciant, jouisseur et compétent.

Un Dom Juan en open-space

Tout irait dans le meilleur des mondes masculinistes possibles si Hermine, la supérieure de Nathan, ne l'avait pris en grippe par jalousie et désir refoulé. Cette cadre disciplinée sacrifie ses plaisirs sur l'autel de la performance professionnelle et ne saurait dès lors tolérer, sans sueur suspecte, l'attitude libidineuse de son subordonné.

De cette intrigue volontairement caricaturale, Xavier Löwenthal tisse un roman à rebondissements, en suivant les mésaventures de son antihéros bientôt poursuivi pour harcèlement sexuel à l'encontre d'Hermine, prénom pour le moins prédestiné au déroulement d'un procès pénal. Pour l'auteur qui s'est lancé un véritable défi dans l'écriture de cette fiction contemporaine, les personnages apparaissent tantôt comme des allégories des travers de notre société, tantôt comme des révélateurs des états d'âme d'adultes en mal d'épanouissement, quoique dépourvus de toute spiritualité.

Un accusé qui flotte dans l'indifférence

Ajoutons que Löwenthal s'est bien documenté sur l'irrésistible propension de notre société à défendre le bien. Des mouvements féministes radicaux aux éructations des réacs masculinistes, l'éventail des passions accentue les tensions sociales sur fond de manifs et contre-manifs, réprimées par les forces de l'ordre.

>> A écouter, l'entretien avec Xavier Löwenthal:

Xavier Löwenthal. [DR]DR
Entretien avec Xavier Löwenthal, auteur de "Nathan" / QWERTZ / 31 min. / le 25 mars 2020

Car l'"Affaire Nathan", jugée sans preuves convaincantes, attise les arguments contradictoires à la manière du jugement d'Harvey Weinstein, en moins prédateur et moins coupable, du moins sur le terrain de la prédation sexuelle. Avec un peu d'effort, l'accusé devrait se sentir concerné, impliqué ou simplement repentant, mais à la manière de Meursault dans "L'Étranger" de Camus, il flotte dans l'indifférence, le détachement. Aussi purgera-t-il sa peine dans un foyer féministe avec curiosité sous la férule d'une conférencière chargée de l'initier à l'écriture inclusive et aux subtilités de la pensée "genres et transidentités".

Tous les livres parlent de cul

Il faut dire qu'il revient de loin, de parties endiablées de jambes en l'air décrites avec force détails par un auteur en pleine forme, si on ose dire. Les scènes érotiques, torrides, ne visent pas que les partenaires de Nathan, mais versent dans la transgression, la pédophilie, Nathan couchant avec une mineure de quinze ans, Odile, dont il finira par partager la vie, les goûts et la déco illuminée par des photophores et les huiles essentielles. Est-ce par provocation, rappelons que le sujet reste très sensible en Belgique, ou souci de laisser la fiction filer à bride abattue?

Gide le disait voici longtemps: "Avec de bons sentiments, on fait de la mauvaise littérature." En lâchant le diable en personne lors des frasques de Nathan, Xavier Löwenthal nous invite à considérer le cynisme de notre société dont l'acharnement à penser juste et bien trahit la violence sous-jacente. On en oublierait presque que ce Meursault belge a commis un crime sordide. Moraliste par la bande, ce roman nous tend le miroir de nos vertiges, entre surinformation et perte d'identité. Car suivre sa pente naturelle, serait-ce toujours chuter?

Christian Ciocca/aq

Xavier Löwenthal, "Nathan", roman pornographique et misogyne pour jeune fille, coll. Mycélium mi-raisin, Hélice Hélas éditeur, Vevey, 2020.  

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