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Wajdi Mouawad, la voix d'un auteur qui fait du confinement une épopée

Wadji Mouawad à Madrid le 22 septembre 2018. [Luca Piergiovanni - Keystone]
Le journal de confinement de Wajdi Mouawad / Vertigo / 6 min. / le 20 mars 2020
L'auteur, réalisateur, comédien et metteur en scène libano-québecois, Wajdi Mouawad, tient en ligne sur SoundCloud un "Journal de confinement" depuis lundi 16 mars. Si vous voulez rire, passez votre chemin, si vous avez envie d'être plus intelligent, branchez-vous.

Wajdi Mouawad est l'auteur de la pièce "Incendies", un drame familial âpre et intense magnifiquement adapté au cinéma, ou du splendide "Tous des oiseaux", une pièce où les comédiens jouaient chacun dans sa langue d'origine, en anglais, allemand, hébreu et arabe.

Wajdi Mouawad est le spécialiste des pièces intelligentes, bouleversantes et longues - souvent plus de trois heures haletantes durant lesquelles les personnages font face à des évènements et à des rebondissements qui secouent les rôles des uns et des autres et les confrontent à leurs pires démons.

Une voix qui rappelle le moment du coucher

Wajdi Mouawad est aussi, depuis lundi 16 mars, l'auteur d'un "Journal du Confinement" que l'on peut écouter tous les jours sur SoundCloud. Chaque épisode dure 14 minutes, et c'est l'auteur lui-même qui lit son texte de sa voix chaude, calme et parfois chuchotée, une voix qui nous renvoie inévitablement à l'enfance, au moment du coucher, bercé par la voix rassurante des parents.

Hormis quelques notes de musique en début et fin de chaque épisode, la pensée du metteur en scène en est réduite à son plus simple appareil, l'écriture, créant ainsi une intimité inédite entre celui qui dit et celle ou celui qui écoute.

Titiller l'imaginaire et la réflexion

Si vous avez envie de rire, ce n'est pas cette voix-là qu'il faut écouter. En revanche si vous avez envie de réfléchir, d'être ému, vous êtes au bon endroit. Dans son journal, Wadji Mouawad s'appuie sur son expérience personnelle mais aussi sur toute sa culture littéraire.

Il convoque à la fois son enfance durant la guerre civile au Liban, s'invente une promenade dans le bois de Vincennes avec l'enterrement d'une tortue, appelle Ulysse prisonnier sur l'île de Calypso, Oedipe, Apollon ou encore l'arche de Noé à la rescousse pour nous aider à y voir clair.

Il nous emmène aussi à Nogent-sur-Marne, sa ville de confinement qu'il passe à la loupe tandis que son regard dérive sur un érable japonais, lui aussi confiné dans un jardin...

Ariane Hasler/mcm

"Journal de confinement", de Wadji Mouawad sur SoudCloud.

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