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Jean-Loup Chiflet aime le français sans ménagement

Jean-Loup Chiflet. [John Wolf  - DR]
Jean-Loup Chiflet évoque son "Dictionnaire amoureux de la langue française" réactualisé par une édition en format poche. / QWERTZ / 16 min. / le 19 mars 2020
Paru récemment en format poche, le "Dictionnaire amoureux de la langue française" célèbre avec malice la Journée internationale de la francophonie. L'occasion, en ce 20 mars 2020, d'arpenter un terrain bucolique et parfois escarpé.

Qualifié de "grammairien buissonnier" par son ami Alain Rey, des dictionnaires Robert, Jean-Loup Chiflet estime qu'aimer le français n'empêche pas de le bousculer un peu pour l'empêcher de rouiller.

Nimrod et Beckett

Dans les années 1980, "Sky my Husband" (plus de 300'000 exemplaires vendus) révèle le goût de l'auteur pour les interactions entre les langues: l'ouvrage traduit littéralement en anglais des expressions bien françaises, comme "Ciel mon mari": cocasse et plus efficace qu'un combat stérile contre le franglais!

On retrouve dans le "Dictionnaire amoureux de la langue française" cette ouverture aux échanges linguistiques: sous Francophonie, on apprend que, selon le poète tchadien Nimrod, "il n'est pas de langue habitable que celle qu'on enfante soi-même" ou qu'au Niger "aller au garage" signifie aller au bordel. À la lettre C, l'entrée Convertis salue ces étrangers qui ont choisi le français comme langue d'écriture, de Beckett à François Cheng en passant par Cioran qui disait: "la langue française m'a apaisé comme une camisole de force calme un fou".

Anagrammes et aptonymes

Les innombrables exceptions grammaticales, pièges et incohérences du français méritent qu'on s'en amuse, comme des hasards par lesquels le nom propre d'une personne correspond à sa profession. Il s'agit d'aptonymes soigneusement recensés par Chiflet: Dr. Bargeot, psychiatre, Martin Page, écrivain ou Benjamin Millepied, directeur du ballet de l'Opéra de Paris.

Quant à l'anagramme (nom féminin) qui consiste à renverser les lettres d'un mot pour obtenir un autre mot, en voici un magnifique spécimen: "la madeleine de Proust" qui devient: "un don réel au temps idéal".

En quelque 700 pages, Jean-Loup Chiflet dit la richesse, l'exigence, l'inventivité, la poésie mais aussi les paradoxes du français. Il rend hommage à celles et ceux – de Colette à Mirbeau, de Céline à Zola – qui l'ont enchanté, bousculé ou renouvelé. Il cite enfin Queneau à la lettre Z (comme Zazie) et son célèbre "apibeursdè touillou", des vœux appropriés pour marquer le cinquantenaire de la francophonie.

Geneviève Bridel/aq

Jean-Loup Chiflet, "Dictionnaire amoureux de la langue française", Plon (poche).

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