Publié le 20 février 2020 à 10:57

Colette Fellous, l'autobiographie comme principe de vie

Colette Fellous.
Colette Fellous. [Ulf Andersen - AFP]
Colette Fellous publie "Kyoto song", fruit d'un voyage au Japon en compagnie de sa petite-fille. Un texte qui permet à l'autrice et éditrice de porter un œil nouveau sur les thématiques présentes depuis toujours dans son œuvre.

L'œuvre de Colette Fellous est tout entière nourrie d'un matériau autobiographique. L'autrice, éditrice et femme de radio a patiemment construit une sorte de puzzle depuis la Tunisie, sa terre natale, jusqu'à Paris où elle vit.

"Avenue de France", "Plein été", "Un amour de frère", Colette Fellous tisse texte après texte une toile où se retrouvent pris tous les éléments qui ont marqué sa vie et surtout son enfance, mais chaque fois observés d'une façon nouvelle. Dans cette recherche autobiographique minutieuse, des photos privées viennent compléter les mots.

Son avant-dernier livre était intitulé "Pièces détachées". Le nouveau, "Kyoto song", semble marquer une étape très particulière dans son travail, car c'est un livre qui contient tous les livres précédents. Et la ville de Kyoto au Japon lui a permis de regarder d'une façon nouvelle toute sa vie passée.

Un voyage pour se souvenir

"Kyoto song est un endroit où je vais tout retrouver", confie Colette Fellous, rencontrée chez son éditeur, Gallimard. En effet ce livre est une représentation mentale qui met en lien différents épisodes traumatiques de l'enfance, notamment un épisode violent, des attouchements subis alors qu'elle avait huit ans. Le drame avait été abordé dans ses livres précédents, mais de façon obscure. Il a fallu Kyoto, et ce texte-là, pour que Colette Fellous retrouve le souvenir et puisse mettre les mots dessus.

Mais pourquoi le Japon? C'est au départ sa petite-fille de dix ans, à qui elle propose d'offrir un voyage, qui lui demande de l'emmener là-bas. "Et elle a dit cette phrase qui a déterminé ce voyage: j'aimerais être encore une enfant pour voir le Japon".

>> A écouter, l'entretien avec Colette Fellous,:

Colette Fellous.
F. Mantovani - Gallimard
Caractères - Publié le 16 février 2020
 

Comme un essai sur l'écriture autobiographique

Colette Fellous dit se retrouver parfaitement dans ce pays lointain, dans sa littérature comme dans son cinéma. Mais c'est surtout dans le rapport au temps que la romancière se sent proche de la culture japonaise. "C'est comme si on sculptait les secondes", dit-elle en faisant remarquer que tout son travail autobiographique est basé sur ce concept: arrêter le temps, retrouver un instant donné et en faire de la littérature.

Aussi ce livre hybride, mêlant souvenirs, impressions de voyage, conversations avec sa petite-fille et photos, prend parfois la forme d'un essai théorique sur l'écriture autobiographique. Car depuis des années Fellous, qui a l'habitude de dire que sa vie est dans ses livres, le reste ne l'intéressant finalement pas tant que ça, mène une réflexion sur le sujet qu'elle travaille par l'exemple dans chacun de ses textes: "Je voulais ici montrer comment un livre se construit."

Sylvie Tanette/ld

Colette Fellous, "Kyoto Song", édition Gallimard.

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Publié le 20 février 2020 à 10:57

Une passion pour le cinéaste Ozu

Colette Fellous dans ce livre aborde différents aspects de la culture japonaise: "Quand je lis un livre ou que je vois un film japonais, j’ai l'impression d'être avec eux, dans la page, sur l'écran. Je ne sais pas pourquoi, c'est très énigmatique". C'est surtout le minimalisme et la délicatesse des films du cinéaste Ozu (1903-1963) qui l'interpellent. Elle confie regarder ses films comme les chapitres d'un unique grand film. Et se dit très touchée par la place que le réalisateur de "Printemps tardif" accorde à la mémoire.