Modifié le 12 février 2020 à 13:40

David Chariandy raconte le racisme ordinaire dans une lettre à sa fille

L'écrivain David Chariandy.
Livres: chronique pour les enfants victimes du racisme Vertigo / 5 min. / le 04 février 2020
"Il est temps que je te dise – lettre à ma fille sur le racisme", l'ouvrage signé David Chariandy, écrivain canadien aux origines afro-asiatiques, vient de paraître en traduction française. Puissant et bouleversant.

Aujourd'hui, David Chariandy a 51 ans. Ecrivain prisé et primé traduit dans plusieurs langues, professeur de littérature titulaire d'un doctorat, il vit dans un quartier privilégié de Vancouver avec ses enfants et son épouse. Celle-ci est blanche, une Québécoise pure souche issue d'une famille aisée et influente.

Une génération plus tôt, au début des années 1960, les parents Chariandy sont partis de Trinidad (Cuba) pour s'installer au Canada. Réfugiés économiques, ils ont trimé toute leur vie pour donner à leur fils une vie meilleure que la leur. La famille s'est installée à Scarborough, banlieue sensible de Toronto, où David et son frère sont nés. David Chariandy est donc citoyen canadien, brillant qui plus est, ce qui ne l'a jamais empêché d'être exposé aux blessures du racisme ordinaire.

Il est temps de lui raconter mon histoire, mon passé.

Extrait de "Il est temps que je te dise – lettre à ma fille sur le racisme" de David Chariandy

Mettre des mots sur ses blessures

Le soir du 27 janvier 2017, un homme armé fait feu dans une mosquée de Québec et tue six personnes. "Il est tellement horrible ce monde", lâche la fille de David Chariandy au lendemain de l'événement.

Pour son père, c'est comme un déclic. "Il est temps que je te dise – lettre à ma fille sur le racisme" s'est imposé. Avec une infinie délicatesse, l'écrivain – père angoissé et impuissant à protéger sa fille – s'efforce de mettre des mots sur les émotions et les blessures qu'il avait gardées profondément enfouies jusque-là.

>> A écouter: une interview de David Chariandy qui parle de ce livre

L'écrivain David Chariandy dans une bibliothèque de Toronto.
Steve Russell - Toronto Star via Getty Images
Caractères - Publié le 09 février 2020

Un livre d'amour et de tolérance

David Chariandy refait l'histoire, dresse une carte génétique du sang qui coule dans les veines de ses enfants. Il en résulte un message édifiant. Un livre d'amour: l'amour d'un père, d'un mari et d'un fils. Un livre de tolérance pour dire aussi la fierté et sa reconnaissance envers tous ceux qui, avant elle, ont permis à sa fille adorée d'être qui elle est aujourd'hui.

Tu n'as pas créé les inégalités et les injustices de ce monde, ma fille. Tu n'es ni la seule, ni l'unique chargée de les réparer.

Extrait de "Il est temps que je te dise – lettre à ma fille sur le racisme" de David Chariandy

Marlène Métrailler/aq

David Chariandy, "Il est temps que je te dise. Lettre à ma fille sur le racisme", éitions Zoé.

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Publié le 12 février 2020 à 11:08 - Modifié le 12 février 2020 à 13:40

D'autres lettres d'écrivains sur le racisme

1963. James Baldwin (un auteur que David Chariandy adule) écrit une lettre à son neveu - une lettre explosive - pour dire la condition d'un homme noir aux Etats-Unis.

En 1998, Tahar Ben Jelloun s'adresse à Meriem sa fille de dix ans et raconte aux enfants l'absurdité du racisme.

En 2014, affaiblie par la maladie et peu avant de mourir, l'Américaine Maya Angelou écrit une "Lettre à la fille qu'elle n'a jamais eue". Un testament dédié aux jeunes générations afro-américaines.

En 2015, dans sa "Lettre à mon fils" Ta-Nehisi Coates s'indigne de constater que la condition noire demeure toujours un enfer aux Etats-Unis.

"Ma fille, mon enfant" de David Ratte

Le hasard des parutions veut que la veille de la parution de "Il est temps que je te dise", les éditions Bamboo publiaient "Ma fille, mon enfant" de David Ratte. Ce roman graphique, soutenu par SOS Racisme, donne un contrepoint intéressant à cette réflexion sur le racisme ordinaire. Michel Ratte évoque ici le racisme d’une mère qui révèle - ou peut-être découvre? - sa nature raciste le jour où sa chère fille lui présente son amoureux, Abdelaziz. "Une œuvre dure, qui ne fait pas de compromis sur la réalité de la violence que peut engendrer un racisme banalisé, mais qui porte également un espoir: celui que les gens et donc les sociétés peuvent changer…", affirme Hadrien Lenoir, membre de SOS Racisme. Tout à la fois drôle et percutant!