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Angoulême 2020, un festival de bande dessinée sous haute protection

Un visiteur d'une des expositions du 47e festival international de bande dessinée d’Angoulême, en France, le 29 janvier 2020. [Yohan BONNET - AFP]
Angoulême 2020, un festival sous haute protection / Vertigo / 7 min. / le 30 janvier 2020
Le 47e festival international de la bande dessinée d’Angoulême s'est ouvert jeudi. Rendez-vous incontournable des amateurs francophones du 9e art, près de 200’000 personnes s'y presseront durant quatre jours.

Ce jeudi, c’est un festivalier particulier qui vient visiter les expositions, Emmanuel Macron. La présence du président de la République bouscule les habitudes des lieux. Rues bloquées, bus déviés, manifestants vociférants, forces de l’ordre renforcées; des chamboulements qui n’entament pas l’enthousiasme des visiteurs.

La visite du président français Emmanuel Macron au 47e festival international de bande dessinée d’Angoulême, le 30 janvier 2020, a donné lieu à un imposant déploiement policier. [Didier Charlet - RTS]La visite du président français Emmanuel Macron au 47e festival international de bande dessinée d’Angoulême, le 30 janvier 2020, a donné lieu à un imposant déploiement policier. [Didier Charlet - RTS]L'année 2020 est aussi particulière pour le festival, puisque le ministère de la Culture en a fait l’année de la BD, pour saluer la bonne santé du secteur. Une annonce qui a fait gronder les auteurs de bande dessinée, dont plus d’un tiers vivent sous le seuil de pauvreté selon les chiffres 2016 des états généraux de la bande dessinée. Ces préoccupations semblent avoir été prises au sérieux. Ce midi, le président français a d'ailleurs mangé avec une délégation d’auteurs pour entendre leurs revendications.

Grand Prix absent

Si la venue d'Emmanuel Macron fait parler, il y a en revanche une absence qui est remarquée, celle du Grand Prix 2019 du festival, la mangaka Rumiko Takahashi. Autrice de séries de manga à succès ("Ranma 1/2", "Maison Ikkoku", "Urusei Yatsura" entre autres), elle avait obtenu le titre l’année dernière après une campagne de soutien des autrices et auteurs de bande dessinée, ralliés sous la bannière #teamrumiko. Pourtant, cette année aucune exposition ne lui est consacrée et elle n’est pas présente. Elle n’a pas souhaité venir en France, ni fournir de matériel à l’élaboration d’une exposition en son honneur. Sa seule trace se trouve sur une affiche dessinée par ses soins. Timidité, modestie ou snobisme? Une seule certitude: la déception de ses nombreux fans.

Emmanuel Guibert consacré

Le Grand Prix 2020 a été décerné à Emmanuel Guibert. Cet auteur français à l’œuvre hétéroclite et surprenante est issu de l’atelier de Vosges, terreau de la "nouvelle vague" de bande dessinée francophone aux cotés notamment de Lewis Trondheim, Joann Sfar et Emile Bravo.

Emmanuel Guibert excelle dans la retranscription de témoignages, où il disparaît volontiers derrière les voix qu’il met en scène. Son travail est généreux et varié. Il fut déjà lauréat du Prix René Goscinny en 2017 pour ses qualités de scénariste et sa série "Le Photographe", récit de guerre suivant une équipe de Médecins Sans Frontières entre le Pakistan et l’Afghanistan. Il a aussi obtenu de nombreuses récompenses (Globe de cristal, Fauve essentiel, Eisner Award, Prix Micheluzzi). Il est également le scénariste de la série jeunesse à succès "Ariol" et un artiste plasticien passionnant, comme en témoignait l’exposition que le festival d’Angoulême lui a consacrée en 2018. Gageons qu’il saura être un Grand Prix attentif présent en 2021.

La BD Suisse s’unit et s’organise

A Angoulême, c’est également la première année que la BD suisse est présente sous un seul et même toit. Le réseau BD suisse tient un stand dans la bulle du nouveau monde. Cette association des différents acteurs de la bande dessinée de notre pays a pour but de promouvoir le 9e art de Suisse et en Suisse. Différentes rencontres sont prévues durant les quatre jours du festival et des autrices et auteurs suisses seront en dédicace sur le stand.

Didier Charlet/olhor

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Le dessinateur algérien Nime lauréat du prix du courage artistique

Le dessinateur algérien Abdelhamid Amine, dit "Nime", critique du régime et condamné en décembre dernier à un an de prison dont trois mois ferme, a reçu le prix du courage artistique en marge du festival de BD d'Angoulême.

L'artiste algérien, libéré de prison début janvier, recevra samedi ce prix du Off d'Angoulême, qui récompense des auteurs et artistes menacés dans leur pays.

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