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Alessandro Pignocchi vole dans les plumes des maîtres du monde

Planche de "Mythopoïèse" d'Alessandro Pignocchi. [Editions Steinkis]
Entretien avec Alessandro Pignocchi, auteur de "Mythopoïèse" / Caractères / 23 min. / le 19 janvier 2020
Dans le troisième volume de son "Petit traité d’écologie sauvage", le bédéaste français Alessandro Pignocchi explore par l’humour un monde du futur converti à l'animisme.

C’est une mésange bleue, accrochée à une branche, devisant avec sa complice à longue queue. L’illustration, à l’aquarelle, est aussi précise qu’élégante, le travail d’un fin observateur du règne animal. Mais voilà que les volatiles parlent le langage des humains. Et le propos qu’ils tiennent tranche avec l’esprit bucolique de l’image.

Maîtres d’un monde post-capitaliste, les passereaux en question s’inspirent davantage de Hitchcock ou des Black Blocs que de Disney. Ce sont eux, avec leurs complices les pinsons, qui dictent à Nicolas Hulot la teneur radicale de ses discours, ou fomentent des actions destructrices sur des centres commerciaux.

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Vignette Mythopoïèse [RTS]
Les animaux bavards en littérature, les lectures incontournables / RTSculture / 2 min. / le 23 janvier 2020

Un monde où l'animisme fait loi

L’ironie du dispositif fait tout le sel des dessins d’Alessandro Pignocchi. Ce bédéaste français, remarqué pour son incursion graphique dans le monde de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ("La Recomposition des mondes", 2019), tient au quotidien un blog, Puntish, dans lequel il explore cette forme de commentaire politique qui allie à son amour du dessin naturaliste l’humour grinçant de sa fibre écologiste militante.

Du blog au livre, l’aventure prend la forme d’un "Petit traité d’écologie sauvage", dont le troisième volume, "Mythopoïèse", vient de paraître. Familier des écrits de l’anthropologue Philippe Descola et du philosophe Bruno Latour, Alessandro Pignocchi y développe le fantasme d’un monde dans lequel l’animisme fait loi.

Devenus les vestiges théâtraux de l’ancien monde, Donald Trump, Angela Merkel ou Emmanuel Macron s’y ébattent, dialoguant au coin du feu dans un bocage reconquis par la nature. Tandis qu’un sociologue jivaro armé d’un carnet de notes tente de comprendre, sans y parvenir tout à fait, les codes étranges du monde qui fut le nôtre.

Refuser l'hégémonie de l'humain sur le vivant

Renverser le point de vue, refuser l’hégémonie de l’humain sur le vivant, c’est là l’héritage des diverses explorations de l’auteur qui raconte dans sa première bande dessinée, "Anent" (2016), son séjour auprès des Indiens jivaros de l’Amazonie. Membre actif de la lutte territoriale sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Pignocchi y a découvert une nouvelle manière d’être au monde, loin des logiques marchandes qui régissent nos rapports avec les autres êtres, qu’ils soient de nature humaine, animale ou végétale.

Face aux fables en apparence indépassables de notre ère, il est alors vital d’en opposer d’autres. C’est là le sens de ce titre, "Mythopoïèse", qui désigne la création de mythologies personnelles. Avec leur ironie mordante, avec la beauté douce de leurs aquarelles, les nouvelles mythologies qui jalonnent ce "Petit traité d’écologie sauvage" se révèlent malicieusement séditieuses.

Nicolas Julliard/aq

Alessandro Pignocchi, "Petit traité d’écologie sauvage – Mythopoïèse", éditions Steinkis.

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