Publié le 16 janvier 2020 à 16:23

Un polar écrit à 16 mains en 50 heures en forme de cadavre exquis

Sébastien G. Couture durant l'écriture un roman collectif "L'Altitude des orties".
Sébastien G. Couture durant l'écriture un roman collectif "L'Altitude des orties". [Alan Humerose - DR]
En février 2019, pendant le Salon du livre romand à Fribourg, huit auteurs se sont relayés pour écrire un polar dans une ancienne cabine Swisscom. Un marathon littéraire dont le texte est publié cette semaine.

En tant qu’écrivain et éditeur, Michaël Perruchoud est l’initiateur d’un projet un peu fou: écrire un roman collectif en cinquante heures chrono, comme une course de relais.

"Cette idée est née en me souvenant de Simenon qui affirmait avoir écrit un roman dans un supermarché", confie-t-il. Ecrire au vu de tous dans un lieu public, une idée séduisante qui contredit la solitude légendaire de l’auteur face à sa table de travail. Mais écrire dans l’espace confiné d’une ancienne cabine téléphonique transformée en minuscule galerie d’art et de curiosités, c’est encore plus fort. On l’appelle La Cabinerie, elle est située dans le quartier d’Alt à Fribourg.

>> A écouter: Entretien avec Michaël Perruchoud, coauteur et éditeur de "L'Altitude des orties"

Michaël Perruchoud.
Charly Rappo
RTSculture - Publié le 12 janvier 2020

Un relais toutes les deux heures

Ainsi, du vendredi après-midi au dimanche suivant, Michaël Perruchoud et ses sept complices se sont enfermés tour à tour dans ce mètre carré de métal et de verre en se passant le relais toutes les deux heures. Juste avant le coup d’envoi, la joyeuse équipe s’est accordée sur quelques éléments fondateurs.

On a imaginé un homme et une femme qui partent en vacances et qui s’aperçoivent tout à coup que leur fils n’est plus sur la banquette arrière de la voiture. On a défini le prénom de ces deux personnages et le titre du livre, "L’Altitude des orties". C’est tout.

Michaël Perruchoud, auteur et éditeur

Eric Bulliard durant l'écriture un roman collectif "L'Altitude des orties". Eric Bulliard durant l'écriture un roman collectif "L'Altitude des orties". [Alan Humerose - DR] Il y a donc un caractère d’urgence dans cette performance littéraire qui repose sur la nécessité de parer au plus pressé, sans se soucier de peaufiner. Et surtout, l’obligation d’accepter les propositions formulées précédemment par les autres auteurs. "Il faut dire oui à tout et se servir de l’imaginaire de l’autre pour continuer le récit", dit avec lucidité Michaël Perruchoud.

Des qualités littéraires indéniables

Dire oui, au risque de l’incohérence et de la confusion. Et c’est là que le livre publié aujourd’hui est bluffant. On y perçoit peu les coutures entre une page et la suivante. Les huit auteurs sont parvenus à faire corps autour d’une intrigue policière bien assaisonnée, parfois urticante.

J’ai dit qu’il fallait la faire cuire longtemps, sinon, les orties, ça reste amer. Même celles d’ici, 1187 mètres, elles sont bien meilleures, plus vertes, plus tendres, mais elles peuvent quand même être amères.

Extrait de "L’Altitude des orties"

Entre l’écriture de la dernière page le 17 février 2019 et la parution du livre en ce début d’année, il a fallu laisser mijoter. Et apporter quelques menues retouches au texte afin de permettre au lecteur de s’y retrouver plus facilement. Mais selon Michaël Perruchoud (il a raison), ce livre peut être lu sans avoir à l’esprit son caractère performatif. C’est un roman collectif composé dans des circonstances particulières certes, mais peu importe de savoir qui a écrit quoi. Ses qualités littéraires sont indéniables. Page après page.

Jean-Marie Félix/aq

Fred Bocquet, Eric Bulliard, Sébastien G. Couture, Blaise Hofmann, Julie Moulin, Michaël Perruchoud, Bertrand Tappy et Lolvé Tillmanns, "L’Altitude des orties", Ed. Cousu mouche.

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Publié le 16 janvier 2020 à 16:23