Modifié le 16 janvier 2020 à 08:42

L'univers impitoyable de la bande dessinée selon Daniel Blancou

La couverture de la BD "Un auteur de bd en trop" de Daniel Blancou.
Livre: La bd n'est pas un métier d'avenir Vertigo / 5 min. / le 14 janvier 2020
Daniel Blancou met en scène son double, Daniel, un auteur de bande dessinée sans grande envergure. Drôle et féroce à la fois, "Un auteur de BD en trop" prend des allures de manifeste pour dire la précarité du milieu.

Daniel a vingt ans de métier derrière lui, mais il n'a jamais décollé. Accessoirement, il donne des cours dans une école de bande dessinée de deuxième zone. Il végète non sans se démener pour trouver sa voie. Il déjoue la solitude en bavassant avec un canard minuscule à la langue bien pendue. Drôle de binôme!

Il bricole donc sans trop de conviction jusqu'au jour où une pharmacienne le convainc de jeter un œil sur la BD de son fils Kevin. C'est le choc. Daniel tient dans les mains le chef-d'œuvre après lequel il court depuis toujours: inventivité, audace, maîtrise parfaite du dessin et du récit.

Autodérision et tendresse

Et c'est le début d'un engrenage funeste. Le gamin n'a rien à faire de la BD, c'est l'art et sa tyrannique professeure d'art contemporain qui l'intéressent. Daniel se retrouve dans la peau du plagiaire avant même de réaliser ce qu'il a fait. Aussitôt propulsé sur les devants de la scène. Comment et à quel prix "une insignifiante chenille devient papillon"?

Dans "Un auteur de BD en trop", Daniel Blancou renoue avec sa fibre humoristique. Brillamment, avec autodérision, mais avec tendresse, il n'hésite pas à envoyer son personnage en enfer.

>> A voir: Quelques planches de "Un auteur de BD en trop"

Un état des lieux féroce du milieu

En filigrane, l'auteur strasbourgeois dresse un état des lieux féroce du milieu aujourd'hui. Surproduction suicidaire. Après quelques semaines, s'il parvient sur les rayons d'un libraire, "un livre sur deux paru, tous genres confondus, est promis au pilon", précise Daniel Blancou. Les conditions salariales vont en se dégradant.

On est dans un monde de plus en plus dur, on voit l’uberisation de beaucoup de professions et évidemment la bande dessinée est touchée aussi. Mais ça n’a jamais été un métier d’avenir, quelles que soient les époques.

Daniel Blancou, auteur de bande dessinée

Pour tenter leur chance, certains auteurs acceptent tout. La créativité et l'inspiration doivent passer sous le joug de la rentabilité. L'éditeur tout puissant veut une bonne histoire qui ressemble si possible à celle du dernier best-seller édité. Décidément comme le dit Daniel Blancou, "la bande dessinée n'est pas un métier d'avenir".

>> A écouter: entretien avec Daniel Blancou à propos de "Un auteur de BD en trop"

Daniel Blancou, auteur de BD.
Editions Sarbacane
Caractères - Publié le 12 janvier 2020

Un album soigné

Dans cette morosité ambiante, l'auteur ne cache pas son bonheur à mettre en forme son récit. Dessin et techniques assistées par ordinateur se conjuguent pour dérouler un récit harmonieux. Graphisme, typographie, couleurs, couverture, qualité du dialogue, chaque détail a bénéficié du même soin.

"Rêve ta vie en couleurs, c'est le secret du bonheur", dit le personnage à ses élèves. L'auteur applique cette théorie: "tout est fait à partir de trois uniques couleurs primaires: bleu, rouge et jaune". Subtilement tramées, elles donnent à l'album un aspect légèrement suranné. Tout ce que Daniel Blancou aime: "J'y passe du temps, je réfléchis, je travaille… et l'aspect passéiste c'est vrai. J'aime les bandes dessinées rétro, plus anciennes. J'aime les choses contemporaines… J'essaie dans mon travail de concilier toutes ces influences et de n'en renier aucune".

Marlène Métrailler/aq

"Un auteur de bd en trop", de Daniel Blancou, vient de paraître aux éditions Sarbacane

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Publié le 16 janvier 2020 à 08:37 - Modifié le 16 janvier 2020 à 08:42