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"Le châle de soie vert", une saga sur le courage des femmes en Engadine 

L'Engadine. [DR/Editions Cabédita]
Bregaglia et Engadine: le courage des femmes des Grisons / Nectar / 27 min. / le 9 décembre 2019
A travers ses propres souvenirs et ceux transmis par sa mère et sa grand-mère, la Grisonne Marcella Maier retrace deux siècles d’histoire de son canton. Un best-seller alémanique enfin traduit en français.

De Bondo à Silvaplana, de Sils à Saint-Moritz, c’est toute l’Engadine que sillonnent les quatre générations de femmes dont Marcella Maier brosse le portrait dans "Le châle de soie vert". Sa traductrice, Monique Baud, amoureuse de cette région et passionnée d’histoire, a su conserver la simplicité et l’empathie de ce précieux témoignage.

De domestique à sage-femme

La couverture du livre "Le châle de soie vert" de Marcella Maier. [Cabédita]La couverture du livre "Le châle de soie vert" de Marcella Maier. [Cabédita]Le châle de soie vert existe toujours: il s’est transmis de mère en fille depuis que l’arrière-arrière-grand-mère Alma qui l’avait reçu – avec un vieux rouet - d’un prêtre qui avait trouvé refuge au Val Bregaglia, seule vallée protestante et italophone des Grisons. Veuve très jeune, sans ressources et mère d’une petite fille, Alma loue ses services à une grande famille de la vallée.

Sa fille ira travailler à Sils Maria dans une pension, puis au moulin de Sils comme "furnera" (boulangère) car, précise Monique Baud, le règlement communal stipulait que "par respect du bois", on veille à préserver la forêt en n’alimentant qu’un seul four collectif. Les femmes du village y apportaient leur pain. Quant à la petite-fille d’Alma, après un emploi dans une pension à Saint-Moritz, elle deviendra la première sage-femme diplômée des Grisons au terme d’une formation suivie à Coire vers la fin du 19e siècle.

Et les hommes?

Les maris sont souvent absents de ce récit familial, décédés de maladie ou d’accident professionnel. L’un d’eux, ingénieur, a dû quitter le pays après la faillite de son entreprise d’électricité. Le grand-oncle de l’auteure s’est installé à Florence où, comme beaucoup d’Engadinois, il a ouvert une pâtisserie réputée.

Marcella Maier, cinquième de cette lignée de femmes fortes après Alma, Lisabetta, Maria et Nina, n’a pas hésité à se lancer en politique. Elle a été la première femme à siéger au conseil municipal de Saint-Moritz en 1972. Mère de quatre enfants, elle a travaillé dans le tourisme et la vente tout en contribuant à la vie culturelle régionale. Elle est décédée en 2018 à l’âge de 98 ans.

Économie et histoire

Sur l’histoire des Grisons, ses ressources, le tourisme et les changements économiques et sociaux qu’il a entraînés, Monique Baud a rédigé des notes intégrées dans le récit lui-même sous forme d’encadrés qui situent le destin de ces femmes dans leur temps.

Ajoutées aux photos fournies par l’auteure et aux nombreuses gravures représentant les paysages de l’Engadine au 19e et 20e siècles, ces annotations ancrent le récit de cette famille grisonne dans une réalité locale sans rien lui enlever de sa portée universelle.

Geneviève Bridel/aq

Marcella Maier, "Le châle de soie vert. Le courage des femmes", Editions Cabedita.

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