Modifié le 07 novembre 2019 à 10:11

Le Goncourt, "le plus prestigieux prix au monde" selon Pierre Assouline

L'écrivain français Pierre Assouline.
L'écrivain français Pierre Assouline. [Ulf Andersen - Aurimages/AFP]
Au vu de son impact sur les ventes de livres, décerner le Prix Goncourt est une grande responsabilité pour les membres de l'académie. A quelques jours de l'annonce du lauréat 2019, rencontre avec Pierre Assouline qui fait partie de ce jury depuis 2012.

Alors que l’académie a dévoilé sa short-list (voir encadré), il est intéressant de s’interroger sur le sens et l’impact que recouvre un tel prix de nos jours.

La première qualité du Goncourt, mine de rien, c’est d’être prescripteur. En 2016 par exemple, Leïla Slimani avait vendu 36'000 "Chanson douce" avant de le recevoir, elle en a écoulé 575'000 exemplaires en grand format aujourd’hui, sans compter les poches, les traductions ou la version audio.

De telles conséquences donnent à l’évidence au jury une grande responsabilité, et le placent aussi dans un certain challenge. Peut-on imaginer que le Goncourt vende moins que le Renaudot ou même - honte suprême - que le Femina?  D’où la tendance, certaines années, à le donner à un titre qui marche déjà bien en librairie.

Dans tous les cas, le Goncourt va traditionnellement à un roman accessible au grand public, ce qui ne veut pas dire mauvais livre. Les deux derniers prix, décernés à Eric Vuillard et à Nicolas Mathieu, le confirment.

Appartenir à la prestigieuse académie

Le romancier et biographe Pierre Assouline connaît le prix mieux que personne. Non seulement parce qu’il a écrit un livre entier sur le sujet, "Du côté de chez Drouant" (Gallimard 2013), mais aussi parce qu’il fait partie du jury depuis 2012  - il y est entré en même temps que le romancier Philippe Claudel.

Pourquoi quelqu’un d’aussi occupé que lui a-t-il accepté d’appartenir à la prestigieuse académie? "Quand j’aime un livre, arriver à convaincre d’autres gens de le lire, et arriver à lui donner une audience maximum, c’est un grand bonheur", confie-t-il.

>> A écouter: Pierre Assouline explique pourquoi il a accepté de faire partie de l'Académie Goncourt

L'écrivain et membre du jury du Prix Goncourt Pierre Assouline arrivant devant le restaurant Drouant à Paris le 7 novembre 2018.
Michel Stoupak - NurPhoto/AFP
Caractères - Publié le 27 octobre 2019

La composition du jury

Ces dernières années, on a vu la composition du jury se modifier et devenir un peu plus éclectique que par le passé. La nomination de Bernard Pivot à la présidence a bousculé quelques habitudes. On a vu aussi les sélections s’ouvrir à de petits éditeurs et s’écarter du carré Galligrasseuil.

L’apparition de Virginie Despentes à la table de chez Drouant a suscité beaucoup d’espoir chez les partisans d’une modernisation du système. Mais il faut du temps pour chambouler une telle institution, et aujourd’hui comme hier les choix des jurés obéissent à des logiques qui paraissent souvent très obscures. Pierre Assouline tout de même se réjouit de la diversité des membres du jury - "On n’arrête pas de s’engueuler et c’est très bien comme ça" - et remarque: "Virginie nous fait lire des livres qu’on n’aurait pas pensé lire".

>> A écouter: Pierre Assouline se réjouit de la diversité des membres du jury

Le Goncourt est annoncé chaque année depuis le célèbre restaurant Drouant (ici en 2013).
Eric Fefferberg -
Caractères - Publié le 27 octobre 2019

Les prix Goncourt des lycéens

Reste que choisir, c’est exclure, et compte tenu du nombre de livres publiés à la rentrée le choix se fait parfois dans la douleur. Pierre Assouline regrette par exemple que les jurés n’aient pas retenu dans la liste finale le très beau livre de Santiago H. Amigorena, "Le ghetto intérieur", chez POL.

Tout n’est pas pour autant perdu: le livre est toujours en lice pour le Goncourt des lycéens. Un prix de plus en plus prescripteur car décerné par de vraies gens, en l’occurrence des jeunes, qui choisissent leur lauréat à partir de la première liste établie par l’Académie Goncourt en septembre.

Obéissant au même principe, les prix Goncourt décernés à l’étranger par un jury composé d’étudiants se sont multipliés. Le choix de la Suisse sera dévoilé le 14 novembre prochain. Pierre Assouline a beaucoup œuvré pour la création de ces jurys hors les murs "J’aimerais que l’Académie continue à s’ouvrir. Ces Goncourt étrangers ont un rôle important, même s’il est encore discret, dans la diffusion de la culture française. Voir leur expansion me rassure", fait-il remarquer.

>> A écouter: Pierre Assouline a beaucoup œuvré pour la création de Goncourt décernés à l'étranger

En 2018, le Prix Goncourt des lycéens a été remis à "Frère d'âme" de David Diop.
Damien Meyer - AFP
Caractères - Publié le 27 octobre 2019

La dernière liste du Goncourt 2019

Reste que la dernière liste, rendue publique le 27 octobre à Cabourg (en hommage à Marcel Proust, car on célèbre cette année le centenaire de son prix Goncourt), peut être jugée incompréhensible, voire scandaleuse.

La présence notamment d’Amélie Nothomb, autrice annuelle de best-sellers futiles aussi rapidement écrits que lus, interroge. "Je pense que certains jurés n’ont pas pu s’empêcher de superposer l’image de l’autrice sur le texte et peut-être au-delà de l’image, son impact médiatique. Personnellement ce n’était pas mon cas. Je ne peux pas en dire plus", explique prudemment Pierre Assouline.

>> A écouter: Pierre Assouline revient sur la présence d'Amélie Nothomb sur la dernière liste du Prix Goncourt 2019

Une table avec les romans qui étaient pressentis pour recevoir le Prix Goncourt en septembre 2019.
Jérôme Leblois - Hans Lucas.
Caractères - Publié le 27 octobre 2019

Sylvie Tanette/aq

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Publié le 01 novembre 2019 à 07:41 - Modifié le 07 novembre 2019 à 10:11

La dernière liste du Goncourt: du grand n’importe quoi

Le 27 octobre dernier, le Jury Goncourt a dévoilé son carré de tête. Il s’agit de:

- Jean-Luc Coatalem. "La part du fils". Stock.
- Jean-Paul Dubois. "Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon". L’Olivier.
- Amélie Nothomb. Soif. Albin Michel.
- Olivier Rolin. Extérieur monde. Gallimard.

Coatalem part sur les traces de son grand-père mort en déportation. On ne sait pas pourquoi ce livre, à la phrase très appliquée, a été retenu parmi les 550 de la rentrée. On apprécie particulièrement la postface où l’auteur martèle que "ce récit tient du roman", propos qu’on peut juger très avisé puisqu’on se souvient que le Goncourt - c’est écrit dans le règlement - doit en effet "récompenser une œuvre de fiction". C’est pourquoi l’an dernier le jury n’avait pas retenu le magnifique "Lambeau", de Philippe Lançon (Gallimard), dans lequel le journaliste rescapé de l’attentat contre "Charlie Hebdo" racontait sa lente reconstruction. On est donc très étonné de voir le même jury - le même exactement - plébisciter Olivier Rolin et son livre où il raconte ses voyages à travers le monde, d’ailleurs signalé sur le site de son éditeur comme appartenant au genre "Mémoires et autobiographie".

En revanche le Dubois est un vrai roman, certes, ouvrage sympathique mais totalement fabriqué à partir de vieilles recettes de l’auteur. Quant au Amélie Nothomb, eh bien disons que c’est du Amélie Nothomb. Et qu’en se souvenant de quelques excellents, littéraires, émouvants, passionnants, exceptionnels et novateurs textes qu’on a eus en mains depuis le mois d’août et qui n’ont pas été retenus, on peut s’interroger sur ce que fument les jurés dans leur salon chez Drouant.

ST