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Avec "SAM", Edmond Vullioud signe un des meilleurs romans de la rentrée

Edmond Vullioud [Jacques Cornuz - DR]
Edmond Vullioud: "Sam" / Caractères / 59 min. / le 6 octobre 2019
Innocent mutique ou crétin du village selon les regards, Samuel deviendra SAM, artiste peintre qui n'hésitera pas à prendre sa revanche sur le monde des hommes. En utilisant tous les moyens, même les plus extrêmes.

Début du 20e siècle. Samuel vit au domaine familial avec son père, un homme que l'alcool adoucit. Derrière les fenêtres, la riche paysannerie vaudoise. Sam a perdu la parole à la mort de sa mère, il avait alors deux ans. Mais plus encore que de ne pas parler, il ne sait pas dire non et deviendra, à l'adolescence, le jouet sexuel du fils du pasteur.

"Le roman a pris une direction à laquelle je ne m'attendais pas", explique Edmond Vullioud à la RTS. "Mais ce qui m'intéresse avant tout, c'est la difficulté de communiquer". L'auteur et comédien l'avoue, le thème lui est familier. Longtemps, il n'a pas su écrire, raison pour laquelle il s'est tourné vers la scène et l'oralité et n'a pris la plume qu'à l'âge de 57 ans. Quant à son fils Clément, auquel l'histoire est dédiée et qui a prêté son visage à la couverture, il est autiste.

Qui sont-ils, ceux-là qui croient faire le bonheur des fous en les réglant sur leurs propres horloges? Qui peut prétendre connaître la réalité du monde? Toi-même, Samuel, que sais-tu de ton propre mystère?

Extrait de "SAM", Edmond Vullioud, BSN press, 2019

Riche et flamboyant

Style, langue et vocabulaire, tout est riche et même flamboyant – sans affectation – dans l'écriture d'Edmond Vullioud. Qui précise n'avoir choisi que des mots utilisés à l'époque pour éviter tout anachronisme. Ainsi, celui d'"autisme" n'apparaît qu'à la toute fin du livre qui se referme en 1917, au moment où le trouble aura trouvé son nom.

"Ce qui mérite d'être fait mérite d'être bien fait". Le mantra signé Nicolas Poussin court tout au long du roman et sans doute décrit-il bien le rapport au monde de l'écrivain et son goût pour le mot juste et la langue classique des grands auteurs qui n'exclut ni l'humour ni le second degré, "surtout quand la situation est dramatique". Pas de jugement moral bien sûr, Edmond Vullioud souligne par exemple – le motif lui est cher – qu'il existe une variété infinie de la manifestation du désir. Ce n'est pas l'homosexualité que l'auteur met en question dans ce roman, mais l'asservissement dont est victime à plusieurs reprises son héros. Abus de pouvoir, dirait-on aujourd'hui.

De Samuel le simple à SAM l'artiste

A la mort de son père, Samuel découvrira d'autres mondes. Celui d'abord de l'institution qui paradoxalement lui ouvrira les portes de la liberté. Mais l'adolescent y apprendra aussi le pire, la manipulation et la duplicité. Samuel, indifférent aux émotions, sait être cruel. Et ce n'est pas sans effroi que le lecteur découvre peu à peu que s'il cherche à rétablir l'ordre du monde à travers l'huile et l'aquarelle, le jeune homme ne recule devant aucun autre moyen. Face au malheur Samuel ne se plaint pas, il agit. Avec finesse, le romancier ne dit pas tout et laisse planer le doute sur les actes de son personnage, laissant le lecteur à son trouble et à ses curiosités.

Durant ces jours tu auras maigri. Tu ne te seras appliqué qu'à construire au milieu des carnages, tu n'auras pas souvent changé de vêtements et, pour la première fois, tu signeras tes pièces: SAM.

Extrait de "SAM", Edmond Vullioud, BSN press, 2019

En toile de fond, la Grande Guerre à laquelle Edmond Vullioud consacre des pages grandioses et accusatrices. La violence des armes, Samuel l'introduira dans sa peinture et en particulier à travers douze triptyques qui susciteront l'émoi. Samuel le simple deviendra alors SAM l'artiste que d'autres péripéties entraîneront jusqu'en Uruguay.

Le roman d'Edmond Vullioud avance au rythme des événements et des rebondissements, portés par la voix d'un narrateur qui pourrait être SAM devenu vieux. Ou peut-être pas...

Anik Schuin/ld

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