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Olivier Adam: "Je suis le contraire d'un écrivain superstitieux"

Olivier Adam. [Pascal Ito - Flammarion]
L'invité: Olivier Adam, "Une partie de badminton" / Vertigo / 41 min. / le 9 octobre 2019
Dans son dernier roman, "Une partie de badminton", Olivier Adam raconte l'histoire d'un héros-narrateur écrivain. Un alter ego que l'auteur français convoque avec plaisir "parce qu'il y a toute une part de jeu sur le je", dit-il.

Olivier Adam propose une espèce de mise en abyme dans laquelle il "aime bien se maltraiter". Dans "Une partie de badminton", le narrateur, alter ego de l'auteur, s'appelle Paul Lerner. Paul, comme les héros de deux autres de ses romans: "Des vents contraires" (2009) adapté au cinéma en 2011, puis dans "Les lisières" (2012).

Ses héros sont une part de lui. "Tous les cinq ans, ça me permet de faire une sorte de bilan fictionnel des angoisses, des questionnements, des joies qui me traversent. Et puis aussi de faire un petit bilan de la société française. Je pense que l'année de mes 50 ans, je publierai un nouveau Paul, qui sera écrivain et qui vieillira avec moi".

Un roman rocambolesque

Après une parenthèse parisienne qui n'a pas tenu ses promesses, Paul Lerner, le personnage du roman "Une partie de badminton", dont les derniers livres se sont peu vendus, revient piteusement en Bretagne où il accepte un poste de journaliste pour l'hebdomadaire local. Mais les ennuis ne tardent pas à le rattraper et Paul voit sa vie conjugale et familiale brutalement mise à l'épreuve.

Ce que j'aime, c'est placer mes personnages dans des situations de crises extrêmes. J'aime bien voir comment face à l'adversité, ou aux adversités, ils se révèlent, comment ils s'en sortent. Au fond, mon seul sujet depuis que j'écris, c'est comment on fait avec le travail, avec l'amour, avec la paternité, avec le couple, avec la famille, avec la société et les classes sociales.

Olivier Adam, écrivain


Dans ce livre qui n'a rien de geignant, Olivier Adam convoque un de ses doubles et brouille les pistes entre fiction et réalité. "Cette espèce de sauvetage in extremis de sa vie en allant s'installer en Bretagne où il avait déjà vécu avec sa famille quelques années auparavant va se révéler une suite de catastrophes". Si Paul Lerner s'accommode de ce déménagement et de cette nouvelle vie, il n'en va pas de même pour sa famille, notamment sa fille aînée, furieuse qu'on l'ait arrachée à sa vie parisienne. Par ailleurs, sa compagne qui entretenait une liaison quelques années auparavant avec un homme en Bretagne, va retrouver cet amant et reprendre cette relation.

En général, je prends toujours une famille témoin. La plus classique possible, la plus commune possible. Et je balance une bombe, ou une série de grenades là-dedans, et je regarde comment tout le monde survit.

Olivier Adam, écrivain

Un personnage malmené

Dans son roman, Olivier Adam l'admet, il malmène véritablement son héros, Paul Lerner. Un personnage qui n'en peut plus d'être lui-même. Il y a dans ce livre une dimension comique, presque burlesque, que l'auteur n'avait jamais poussée aussi loin. Comme d'autres écrivains qu'il admire, Olivier Adam manipule à la fois la mélancolie, l'humour et la dérision. "En tant que lecteur, j'adore ça et paradoxalement, en tant qu'auteur je ne l'avais jamais fait".

Depuis son premier roman, "Je vais bien, ne t'en fais pas", publié en 2000, Olivier Adam ne s'est plus arrêté d'écrire. Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma et il a obtenu plusieurs prix, dont le Goncourt de la nouvelle pour son recueil "Passer l'hiver" en 2004. Toute son oeuvre est traversée par une grande question: comment vivre, comment exister. Une question abordée avec drôlerie et légèreté dans "Une partie de badminton". Si Olivier Adam ne trouve pas de réponses à ses questions dans ses romans, ils lui procurent en revanche de l'apaisement face à ses angoisses.

En général, j'écris sur des événements que je n'aimerais pas voir survenir dans ma vie. Je suis le contraire d'un écrivain superstitieux.

Olivier Adam, écrivain

L'auteur met en scène un personnage qui lui ressemble beaucoup face à l'échec total de sa vie littéraire et au délitement de sa vie privée. Il y a une espèce de catharsis dans l'écriture d'Olivier Adam. Une manière de conjurer le sort. "Ce qui est important dans ce livre, c'est que Paul est quelqu'un qui a toujours cru qu'il ne savait pas vivre, qu'il ne savait pas faire face aux choses, qu'il était fragile, apte à la dépression. Mais face à l'adversité, il va découvrir un mec plutôt bon père qui gère plutôt bien les menaces qui pèsent sur lui. Il va se découvrir plus courageux et plus solide qu'il le pensait". Pour Olivier Adam, "Une partie de badminton" est en quelque sorte un roman d'apprentissage, à 45 ans.

Des questions politiques

Un roman drôle et léger dans lequel l'auteur soulève tout de même des questions politiques très actuelles dans un équilibre délicat. Ses personnages, Olivier Adam les construit en se basant sur l'endroit d'où ils viennent, les milieux qu'ils fréquentent et la place qu'ils occupent dans la société. "Aujourd'hui, même ce que l'on choisit de manger est politique", dit-il.

Son inspiration est aussi géographique et topographique. "Ce qui m'inspire, c'est déjà le quartier dans lequel je vis. J'aime beaucoup les rues dans lesquelles je vis et j'ai envie de les décrire. Et en même temps, cette géographie-là contient une sociologie, des questions sociales, des questions politiques."

Propos recueillis par Laurence Froidevaux

Adaptation web: Lara Donnet

"Un partie de badminton", Olivier Adam (Flammarion).

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