Modifié le 09 octobre 2019 à 17:59

Emile Bravo envoie Spirou encore "Un peu plus loin vers l'horreur"

Page de couverture de la bande dessinée "Spirou. L'espoir malgré tout. Deuxième partie" d'Emile Bravo (Editions Dupuis)
Spirou, insubmersible? Nectar / 30 min. / le 08 octobre 2019
Dans le troisième tome de la saga "L'Espoir malgré tout" qui en comptera cinq, l'auteur et dessinateur Emile Bravo évoque les traumas de Spirou, le petit groom humaniste. Un récit qui nous en apprend beaucoup sur l'occupation belge.

"L'homme, hélas, n'avance qu'à coups de traumatismes" se désole l'auteur et dessinateur Emile Bravo, qui depuis plus d'une décennie offre sa propre vision de Spirou (qui signifie "écureuil" et "facétieux" en wallon) en le confrontant aux traumas de la Seconde Guerre mondiale, en particulier de l'occupation belge que l'on connaît peu.

Ambitieux, intelligent, jamais moralisant et non dénué d'humour, "Un peu plus loin vers lʹhorreur", le troisième tome de cette saga qui en comprendra cinq, vient de sortir.

Un personnage qui appartient à son éditeur

Il faut le rappeler: Spirou et sa bande font partie des rares héros de la BD franco-belge à appartenir à leur éditeur et non pas à un auteur ou à un dessinateur en particulier. Au départ, en 1938, date de sa création, le petit groom n'est qu'une mascotte du "Journal de Spirou" lancé par l'éditeur Jean Dupuis. Lequel demandera au dessinateur Robert Velter, dit "Rob-Vel", de lui donner vie. Par la suite, ils seront nombreux à développer le personnage et ses aventures, le plus emblématique étant Franquin. "Avec son écriture graphique, il a transformé un petit groom en héros. Franquin était un génie" s'enthousiasme Bravo.

>> A regarder, la bande-annonce du nouvel album d'Emile Bravo:

 

En 2006, les éditions Dupuis lancent la série "Spirou par..." et sollicitent Emile Bravo. Nourri à Spirou quand il était enfant, l'auteur et dessinateur s'est toujours demandé ce qu'avait été la vie de ce petit bonhomme avant de devenir portier. C'est donc à la genèse du personnage qu'il s'attache dans "Journal d'un ingénu".

A son petit héros, il donne même un prénom, Jean-Baptiste. Succès immédiat. L'album est multiprimé et vendu à plus de 100'000 exemplaires. Alors pourquoi pas une suite? se dit l'éditeur.

Qu'avez-vous fait pendant la guerre?

Emile Bravo hésite, il ne veut surtout pas rivaliser avec Franquin. Après réflexion, il accepte tant la période de la Seconde Guerre mondiale le passionne.

Je suis fils de Républicain espagnol. Quand j'avais dix ans, mon père m'a dit: "Sans Hitler et Mussolini, tu n'existerais pas". J'en ai fait une affaire personnelle et j'ai découvert le cauchemar du nazisme."

Emile Bravo, auteur et dessinateur

Bravo passe beaucoup de temps à interroger celles et ceux qui ont vécu cette période. A chacun, il pose cette même question: qu'avez-vous fait pendant la guerre? Il ne rencontre ni résistant ni collabo mais tous ont la même réponse: ce qu'ils retiennent, c'est la faim et la peur. "J'ai compris que c'était cela qu'il fallait que je raconte aux enfants: rester humain malgré la terreur et la faim. Survivre est déjà un exploit", précise celui qui termine ce troisième tome au seuil d'un camp de concentration.

Un récit tout public

Un des mérites de cette saga est de captiver autant les enfants que les adultes. Pour Emile Bravo, c'est le principe même de la bande dessinée:

Enfant, j'ai aimé la complicité intergénérationnelle que la BD permettait. Je me souviens que mon père riait à des gags d'Astérix que je ne comprenais pas. Il me disait: "Tu sauras quand tu seras plus grand". J'étais non seulement fier qu'un adulte apprécie mes lectures d'enfant mais heureux de savoir qu'il existait un mystère que je découvrirai plus tard.

Emile Bravo, créateur d'une nouvelle saga Spirou

Dans le troisième tome, certains ont lu une rivalité entre Spirou l'humaniste et Tintin le conservateur, le groom populaire et le reporter issu de la petite bourgeoisie. Emile Bravo s'en défend, affirmant qu'il aime les deux personnages. La preuve? Spirou lit un album de Tintin! C'est un des nombreux clins d'yeux de Bravo à l'univers de la BD francophone. 

Pourtant, pour Boris Bruckler du Centre BD de la ville de Lausanne, Spirou est plus moderne que Tintin parce qu'il a évolué au gré de ses auteurs tandis que le héros d'Hergé s'est arrêté avec son auteur. C'est aussi la recette du succès du Journal de Spirou dont le graphisme s'est adapté aux exigences esthétiques de nouveaux talents de la BD, tout en continuant à satisfaire les parents comme les enfants. Et cela depuis 81 ans!

Propos recueillis par Marlène Métrailler

Adaptation web: Marie-Claude Martin

Spirou, l’espoir malgré tout. Deuxième partie : Un peu plus loin vers l’horreur d’Émile Bravo. Edition Dupuis

Publié le 09 octobre 2019 à 11:50 - Modifié le 09 octobre 2019 à 17:59