Publié le 24 septembre 2019 à 14:35

"Capitão", l'histoire dessinée d'un missionnaire suisse qui perdit la foi

La BD "Capitao" revient sur le passé colonial de la Suisse.
Les invités du 12h30 – La nouvelle BD de Stefano Boroni et Yann Karlen dévoile le passé colonial de la Suisse L'invité du 12h30 / 8 min. / le 24 septembre 2019
Saviez-vous que la Suisse a eu un passé colonial? Et la Suisse romande en particulier? Stefano Boroni et Yann Karlen l'ont décrypté dans une BD intitulée "Capitão".

Des missionnaires partis de Neuchâtel, du Jura ou de Lausanne jusqu'en Afrique australe, pour répandre religion, médecine et… paillassons! Une philosophie notamment de la propreté, toute suisse, propagée pendant près d'un siècle dès 1870. C'est ce que raconte la bande dessinée de Stefano Boroni et Yann Karlen, "Capitão".

Dans cette BD, un ancien missionnaire désillusionné évoque ses souvenirs. Inspirée notamment de la vie de Georges-Louis Liengme, missionnaire et médecin au Mozambique, la bande dessinée retrace le travail, relativement méconnu, des missionnaires suisses en Afrique et permet de découvrir les liens historiques entre la Suisse et l'Afrique australe entre le XIXe et le XXe siècle.

Relire une histoire coloniale

La bande dessinée de Stefano Boroni et Yann Karlen comporte un feuillet historique permettant de séparer la fiction de l'Histoire. Elle est également accompagnée d'une exposition intitulée "Derrière les cases de la mission, l'entreprise missionnaire romande en Afrique australe (1870-1970)", à découvrir à l'espace Arlaud à Lausanne. Organisée par le Musée Cantonal d'Archéologie et d'Histoire et le Musée d'Ethnographie de Neuchâtel, cette exposition sera également programmée au MEN à Neuchâtel dès la mi-mars 2020.

>> A écouter, l'émission "Nectar" consacrée à l'exposition:

"Derrière les cases de la mission": une exposition et un livre, à l'Espace Arlaud à Lausanne.
DR
Nectar - Publié le 18 septembre 2019
 

Les missions coloniales sont une partie de l'histoire vaudoise et romande qui reste assez méconnue. "En commençant à travailler dessus, on a réalisé qu'il y a énormément de gens qui ont, d'une manière ou d'une autre, un contact avec ce passé-là", explique Yann Karlen à la RTS. "Cela fait vivre énormément de choses chez nous, même si on en parle peu, c'est vrai. Et puis, à l'heure actuelle, on en parle d'autant moins qu'il y a une grosse perte de vitesse des missionnaires qui se transforment plus en des ONG que de la propagation de la foi".

Un colonialisme culturel et spirituel

La seule motivation de ces missionnaires, entre le XIXe et le XXe siècle, était en effet de transmettre la foi. "Après, la propagation de la foi du point de vue des protestants, elle passe par l'enseignement, la culture, par les soins. Ce qui meut les missionnaires, c'est la foi, mais il y a peu de questionnement de leur part sur les conséquences de la propagation de cette foi. C'est le fil rouge de la BD", explique Yann Karlen.

Un planche de la BD "Capitão".
Un planche de la BD "Capitão". [Editions Antipodes]

Le personnage principal de "Capitão" perd la foi, ce qui révèle et soulève beaucoup de questions. "Il lâche tout son bagage culturel pour se rapprocher de la terre et d'une relation spirituelle plus libre. C'était notre parti pris fictionnel", dévoile Stefano Boroni.

En 1870, la Confédération ne soutenait pas ces missions. La BD et l'exposition sont construites à partir de nombreuses images, de sons et d'objets d'archives. Concernant les missionnaires suisses, on parle de colonialisme culturel et spirituel, contrairement à ce qu'ont fait des pays comme la Belgique, la France ou la Hollande par exemple.

Propos recueillis par Yves Zahno

Adaptation web: ld

BD: "Capitão" de Stefano Boroni et Yann Karlen (Editions Antipodes).

Publié le 24 septembre 2019 à 14:35