Modifié le 11 septembre 2019 à 15:57

Le marché de la BD, une bulle qui n'est pas près d'éclater

Un enfant regarde les albums exposés dans la Grande Librairie, lors du BD-FIL 2006 Festival International de BD Lausanne, le 9 septembre 2006 à Lausanne.
Alter Eco - Le marché de la bande dessinée, une bulle qui n'éclate pas Alter Eco / 4 min. / le 09 septembre 2019
La bande dessinée connaît un boom historique. A quoi attribuer ce succès? A ses auteurs, bien sûr, mais aussi à sa capacité d'innover. Mais ce marché florissant ne profite pas forcément aux auteurs.

Catégorie particulière de l'édition, la bande dessinée connaît une bulle qui n'est pas prête d'éclater. Son succès florissant est d'autant plus insolent que le reste du marché, lui, est en stagnation.

En France, le constat est encore plus tranché: le monde de l'édition recule de 4,4% sur les six derniers mois alors que les ventes de BD ont augmenté de 10% en un an. Comment expliquer le phénomène? Ses auteurs, bien sûr. Mais il faut aller plus loin. L’offre augmente. Entre 2000 et 2016, le nombre de BD publiées dans le monde francophone a été multiplié par cinq pour atteindre plus de 5'000 titres!

La BD s'est démocratisée et plusieurs générations en consomment. Quand j'étais enfant, je ne lisais que cela et les profs étaient horrifiés. Aujourd'hui, on est déjà content qu'un enfant ouvre un livre.

Zep, papa de Titeuf et auteur de "Happy sex 2"

La BD explore de nouveaux territoires

L'autre raison de ce boom? Sa capacité d'innovation. La BD occupe de nouveaux territoires, comme la BD d'actualité, et aborde des sujets de plus en plus variés, la sexualité bien sûr, mais aussi la finance avec, par exemple, cette collaboration atypique entre un responsable français d'un master en finances et les auteurs de Largo Winch.

En 2018, 38'000 références publiées par 535 maisons d'édition ont été vendues, dont la moitié sont des nouveautés sorties dans les douze derniers mois. Un cru exceptionnel alors même que c’était une année "sans" Astérix, vrai moteur des ventes, tout comme Zep, publié chez Glénat qui fête ses 50 ans. La maison d'édition est l’une des plus grosses de France et la première dans le secteur des mangas.

Précarisation de la profession

Aujourd’hui, la maison, dirigée par la fille de Jacques Glénat, vend 10 millions de bandes dessinées par année pour 80 millions d’euros de chiffres d’affaire. "L'offre est aujourd'hui incroyable. Il y a de plus en plus de titres mais les auteurs vendent moins qu'avant. Les librairies sont saturées. Un nouvel album, qui a parfois coûté un ou deux ans à son auteur, ne tient que douze minutes en librairie. Cela précarise énormément la profession et les auteurs gagnent de moins en moins sur leurs droits d'auteur", explique Zep qui sort ce mercredi le tome 2 de "Happy sex", une BD réservée aux adultes.

Frédéric Mamaïs/mcm

Publié le 10 septembre 2019 à 09:09 - Modifié le 11 septembre 2019 à 15:57