Modifié le 26 mai 2019 à 10:50

Laurent Gaudé célèbre avec lyrisme la construction européenne

Gaudé Laurent
Laurent Gaudé : "Nous, l'Europe, banquet des peuples" Caractères / 1h00 / le 26 mai 2019
Au moment où les électeurs européens sont conviés à se prononcer sur les contours politiques du continent, Laurent Gaudé publie un long poème en vers libres pour rappeler que "l’Europe est la fille de l’épopée et de l’utopie". Audacieux!

Laurent Gaudé est un écrivain concerné par la marche du monde. Il y a deux ans, il publiait "De sang et de lumière", recueil de poèmes en vers libres, incisifs, dans lequel il exprimait sa déception à l’égard de l’institution européenne.

L’Europe sans joie, sans élan, sans projet
Comme un bâtiment vide.
Et ma génération qui la croyait acquise
Sera peut-être celle qui l’enterrera.

Laurent Gaudé, "De sang et de lumière"

Se confronter au récit européen

En pleine campagne électorale, l’auteur confirme sa crainte de voir s’effondrer le grand rêve européen sous les coups de boutoir de la vague populiste, probable conséquence d’une dérive technocratique.

>> A voir: Laurent Gaudé livre sa vision de l'Europe

Laurent Gaudé.
Culture - Publié le 24 mai 2019

"Depuis longtemps, j’avais envie de me confronter au récit européen, confie l’auteur. Mon projet était de célébrer cette aventure formidable de la construction européenne. Le lyrisme du poème me permet une telle célébration."

C’est donc sur le mode épique qu'il retrace à grandes enjambées la concrétisation d'une idée folle: réunir autour d’une même table les peuples européens avec, pour fondement du banquet, les idéaux humanistes.

Nous sommes traversés d’un long fleuve d’Histoire
qui nous donne l’épaisseur du temps.
Peut-être sommes-nous cela: des enfants vieux,
Alliance de la fatigue et de l’enthousiasme.
Qui peut désigner le jour exact de notre naissance?

 Laurent Gaudé, "Nous l’Europe"

Les balises de la construction européenne

Maniant avec talent l’ellipse temporelle que permet le poème, Laurent Gaudé évoque les époques charnières qui ont infléchi le destin du continent depuis la moitié du 19e siècle. Naissance des nations, révolution industrielle, colonisation, montée des extrêmes, guerres mondiales et chute de l’Empire soviétique… avec en point de fuite la vigueur propre à la jeunesse, capable de faire vaciller les régimes les plus inflexibles. "Ce n’est pas inutile de savoir d’où on vient et ce qu’on a fait, pour savoir qui on est aujourd'hui et décider qui on a envie de devenir. C’est pour ça que je suis remonté jusqu'au 19e siècle", précise l’auteur.

Dans les premières pages de "Nous l’Europe", une voix collective affirme: "Nous sommes nés de l’utopie et du mécontentement". Et pourtant. L’Europe politique fondée sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale est issue d’une volonté d'apaisement et de compromis, après des années de fureur. Et Laurent Gaudé de conclure avec conviction: "A un moment donné, il va falloir accepter de se confronter à la passion des peuples, même si c’est inconfortable".

Mais il ne faut pas confondre "passion" avec "rejet". Actuellement, la vague populiste est, selon lui, le symptôme d’un rejet attisé par les tribuns de tous bords, non pas celui d’une passion pour un projet capable de mobiliser les foules.

C’est cela que nous voulons:
Que l’ardeur revienne.
Que l’Europe s’anime,
Change,
Et soit,
A nouveau,
Pour le monde entier,
Le visage lumineux
De l’audace,
De l’esprit,
Et de la liberté.

Laurent Gaudé, "Nous, l’Europe"

Pour le théâtre

Dans un élan d’enthousiasme, Laurent Gaudé a réalisé une adaptation de "Nous, l’Europe" destinée à la scène. Une partition pour comédiens et chœur portée par Roland Auzet, à découvrir au Festival d’Avignon début juillet. Parmi la dizaine d'interprètes venus de toute l’Europe figure Robert Bouvier, directeur du Théâtre du Passage à Neuchâtel.

Un comédien suisse investi dans un spectacle célébrant l’Europe des peuples. Voilà qui ne manque pas de panache alors que les autorités helvétiques tardent à renouveler le pacte de confiance qui lie la Suisse à Bruxelles.

Gageons qu’il faudra de "l'audace" et de "l’esprit" pour accorder les voix discordantes. Beaucoup.

Jean-Marie Félix/mh

Publié le 26 mai 2019 à 10:49 - Modifié le 26 mai 2019 à 10:50