Modifié le 17 mai 2019 à 08:18

Martine Laroche-Joubert: "Je ne suis pas une tête brûlée"

Martine Laroche-Joubert, reporter de guerre.
La grand reporter Martine Laroche-Joubert publie ses mémoires Tout un monde / 9 min. / le 16 mai 2019
En 35 ans de carrière, la reporter de guerre Martine Laroche-Joubert a couvert une bonne partie des conflits et grands événements du monde. Un parcours qu'elle raconte dans ses mémoires intitulées "Une femme au front: mémoire d'une reporter de guerre".

Ex-Yougoslavie, Libye, Syrie, Afghanistan, Proche-Orient, Irak, Afrique du Sud, Zaïre... son parcours forme la trame du livre qu'elle publie aux Editions du Cherche-Midi, "Une femme au front: mémoire d'une reporter de guerre".

Martine Laroche-Joubert, grande reporter de France 2, y raconte quelques moments de grâce, des sourires ou des fous rires, mais son histoire est surtout jonchée de guerres, de morts, de barbelés et de missiles. Elle en ressort malgré tout avec, aussi, une vision positive de l'humanité.

Quand on va sur ce genre de terrain, on rencontre des personnages vraiment exceptionnels. Dans le bien ou dans le mal.

Martine Laroche-Joubert, grand reporter

Dans les circonstances tragiques de son travail, Martine Laroche-Joubert explique qu'elle a souvent croisé la route de gens bien. Elle a rencontré des personnalités comme Nelson Mandela, Barack Obama, mais également des anonymes capables de gestes incroyables. "A Alep, quand j'ai couvert la Syrie ces dernières années, je me souviens qu'il y avait dans la veille ville, sur la ligne de front, un asile pour handicapés mentaux. Ce qu'il y avait d'incroyable, c'est que des bénévoles venaient tous les jours pour s'occuper de les laver, leur parler. Ça, ce sont des choses exceptionnelles".

Un quotidien où tout est intense

Toujours prête à couvrir un sujet, Martine Laroche-Joubert garde sa passion pour la véritable nature humaine, moteur qui l'a poussé à chaque fois à repartir. "Il y a très peu de faux-semblants. Il n'y a pas, entre les gens, de conversations sur tout et sur rien. Souvent, tout est une question de vie ou de mort", explique-t-elle à la RTS. Un quotidien de travail où tout est intense, raison pour laquelle Martine Laroche-Joubert a choisi ce métier.

Quant à sa sécurité, comme tout reporter de guerre, Martine Laroche-Joubert n'y a jamais vraiment réfléchi. "Bien sûr que c'est dangereux. Je le sais. Je ne suis pas kamikaze. Je ne suis pas une tête brûlée. Mais il sera toujours temps, sur le terrain, de voir jusqu'où on va aller".

Une image ne mérite pas de mourir, bien sûr, mais il faut quand même aller assez loin pour pouvoir filmer la meilleure situation possible. Mais il m'est arrivé plusieurs fois d'avoir peur. Je ne suis pas une machine.

Martine Laroche-Joubert, grand reporter

La peur est bonne conseillère selon la reporter. "C'est la panique qui fait prendre de mauvaises décisions. Mais la peur fait partie du métier".

Se protéger de ses émotions

Reporter de guerre, un travail qui, bien souvent, nous protège de nos propres émotions. C'est aussi ce qui permet de supporter l'horreur à laquelle ces professionnels sont confrontés. Si son métier lui permet de se dissocier de ses émotions, Martine Laroche-Joubert avoue avoir parfois été "trop blindée": "J'ai senti à un moment que j'étais trop froide. Que je devenais un témoin froid face à certaines scènes".

Il ne faut pas que les émotions nous empêchent de travailler. Mais si l'on bloque toutes les émotions, on ne fera pas non plus du bon travail.

Martine Laroche-Joubert, grand reporter

La violence à laquelle s'est confrontée parfois la reporter, les émotions que cela suscitait ou non, l'ont obligée à se remettre en question et à abandonner provisoirement certains reportages pour y revenir plus tard.

Un métier essentiel

En 35 ans de carrière, la journaliste française a le sentiment de faire quelque chose d'utile: "En tout cas, je pense que les gens ne pourront plus dire 'je ne savais pas', quelle que soit la lenteur des politiques à prendre des décisions. Les gens qui lisent des reportages ou qui en regardent ne pourront plus dire qu'ils ne savaient pas ce qui se passait".

Avec son livre, "Une femme au front: mémoire d'une reporter de guerre", Martine Laroche-Joubert souhaite montrer et expliquer ce qu'est ce métier. Un métier essentiel pour comprendre le monde, à l'heure où beaucoup de médias ferment leurs bureaux étrangers et rapatrient leurs correspondants étrangers.

Lara Donnet

Propos recueillis par Eric Guevara-Frey

Publié le 16 mai 2019 à 12:46 - Modifié le 17 mai 2019 à 08:18