Publié le 08 février 2019 à 15:02

Les ouvrages spécialisés se vendent bien sur un marché du livre en recul

Les librairies ne veulent pas financer Amazon.
Les librairies ne veulent pas financer Amazon. [Denis Meyer / Hans Lucas - AFP]
Les ventes de livres sont en recul constant quand celles des ouvrages spécialisés se maintiennent. Selon un rapport, en Suisse alémanique, les livres pour enfants continuent de bien se vendre. Tout comme les ouvrages spécialisés. Décryptage.

On ne vous apprend rien: les ventes de livres baissent sans cesse. D'après les derniers chiffres du commerce du livre en Suisse alémanique, les libraires ont vu leurs ventes diminuer de 3,6% en 2018.

Mais si l'on regarde ces chiffres de plus près, on remarque que certains segments sont moins touchés que d'autres de l'autre côté de la Sarine. Les livres pour enfants, par exemple, continuent de bien se vendre. Tout comme les ouvrages spécialisés.

Vincent Kaufmann, chercheur littéraire suisse et expert du marché du livre. Vincent Kaufmann, chercheur littéraire suisse et expert du marché du livre. [DR - ] Mais comment expliquer cette fascination pour cette forme de littérature? SRF a posé la question à Vincent Kaufmann, chercheur littéraire suisse et expert du marché du livre, directeur du secteur de recherche Média et Culture de l'Université de St-Gall.

SRF: On lit de moins en moins de romans alors que l'on est toujours aussi friand de littérature spécialisée. Comment cela s'explique-t-il?

Vincent Kaufmann: Cela vient certainement du fait que cette littérature ne connaît presque pas de concurrence. Si vous voulez vous plonger dans une biographie ou dans un sujet historique, vous n'avez pas vraiment d'alternative.

Derrière chaque ouvrage spécialisé se cache quelqu'un qui s'est penché sérieusement, à notre place, sur une thématique donnée. Dans le domaine de la fiction, c'est tout le contraire: les alternatives sont pléthore – séries tv, industrie du gaming ou encore médias sociaux.

Pourquoi le marché en ligne n'offre-t-il pas plus d'alternatives aux ouvrages spécialisés?

La temporalité est différente: on peut prendre son temps pour faire des recherches afin de rédiger un livre; mais les rédactions quotidiennes, voire hebdomadaires, elles, sont constamment sous pression pour produire le plus rapidement possible.

Les ouvrages spécialisés sont des supports idéaux pour le journalisme de qualité, pour les reportages ou le journalisme d'investigation par exemple. Ils offrent l'espace et le temps que l'on ne trouve pas dans les médias électroniques ou dans les journaux.

>> A écouter: Reportage de SRF sur le marché du livre (en allemand)

Dans les médias sociaux et électroniques, l'information est omniprésente. Lire un (long) livre semble dès lors ennuyeux. Alors pourquoi ressent-on malgré tout ce besoin?

Le problème, c'est le flux d'informations: on s'y perd. La littérature spécialisée offre quant à elle un savoir bien organisé. Derrière chaque ouvrage se cache quelqu'un qui s'est penché sérieusement, à notre place, sur une thématique donnée.

Les auteurs qui élargissent nos connaissances et qui ont bonne réputation sont très demandés.

Je ne suis donc pas certain que la lecture de tels ouvrages soit si ennuyeuse. On peut s'y informer bien plus vite et plus efficacement que sur Internet.

>> A lire: le rapport sur le commerce du livre en Suisse alémanique en 2018 (en allemand)

Les ouvrages spécialisés sont d'excellents guides; ils nous aident à nous orienter. Est-ce une chance pour le marché du livre?

Je pense que oui. La réputation des auteurs d'ouvrages spécialisés est bien plus importante que celle des auteurs de fiction. A l'exception de quelques auteurs devenus de véritables marques, il nous importe peu de savoir qui a écrit les romans policiers de notre bibliothèque.

Par contre, les auteurs qui élargissent nos connaissances, qui nous apprennent des choses et qui ont bonne réputation sont très demandés.

Chiffres opaques en Suisse romande

En Suisse romande, l'univers du livre et des éditions est un monde opaque et difficile à chiffrer. La seule estimation connue est celle de l'Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires (ASDEL), qui estime que le chiffre d'affaires du livre et de l'édition est compris entre 200 et 220 millions de francs pour l'année 2017.

>> A écouter: L'univers du livre et des éditions, un monde opaque et difficile à chiffrer

Il est actuellement difficile de chiffrer le poids de l'édition en Suisse romande.
Martial Trezzini - EPA/Keystone
La Matinale - Publié le 26 avril 2018

Propos recueillis par Susanne Schmugge (SRF 2)/Adaptation web: Miruna Coca-Cozma

Cet article a été publié sur SRF Kultur (en allemand). 

Publié le 08 février 2019 à 15:02