Modifié le 28 mai 2018 à 09:17

"Plaire, aimer et courir vite", de la légèreté dans le mélodrame

Affiche du film "Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré.
Cinéma: Christophe Honoré sort "Plaire, aimer et courir vite" Vertigo / 6 min. / le 22 mai 2018
Présentée en compétition à Cannes, la comédie dramatique "Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré raconte le Paris gay et le sida ravageur des années 1990. Entretien.

L’histoire se situe en 1993 et raconte la romance estivale entre Arthur, un jeune homme de 20 ans qui habite à Rennes et rêve de devenir cinéaste. Et Jacques, un quadragénaire parisien, écrivain célèbre, malade du sida qui sait que cet amour sera sans doute son dernier.

Le film pourrait être seulement tragique. Il est drôle, léger, mélancolique et lumineux. Au festival de Cannes, on l’a beaucoup comparé à "120 battements par minute", le film de Robin Campillo consacré à Act Up-Paris.

Sauf qu’en dehors de l’époque traitée, l’homosexualité des personnages et de la présence du Sida, aucune comparaison possible entre la fresque militante de Campillo et cette balade intime et introspective.

Les deux personnages de "Plaire, aimer, et courir vite" semblent incarner deux facettes de Christophe Honoré, auteur notamment des "Chansons d’amour". D’un côté, Arthur, interprété par Vincent Lacoste, qui, comme le cinéaste, vient de Rennes et rêve de faire des films. De l’autre, Jacques, joué par Pierre Deladonchamps, figure plus fantasmée, plus fictionnelle.

Pour le réalisateur français l'idée était de se "consoler" grâce au cinéma de quelque chose qu'il n'a pas vécu, quand il était étudiant. A 20 ans, il n'a jamais eu l'occasion de rencontrer les artistes qui l'ont initié au cinéma, à la littérature, comme Jacques Demy, Hervé Guibert ou encore Cyril Collard, tous morts du sida. La transmission n'a pas eu lieu.

Je me sers de la fiction, du romanesque, pour m'inventer une histoire. Tant qu'à faire, une histoire d'amour avec ceux qui m'ont initié au cinéma, à la littérature, une histoire qui m'aurait permis cette transmission que je n'ai pas pu vivre.

Christophe Honoré, réalisateur

Sida, soleil noir des années 1990

Le film se veut une photographie de ce qu'était le langage amoureux dans les années 1990, au tant du sida, mais surtout un mélodrame qui privilégie les séquences heureuses. "Je vois bien que ça choque des gens, comme si, soudain, parce qu'on est sur des histoires d'amour tragiques, il fallait enlever ses chaussures, avoir un ton solennel, et avoir que des personnages qui sont dans une espèce de gravite", rajoute-t-il. 

Christophe Honoré voulait que les personnages respirent la légèreté, qu'ils puissent être fanfarons et qu'ils dépensent énormément d'énergie à toujours garder le sourire. "Dans le cinéma d'auteur d'aujourd'hui, souvent, en tant que spectateur, j'ai l'impression d'assister à la messe. Et ça m'ennuie".

Rafael Wolf/mcc

Publié le 23 mai 2018 à 17:06 - Modifié le 28 mai 2018 à 09:17