Grand Format

"Le petit monde de Don Camillo"

Introduction

Retour sur le film franco-italien de Julien Duvivier qui a fait de Fernandel une star du cinéma en 1952.

Chapitre 01

Synopsis

Dans un petit village italien, dans la plaine du Pô, juste au sortir de la Seconde Guerre mondiale, se trouve une église avec son curé et une commune gérée par son maire communiste.

Peppone, le maire, et Don Camillo, le curé, se connaissent depuis toujours. Et depuis toujours, ils sont rivaux. Amis, certes, mais comme des chiens de faïence. Se haïssant gentiment, ils n’hésitent pas à en venir aux poings quand c’est nécessaire. Parfois, ils arrivent néanmoins à s’unir pour le bien-être de la commune.

Peppone, le maire, et Don Camillo, le curé, n’hésitent pas à en venir aux poings.
Peppone, le maire, et Don Camillo, le curé, n’hésitent pas à en venir aux poings. [Collection ChristopheL/AFP]

Peppone et Don Camillo unissent parfois leurs efforts.
Peppone et Don Camillo unissent parfois leurs efforts. [Collection ChristopheL/AFP]

Mais au final, Don Camillo va aller trop loin dans la bagarre et Peppone s’en plaint à Monseigneur. Le curé est alors envoyé en pénitence par ses supérieurs.

Et c’est tout le village, les paroissiens d’abord, puis tous les communistes qui viennent saluer le dynamique curé en espérant son retour très prochain.

>> A voir: la bande-annonce du film

Chapitre 02

Le personnage de Don Camillo

Don Camillo fait partie des personnages qui entrent par la grande porte dans l’imaginaire collectif et n'en sortent plus. On doit ce personnage à un humoriste, écrivain, journaliste et dessinateur italien du nom de Giovannino Guareschi. Il est l'auteur d'une longue série de nouvelles humoristiques mêlant politique et joutes philosophiques dont les héros sont un curé et un maire communiste.

Guareschi est un militant anticommuniste. A travers ses récits satiriques et humoristiques, il entend surtout tourner en dérision la situation politique de son pays. Au sortir de la guerre, le poids du parti communiste italien est énorme.

Une scène du film "Le petit monde de don Camillo".
Une scène du film "Le petit monde de don Camillo". [Collection Christophel/AFP]

Une première "Nouvelle de Don Camillo" sort en 1948. Tout de suite, c’est le succès. Guareschi écrit vite. Et son curé fait rigoler dans les chaumières.

Trois recueils de nouvelles sont rapidement édités et les simples personnages du terroir italien, sortis du coeur de l’auteur se mettent à acquérir une dimension universelle.

Les démêlés de Don Camillo et de Peppone sont traduits dans plusieurs langues et intéressent évidemment le cinéma.

Don Camillo, le curé du village.
Don Camillo, le curé du village. [ - Collection ChristopheL/AFP]

Chapitre 03

Adaptation au cinéma

Il semble que les Américains soient les premiers à prendre une option sur le film. Mais finalement c’est un projet franco-italien qui se précise, peu après la sortie du livre en France. Les Italiens Angelo Rizzoli et Giuseppe Amato, qui s’associeront au Français Robert Chabert, le proposent au réalisateur Julien Duvivier.

Le cinéaste lit le livre et accepte immédiatement, en faisant remarquer toutefois qu’il faut trouver une cohérence à l’ensemble. Il propose d'associer au projet l'écrivain et dialoguiste René Barjavel.

Barjavel est l’homme idéal. Il possède une écriture poétique à laquelle il n’hésite pas à mêler ses propres interrogations oniriques et philosophiques. Excellent dialoguiste, il cisèle les propos de Peppone et de Don Camillo qui feront tout le succès du film.

Tes mains sont faites pour bénir, non pour frapper.

Le Christ parlant à Don Camillo

Les mains sont faites pour bénir... Mais les pieds…

Don Camillo répondant au Christ

L’écrivain et le réalisateur travaillent ensemble à l’adaptation. Le scénario s’écrit en quelques mois. Les financements sont prêts. Il reste à trouver le bon casting.

>> A voir: La scène de la confession

Chapitre 04

Casting

Guareschi, l’écrivain, aimerait beaucoup interpréter lui-même le personnage de Peppone. Mais les essais dirigés par Duvivier le convainquent rapidement de renoncer à la comédie.

Le rôle de Peppone est à repourvoir, tout comme celui de Don Camillo. Pour le rôle du prêtre musclé, on songe à Pierre Brasseur ou Jean Gabin que Duvivier aime beaucoup. On contacte aussi Jacques Tati, qui décline l’offre.

Le cinéaste a alors une idée de génie en envisageant Fernandel, un chanteur de music-hall de 48 ans. Ce Marseillais au verbe haut et à l’énergie communicative n’a jamais fait de cinéma, mais le public l’adore et se rue en masse pour le voir chanter.

"Non", disent les producteurs italiens qui, entretemps, ont fait un autre choix: Gino Cervi, vedette dans son pays. Mais Cervi fait également des bouts d’essais dans le rôle de Peppone. Et puis Duvivier n’en démord pas, il veut Fernandel, malgré son peu de ressemblance physique avec le personnage littéraire qui est censé être un colosse.

Fernandel a quelque chose, une aura, une gueule. C’est ce physique chevalin qui va lui donner toute sa force au cinéma. Un visage tout en dents, des yeux pétillants, un gros nez. Il sera parfait en curé et dans tous ses autres films, portant son physique avec élégance.

Fernandel était aussi un chanteur.
Fernandel était aussi un chanteur. [Philippe Bataillon - INA/AFP]

Fernandel, qui a peur d'être cantonné aux rôles d'ecclésiastiques, demande un cachet tel pour tourner le film qu'il pense que ce sera refusé. Peine perdue, sa demande est satisfaite par des producteurs conquis. Quant à Gino Cervi, il incarnera à merveille le maire Peppone.

>> A voir: Fernandel qui parle de son rôle de Don Camillo

Chapitre 05

Julien Duvivier

"Le petit monde de Don Camillo" est mis en scène par un réalisateur français, ce qui peut paraître étonnant. Mais à cette époque, beaucoup de partenariats existent entre les producteurs de différents pays. On tourne avec des vedettes de chaque pays et chacun dans sa langue. Le film est doublé par la suite.

Julien Duvivier est un réalisateur aguerri. Il a fait ses débuts au cinéma chez Gaumont en 1918, comme scénariste et assistant.

C'est "Pépé le Moko" avec Jean Gabin qui le consacre grand réalisateur et propulse l’acteur au rang de vedette internationale.

Le cinéaste passe la guerre aux Etats-Unis, essuie quelques revers et réalise "Sous le ciel de Paris" en 1951. La même année, il tourne le premier volet des Don Camillo: "Le petit monde de Don Camillo".

Le réalisateur tournera encore "Le retour de Don Camillo", avant de laisser la série à d’autres.

>> A écouter: l'émission "Travelling consacrée à ce film

Le petit monde de Don Camillo (1952).
RIZZOLI EDITORE / FRANCINEX / COLLECTION CHRISTOPHEL - AFP
Travelling - Publié le 01 avril 2018
 

Chapitre 06

Le tournage

Le tournage du film se déroule du 3 septembre au 24 novembre 1951.

Les extérieurs sont filmés à Brescello, village du nord de l’Italie, dans la région de Parme. C’est là que l’auteur des livres, Guareschi, a situé l’action des romans. Le reste du film est tourné dans les studios de Cinecittà à Rome.

C’est sans enthousiasme, explique Eric Bonnefille dans son ouvrage consacré au réalisateur, que les habitants de Brescello accueillent l’équipe de cinéma, craignant d’être ridiculisés par le film.

La municipalité de gauche invite d’abord la population à aider Duvivier pour son œuvre hautement humaine. Mais elle finit vite par se rétracter et par publier un nouvel avis mettant en garde contre ce qui risque d’être un infâme pamphlet. L’opposition s’en mêle et donne à son tour des consignes. Il faut aider à la réalisation du film.

Finalement c'est l’auteur Giovannino Guareschi lui-même qui débloque la situation. Il tient un meeting et balaie les réticences. Toute la population se met à faire de la figuration.

Le curé Don Camillo au milieu des villageois.
Le curé Don Camillo au milieu des villageois. [Getty Images]

Brescello servira de cadre aux extérieurs des autres films de la série des Don Camillo. Depuis le premier film, les habitants ont d'ailleurs su exploiter largement la renommée apportée par les films.

Lorsque le film est achevé et monté, Duvivier le projette à ses collaborateurs, mais personne ne croit vraiment à sa valeur commerciale.

Or "Le petit monde de Don Camillo" devient un triomphe public au-delà de toute espérance, ce qui, en plus de la satisfaction morale, apporte à l’équipe du film une intéressante gratification matérielle.

Chapitre 07

Sortie du film

Sorti en mars 1952 à Rome, le film est présenté en France au Festival de Cannes, hors compétition, le 7 mai. Le 4 juin, il sort en exclusivité dans trois salles parisiennes.

Une des affiches du film "Le petit monde de don Camillo".
Une des affiches du film "Le petit monde de don Camillo". [ - Collection Christophel/AFP]

Le succès est immédiat: en une semaine, le film totalise plus de 100'000 entrées à Paris. A la fin de l’année, plus de 6 millions et demi de spectateurs l’ont vu en France.

Les Italiens lui réservent le même succès avec presque deux millions et demi d’entrées. Les récompenses ne se font pas attendre: en août 1952, les exploitants italiens attribuent au producteur Angelo Rizzoli l’Ecran d’Argent, qui récompense le film cumulant les meilleures qualités artistiques et commerciales.

En novembre, Fernandel reçoit à Rome le Ruban d’Argent pour le meilleur rôle étranger tenu dans un film italien. Le succès se poursuit dans les autres pays.

Fernandel, lui, a trouvé là un rôle qui lui collera à la peau. Il sera Don Camillo dans quatre autres films.

 

Cette soutane a décuplé ma célébrité. Je ne pouvais plus mettre le nez dehors sans être aussitôt reconnu et entouré; même les bonnes sœurs me pourchassaient pour me demander des autographes.

Fernandel

 

Crédits

  • Une proposition de

    Catherine Fattebert pour "Travelling" sur RTS - La 1ère

  • Réalisation web

    Andréanne Quartier-la-Tente

  • Référence

    Eric Bonnefille, "Julien Duvivier, le mal aimant du cinéma français", Vol 1 et 2. Ed. L’Harmattan.

  • RTSCulture

  • Avril 2018