Publié le 22 février 2018 à 16:42

Le film "Utøya 22 juillet" dévoile "un coupable sans visage ni nom"

L'affiche du film du réalisateur norvégien Erik Poppe "Utøya 22 juillet".
L'affiche du film du réalisateur norvégien Erik Poppe "Utøya 22 juillet". [DR]
Le 22 juillet 2011, l'extrémiste de droite Anders Breivik assassinait de sang-froid 69 personnes à Oslo et sur l'île d'Utøya. Dans son film "Utøya 22 juillet", le réalisateur norvégien Erik Poppe ne dévoile de l'auteur du massacre qu'une silhouette.

Sur l'île d'Utøya, le 22 juillet 2011, la plupart des victimes d'Anders Breivik étaient des jeunes qui participaient à un camp de vacances du parti social-démocrate. Le réalisateur norvégien Erik Poppe a filmé les événements en temps réel en se concentrant sur les jeunes victimes du massacre. Le critique de cinéma Michael Sennhauser (SRF) présente le film.

SRF News: Ce film n'est pas un long métrage comme les autres. De quelle histoire s'agit-il?

Michael Sennhauser: Toute l'histoire est présentée selon le point de vue des jeunes et plus particulièrement de Kaya, 19 ans. Le film commence par quelques images documentaires et 3 minutes plus tard, nous sommes déjà au cœur de l'action, au camping de l'île d'Utøya. Les premiers coups de feu éclatent et le massacre durera ensuite 72 minutes. C'est exactement la durée du film – sans montage et tourné avec une caméra de poing. La caméra filme uniquement Kaya, montre comment elle a tenu à rester auprès d'une jeune fille en train de mourir; comment elle se cache et essaie de sauver sa vie en s'enfuyant à la nage.

Le réalisateur norvégien Erik Poppe a voulu consacrer son film aux victimes, car on aurait sinon presque uniquement parlé du meurtrier. A-t-il atteint son but?

Absolument, les spectateurs sont uniquement avec les jeunes gens. Les spectateurs savent que le meurtrier était seul. Mais les jeunes ne le savent pas. Ils n'ont aucune idée de ce qui se passe. Il pourrait y avoir plusieurs tueurs. Un jeune pense même qu'il pourrait s'agir de policiers car il a aperçu un uniforme. Pendant le film, nous découvrons peu à peu tous ces jeunes gens: leurs noms, leurs rêves et leurs rapports les uns avec les autres. Tandis que de l'auteur du massacre, on ne verra qu'une silhouette au loin, sur un rocher. Il n'a ni visage ni nom.

Le film va rouvrir de vieilles blessures – en particulier politiques. C'est justement le but recherché.

Michael Sennhauser (SRF), critique de cinéma

Y'a-t-il un risque qu'un film qui retrace cette journée de manière aussi réaliste ravive de vieilles blessures?

Le film va forcément rouvrir de vieilles blessures. Cependant, il n'est pas destiné en première ligne aux victimes et à leurs proches, mais à tous les autres. Pour rappeler un événement que l'on aurait tendance à refouler – voire à oublier. Il rouvrira surtout des blessures politiques et c'est précisément pour cela qu'il a été tourné.

Un critique d'ARD a déclaré que c'est un "film-choc mettant en scène des personnages de héros caricaturaux" – le film serait kitsch, racoleur et de mauvais goût. Vous n'êtes donc pas du même avis?

Non, je me demande si ce critique parle du même film que moi. La description qu'il en fait évoque plutôt "Hunger Games" avec Jennifer Lawrence – un film de guerre et de divertissement pour adolescents.

Cette description ne correspond pas à "Utøya". On ne voit pas d'actes d'héroïsme et encore moins de caricatures. Le seul acte héroïque qu'accomplit le personnage de Kaya est de rester auprès de la jeune fille mourante. Sinon, nous voyons uniquement des jeunes gens terrifiés. On montre au spectateur ce que l'on ressent quand on ne sait pas ce qui se passe ni comment cela finira.

Roger Aebli (SRF)/news(SRF)/ld

>> Article original publié sur SRF Kultur

Publié le 22 février 2018 à 16:42

"Utøya – 22 juillet"

Présenté pour la première fois au Festival international du film de Berlin, le film est nominé pour les Ours d'or. Il sortira le 9 mars en Norvège. Personne ne sait encore s'il sortira en Suisse ni à quelle date.