Modifié le 15 décembre 2017 à 15:57

Avec "12 Jours", Raymond Depardon questionne la psychiatrie sans pathos

Le réalisateur Raymond Depardon.
Les invités: Raymond Depardon et Claudine Nougaret, "12 jours" Vertigo / 42 min. / le 04 décembre 2017
Le documentaire du photographe et cinéaste Raymond Depardon, "12 Jours", montre les rencontres entre des juges et des patients internés contre leur volonté dans un hôpital psychiatrique de Lyon. C'est l'un des films les plus forts de l'année.

Raymond Depardon s'était révélé par son travail sur la justice, notamment dans "10e Chambre" ou "Délits flagrants". Avec "12 Jours", c’est la troisième fois que le cinéaste français s'intéresse à la psychiatrie.

En 1982, il filmait dans "San Clemente" un hôpital psychiatrique dans la région de Venise. En 1988, "Urgences" s'attachait aux urgences psychiatriques d’un hôpital parisien. Aujourd’hui, au côté de Claudine Nougaret, son ingénieure du son et productrice, ce sont les audiences entre juges et patients se déroulant au sein de l’hôpital qui sont évoquées.

Tribunal forain

Depuis 2013 en France, la loi oblige en fait les juges à venir rencontrer, au bout de 12 jours, les gens qui ont été internés contre leur volonté - ça s’appelle le tribunal forain. Tout ça pour vérifier le bon déroulement de la procédure et pour statuer sur la poursuite ou non de l’internement. Ce film met donc en scène des patients face à la justice. Les psychiatres, eux, ne sont pas présents, contrairement aux deux précédents films de Depardon sur la psychiatrie.

Le champ contrechamp me permet de revenir aux fondamentaux du cinéma. Avec mon dispositif, j’annule toute esthétique.

Raymond Depardon, cinéaste et photographe

Raymond Depardon et Claudine Nougaret a donc voulu s’intéresser davantage aux patients qu’à la médecine. Leur objectif était de rencontrer les patients et de leur donner la parole. Personne avant eux n’avait pu filmer un hôpital psychiatrique de cette manière-là. L’hôpital lyonnais Le Vinatier leur a donné carte blanche, parce que Depardon est connu pour sa rigueur, pour son travail sur la justice.

Avec un dispositif très simple, très respectueux des gens, "12 Jours" raconte ainsi la folie dans toute sa complexité et en dit long sur notre désarroi face à cette folie.

Un film démocratique

En ce sens, c'est un film démocratique, jamais spectaculaire ou racoleur, veillant à une égalité de traitement entre les protagonistes, quel que soit leur statut. Jamais le juge et le patient ne sont réunis dans le même cadre, comme pour montrer qu’il s’agit là de deux mondes qui ne peuvent pas vraiment se rencontrer. Et ces deux mondes s’affrontent par le langage.

On a beaucoup filmé la justice et on a beaucoup appris de nos expériences passées. A être discret, à ne pas perturber l’audience. On ne peut rien déplacer, on ne peut pas demander aux gens de changer de place. Un tournage comme celui-ci est très fragile. Si l’un des malades avait été agressif envers nous, tout se serait arrêté.

Claudine Nougaret, productrice

Les mots ont une extrême importance dans les films de Depardon. Quand tout à coup quelqu’un déforme un mot, quand quelqu’un ne comprend pas un terme. Dans la bouche d’un malade, la schizophrénie devient dizophrénie. Il y a une véritable poésie qui naît de la parole des patients.

Raphaele Bouchet avec olhor

Publié le 14 décembre 2017 à 17:15 - Modifié le 15 décembre 2017 à 15:57