"Dirty Dancing" fait danser les coeurs

Sous ses airs de guimauve, l'histoire d'amour la plus culte de l'histoire du cinéma est en réalité autobiographique. Le film décrit les clivages sociétaux de l'Amérique de l'époque.

Le film

Le film "Dirty Dancing" d'Emile Ardolino, sorti en 1987, nous transporte dans l'univers des sixties, sur la piste de danse et des émois rythmiques de Baby et Johnny.

L'acteur Patrick Swayze y incarne Johnny. Le geste leste, le torse musclé, le cheveu gominé, il envahit l'imaginaire adolescent, et fait fondre les filles, jeunes comme vieilles. Dans ses bras, une Jennifer Grey  qui s'émancipe.

On ne laisse pas Bébé dans un coin.

Patrick Swayze, dans "Dirty Dancing", réplique culte récompensée par l'American Film Institute.

Affiche du film "Dirty Dancing" de 1987 avec Jennifer Grey et Patrick Swayze. [Archives du 7eme Art - AFP]Affiche du film "Dirty Dancing" de 1987 avec Jennifer Grey et Patrick Swayze. [Archives du 7eme Art - AFP]

Le film raconte une initiation, le passage à l'âge adulte dans une Amérique en pleine révolution des mœurs, dans la même lignée que des films comme comme "Saturday Night Fever", "Grease", "Flashdance", et "Staying Alive" à leur époque.

Petit budget, réalisateur de télévision peu connu, des acteurs qui jouent une petite histoire de lutte des classes… Personne n'aurait parié sur le succès de "Dirty Dancing". À tel point que les studios qui le produisent proposent à la scénariste de brûler les copies pour toucher l'argent de l’assurance.

Mais la scénariste, Eleanor Bergstein tient bon. Le film sort et connaît un succès retentissant. La bande originale est une des plus vendue au monde avec les musiques des sixties, dont la chanson "Time of my Life" qui remporte l'Oscar de la meilleure chanson en 1988.

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La bande originale

La bande originale de "Dirty Dancing" va largement contribuer au succès du film. L'intrigue est ainsi rythmée par quatorze chansons du début des années 60, soit des hits de l'époque, comme "Be my Baby" des Ronettes et "Hey baby" de Bruce Chanelle.

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Archives du 7eme Art - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Archives du 7eme Art - AFP]

À l'époque, c'est cette musique que l'on chante dans les voitures et sur les pistes de danse, elle provoque une émotion immédiate. C'est cette part de rêve qu'elle a transmis au scénario de "Dirty Dancing" écrit par Eleanor Bergstein.

Six nouvelles chansons sont créées spécialement pour le film. Elles doivent leur succès à leur esprit sixties qui s'intègre parfaitement à la mouvance de l'époque. Chacune dans son genre est fidèle au style de l'époque, dans l'intention du moins, mais pas dans l'orchestration qui reste très années 80.

Coup de génie pour Franke Previte qui écrit "Time of My Life", à l'origine simple Rythme track interprété par Bill Medley et Jennifer Warnes, qui va être propulsé tube de l'année 1987. De son côté, Patrick Swayze écrit "She's like the Wind", composée dans sa chambre.

Synopsis

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]

C'est l'été 1963, l'été de tous les possibles, de toutes les découvertes. Baby, Bébé dans la version française, de son vrai nom Frédérique (Frances pour la version originale) vient passer, comme chaque année, des vacances dans un village club avec papa, maman et sa sœur. Le père est médecin et la mère, femme au foyer. C'est une famille juive, bien comme il faut, aisée, qui s'en va dans la région des montagnes Catskill dans l'État de New York, à la pension de la famille Kellerman.

On fait des tournois de cartes, on danse sous les étoiles, on pêche, on se balade, on lit. Un soir, en se promenant dans un coin retiré du village, Baby découvre le local d'un groupe de danse formé par les animateurs du village de vacances. L'ambiance y est électrique et les habitués ne sont autres que des enfants des rues. Les couples s'y contorsionnent sur des rythmes lourds et syncopés. Dans ce cadre exaltant, elle fait la connaissance de Johnny Castle, un mélange curieux de Marlon Brando et de Fred Astaire. Il a 33 ans et elle en a 17.

Baby se trouve ainsi mêlée à la vie des employés de la pension et découvre un monde qui lui est complètement étranger, celui de la danse. Petit à petit, elle s'initie à celle-ci avec Johnny, remplaçant sa partenaire habituelle qui vient de se faire avorter. Une histoire d'amour va naître entre ce professeur de danse qui, entre deux danses assez sages avec les clientes, se déhanche sur les rythmes endiablés et sensuels du mambo, propagé par les Noirs à l'aube des sixties, et Baby, qui s'éveille au monde et rêve de le changer. Leur amour n'ira pas de soi. Baby comme Johnny devront faire avec les conventions de leur temps.

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Un film autobiographique

C'est Eleanor Bergstein qui est à l'origine du projet. Scénariste, écrivaine, issue d'une famille juive libérale. Elle est née en 1938 et a passé toutes ses vacances dans les montagnes Catskill, haut lieu de villégiature familial au nord de l'état de New York dans les années 60, avec son père médecin, sa mère femme au foyer et sa sœur, Frances. Cela vous rappelle quelque chose?

Eleanor Bergstein et son mari le poète Michael Goldman à New York en 2014. [Cindy Ord - AFP]Eleanor Bergstein et son mari le poète Michael Goldman à New York en 2014. [Cindy Ord - AFP]

Vue du Colgate Lake Wild Forest au parc de Catskill dans l'état de New York. [Melissa Goodwin - AFP]Vue du Colgate Lake Wild Forest au parc de Catskill dans l'état de New York. [Melissa Goodwin - AFP]

"Dirty Dancing" est en effet un film autobiographique. Pendant que papa et maman font du golf, Eleanor s'initie au mambo. Et comme son personnage, elle donne des cours de danse, participe à des douzaines de concours de "dirty dancing", remporte de nombreux trophées et devient une "mambo queen". Elle finira par enseigner la danse à l'université et par épouser son prof de fac.

C'est en 1976 qu'Eleanor Bergstein décide d'écrire cette histoire de vie. Mais les producteurs hollywoodiens, même s'ils s'amusent de "Footloose", de "Grease", ou de "La fièvre du samedi soir", ne veulent pas entendre parler d'un film sur le "dirty dancing". Il va falloir 10 ans pour qu'elle peaufine son scénario et pour qu'elle trouve le modeste budget estimé à 6 millions de dollars. En comparaison, 28 millions de dollars sont alloués au "Flic de Beverly Hills 2", la même année. Personne ne croit donc au potentiel de cette fable. Il faudra une productrice, Linda Gottlieb, pour lancer la machine.

A croire que c'est une histoire de femmes.

Dirty dancing

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]

En 1986 Emile Ardolino a déjà réalisé plusieurs documentaires et fictions sur la danse ainsi que pas moins de 28 programmes de la série télévisée "Dance in America". Véritable spécialiste du film et du téléfilm chorégraphique, il a remporté l'Oscar pour son documentaire "He Makes Me Feel Like Dancin'" sur le danseur Jacques d'Amboise, en 1984.

Il pense être le plus qualifié pour réaliser ce film sur "dirty dancing". Aussi appelée le mambo, c'est la première danse que l'on exécute à deux, de manière très rapprochée, bassin en avant, collé-serré avec sa partenaire. Elle est inspirée du cha cha cha, mais en plus sulfureux, d'où l'adjectif de "dirty".

Selon moi, le "dirty dancing" est une danse sensuelle, à deux.

Emile Ardolino, réalisateur du film "Dirty Dancing" de 1967.

"Ce qu'il faut retenir du message du film, c'est que danser les uns avec les autres, joue contre joue, hanche contre hanche, bassin contre bassin, épaule contre épaule, qu'importe la manière, c'est communiquer avant tout. Pour moi, c'est ça la danse", dit le réalisateur.

En 1963, la révolution sexuelle n'a pas encore eu lieu. Le seul moyen pour deux personnes de se rapprocher, c'est de danser serrés. "C'est comme des préliminaires, mais c'est romantique, physique et très tactile".

Le chorégraphe Kenny Ortega, qui est alors un tout jeune chorégraphe n'ayant à son actif que quelques films dont "La Folle Journée de Ferris Bueller" est aussi engagé.

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]

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La chronique sociale

Outre son genre de film musical et son allure de film pour ados, "Dirty Dancing" est aussi une chronique sociale sur fond historique. Son thème essentiel est la danse et l'influence qu'elle aura sur l'épanouissement d'une jeune fille de 17 ans à un moment crucial de sa vie, tout comme le monde en général va vivre son émancipation au cours de l'été 1963.

C'est cet aspect social que le comédien Patrick Swayze qui joue Johnny, met en avant dans cette interview de 1987, au moment de la sortie du film. Il déclare qu'il n'aime pas le titre "Dirty Dancing" car celui-ci ne rend pas justice à l'histoire.

Patrick Swayze incarne Johnny Castle dans "Dirty Dancing" en 1987. [Vestron Pictures - AFP]Patrick Swayze incarne Johnny Castle dans "Dirty Dancing" en 1987. [Vestron Pictures - AFP]

Dirty Dancing ce n'est pas ce qu'on imagine. Papa et maman, ce n'est pas un film terrifiant qu'on ne peut regarder qu'à 16 ans révolus, c'est un film pour les enfants, pour la famille.

Patrick Swayze qui joue Johnny dans le film "Dirty Dancing" de 1987 réalisé par Emile Ardolino

Jennifer Grey incarne Baby dans "Dirty Dancing" en 1987. [Great American Films Limited Par - AFP]Jennifer Grey incarne Baby dans "Dirty Dancing" en 1987. [Great American Films Limited Par - AFP]

Baby est intelligente, ce n'est pas une héroïne au physique exceptionnel et l'accent est mis dès le début du film sur son ambition de faire le bien.

Elle rêve de militer avec les marcheurs de la paix, de vivre les grands bouleversements de l'époque, de changer le monde. Car à l'aube des années 60, on assiste à une mutation en profondeur de la société américaine. Tout le monde essaie de poursuivre le rêve américain entre consommation, essor de la télévision, voiture de luxe, téléphone et maison, en se disant que tout sera toujours comme ça. Mais des voix s'élèvent. On veut plus d'égalité et plus de justice.

Cynthia Rhodes dans le film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]Cynthia Rhodes dans le film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]

S'il y a de grands combats, il y a aussi des petites batailles. Le film parle ainsi de l'ouverture à la liberté et à la sexualité. Les gays, les noirs, les femmes commencent à revendiquer leurs droits. Elles commencent à quitter le foyer, à travailler en extérieur, certaines osent même demander le divorce. On assiste à un éclatement de la sphère familiale, à l'atténuation des conflits raciaux et à la révolution sexuelle. Si la pilule est commercialisée depuis 1960 aux États-Unis, l'avortement, lui est toujours interdit.

En faisant la connaissance de Johnny et d'une danse nouvelle, Baby s'émancipe. Ce ne sera pas sans conséquences car la liberté et l'audace qu'elle découvre à travers la danse et l'amour de Johnny, dressent un mur entre elle et sa famille. La danse est l'illustration symbolique de ce conflit social, l'expression d'une liberté et d'une identité nouvelle.

Féministe avant l'heure, elle vient également au secours de la danseuse enceinte, s'occupant de trouver l'argent pour son avortement. À la fin de l'été, Frances, et non plus Baby, a appris le langage du cœur. Mais aussi à connaître son corps et à s'exprimer.

De son côté, Johnny a appris à se connaître grâce à l'intérêt que lui porte Frances. Tous deux commencent à assumer leurs rôles dans un monde en transformation.

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Les acteurs

Patrick Swayze et Jennifer Grey dans "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]Patrick Swayze et Jennifer Grey dans "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]

Pour le casting, la production se tourne dans un premier temps vers Val Kilmer qui décline la proposition. On se tourne alors vers le comédien qui a tenu le rôle de Danny Zuko à Broadway, et de Travolta au cinéma, dans "Grease". Il s'appelle Patrick Swayze. Il a déjà tourné avec Coppola en 1983 et avec John Millius en 1984, où il rencontre Jennifer Grey. Mais c'est à la télévision que le comédien assoit sa popularité. Il tourne "Nord et Sud", une saga sentimentale sur fond de guerre de Sécession. C'est un jeune premier romantique, les filles l'adorent et c'est aussi un excellent danseur, formé du côté de Philadelphie, sa mère était chorégraphe. Il étudie à la Harkness Ballet Company et au Joffrey Ballet avant de devenir premier danseur à l'Eliot Feld Ballet Company.

J'ai démarré tellement jeune à danser que je ne me suis même pas posé la question.

Patrick Swayze, acteur principal de "Dirty Dancing", durant une interview avec Barbara Walters en 1988

Patrick Swayze joue dans le film "Ghost" réalisé par Jerry Zucker en 1990. [Paramount Pictures - AFP]Patrick Swayze joue dans le film "Ghost" réalisé par Jerry Zucker en 1990. [Paramount Pictures - AFP]

Son père, texan bon teint qui élève des chevaux, a peur qu'à force de danser il ne devienne gay. Le petit Patrick devient cependant un danseur hors pair, épouse Lisa, et fait carrière au cinéma, même si on peut presque dire que le rôle de Johnny Castle est le clou de sa carrière.

"Je ressentais quelque chose pour Johnny Castle, ce type issu de la rue, qui se bat déjà pour s'aimer lui-même, pour commencer à croire en lui, pour croire qu'il peut y avoir quelque chose d'autre que ce que la société lui promet."

Jennifer Grey dans "La Folle journée de Ferris Bueller" réalisé par John Hughes. [Paramount Pictures - AFP]Jennifer Grey dans "La Folle journée de Ferris Bueller" réalisé par John Hughes. [Paramount Pictures - AFP]

À l'époque, Jennifer Grey est aussi une actrice montante. Elle vient de jouer dans "La folle journée de Ferris Bueller" et le public aime son côté "fille normale". Jolie, elle ressemble pourtant à la voisine, à la copine de fac, à madame tout le monde et Hollywood commence à lui proposer de plus en plus de rôles.

Patrick Swayze la convainc de jouer avec lui dans le film. Fille de Joel Grey, chorégraphe à Broadway et de la chanteuse Jo Wilder, Baby est le rôle le plus important et le plus difficile de toute sa carrière. À 27 ans, elle joue le rôle d'une jeune fille de 17 ans et doit passer de l'innocence et de l'idéalisme d'une adolescente à l'autorité d'une femme indépendante. Par ailleurs, la condition physique exigée pour atteindre le niveau de danse requis demande un travail intense.

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Le décor

Le film est tourné sur place, en extérieur, à Mountain Lake (en Virginie) et à Lake Lure (en Caroline du Nord). L'équipe dort sur place, dans les hôtels réquisitionnés pour l'occasion et dans lesquels on tourne. L'ambiance y est studieuse et parfois tendue entre les deux acteurs principaux. Mais Emile Ardolino, le réalisateur, fait tout ce qu'il peut pour égayer tout le monde.

Nous avons travaillé ensemble pendant 6 semaines avant de commencer le tournage. Après, j'ai laissé la responsabilité des chorégraphies à Kenny Ortega.

Patrick Swayze, acteur principal de "Dirty Dancing"

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]

Lorsqu'il s'agit de danse, le courant passe plutôt bien entre les deux acteurs principaux. L'actrice craint tout de même que le film ne tourne au porno soft en raison des chorégraphies lascives et du fait qu'on lui demande de toucher les fesses de son partenaire. Hors caméra, ce n'est pas la joie. Patrick Swayze, issu d'un milieu de danseurs, est un travailleur acharné et trouve sa partenaire plutôt superficielle et pas assez concentrée.

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Great American Films Limited Par - AFP]

Il a un moral d'acier, une volonté inébranlable et peut s'entraîner sans discontinuer alors que Jennifer Grey est un peu plus laxiste. Aux heures de tournage, s'ajoute la fatigue, et l'énervement qui va avec. Finalement, tout cela va servir le film car Emile Ardolino a la très bonne idée de laisser tourner sa caméra afin de filmer tous les moments d'irritation et d'énervement entre les deux héros de l'histoire.

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Archives du 7eme Art - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Archives du 7eme Art - AFP]

Lorsque Patrick Swayze glisse sa main le long du bras de Jennifer Grey, elle ricane. Il recommence… elle ricane encore. Patrick Swayze s'énerve. Et la caméra capte son regard agacé. Le monteur Peter Frank a l'idée géniale d'inclure tous ces ratés au montage final. Tout comme ils intégreront une séance d'échauffement où les deux comédiens rampent par terre. Une séquence qui va particulièrement mettre nos deux acteurs à rude épreuve.

Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]Scène du film "Dirty Dancing" de 1987 d'Emile Ardolino. [Vestron Pictures - AFP]

Il s'agit de la séance d'entraînement dans le lac. Car c'est dans l'eau que Baby tente son saut de l'ange. Le lac est glacial car on tourne en octobre. Alors que toute l'équipe est vêtue de doudounes, les pieds bien emballés dans deux paires de chaussettes, la production a du peindre les feuilles des arbres en vert pour bien situer l'action en été. Il n'y aura aucun gros plan sur les acteurs pour ne pas montrer les lèvres bleues.

Il est difficile de faire plus racoleur et plus niais.

Les journaux, au moment de la sortie de "Dirty Dancing" en 1987.

"Dirty Dancing" porte en elle les vertus rassurantes du "C'était mieux avant", et ça marche. Le film se hisse à la dixième place derrière des pointures comme "Les Incorruptibles", "L'Arme fatale" ou "Le Flic de Beverly Hills 2". Mais si le public adore, que des hordes de femmes vont voir le film plusieurs fois de suite, la presse se déchaîne. "Il est difficile de faire plus racoleur et plus niais", lit-on dans les journaux.

Mais la profession ne peut que saluer l'exploit, et la bande originale rencontre un succès planétaire. En 1988, Franke Previte reçoit l'Oscar de la meilleur chanson de film des mains de Liza Minnelli.

Affiche du film "Les Incorruptibles" réalisé par Brian De Palma en 1987. [Archives du 7eme Art  - AFP]Affiche du film "Les Incorruptibles" réalisé par Brian De Palma en 1987. [Archives du 7eme Art - AFP]

Les danseurs de la comédie musicale "Dirty Dancing, The Original live on Tour". [Jörg Carstensen - AFP]Les danseurs de la comédie musicale "Dirty Dancing, The Original live on Tour". [Jörg Carstensen - AFP]

"The Time of my Life" devient un tube et Eleanor Bergstein se met à vivre de son succès. En 2004, la scénariste transforme son œuvre en comédie musicale qui démarre en Australie. Succès immédiat. D'autant que le public, transgénérationnel vit vraiment l’événement en chantant toute la musique du film.

On offre 6 millions de dollars à Patrick Swayze pour qu'il reprenne son personnage de Johnny Castle dans une suite, mais il refuse. L'acteur enchaîne ensuite les rôles sans trop d'intérêt, à l'exception de "Ghost" en 1990. Quant à Jennifer Grey, l'actrice complexée par son nez recourt à la chirurgie esthétique et plus personne ne la reconnaît comme étant la Baby de "Dirty Dancing". Sa carrière se déroulera ensuite à la télévision dans quelques productions.

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GREAT AMERICAN FILMS LIMITED PAR / COLLECTION CHRISTOPHEL [AFP - AFP]AFP - AFP
Travelling - Publié le 1 octobre 2017

Crédits

Une proposition de Catherine Fattebert pour l'émission Travelling

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Réalisation web par Meili Gernet

RTS Culture

Octobre 2017