Modifié le 14 septembre 2017

"Good time", un huis-clos à ciel ouvert

Robert Pattinson pose avec les cinéastes Ben et Josua Safdie pour "Good Time".
Robert Pattinson pose avec les cinéastes Ben et Josua Safdie pour "Good Time". [Rebecca Cabage - Keystone]
Quatrième long métrage de Ben et Josua Safdie, deux frères new-yorkais de 32 et 34 ans, "Good Time" offre à Robert Pattinson un de ses plus beaux rôles.

Ils ont la petite trentaine, sont new-yorkais et se revendiquent comme les héritiers du cinéma américain indépendant et urbain des années 60 et 70, dans la lignée des Sidney Lumet, John Schlesinger, Cassavetes et Martin Scorsese.

Une passion pour les personnages marginaux

Comme leurs aînés, les Safdie aiment les personnages marginaux ou très singuliers, toxicomanes, losers ou petits délinquants, tous les délaissés de l'Amérique. Ils vouent aussi une véritable passion à leur ville qu'ils traitent comme un personnage à part entière. Leur style, à la fois naturaliste et stylisé, leur a valu leur première sélection en compétition du festival de Cannes cette année.

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Une star chez les inconnus

"Good time" est leur quatrième long métrage et le premier à s'offrir une affiche avec des comédiens reconnus: Robert Pattinson, qui a lui même contacté les frères Safdie, et Jennifer Jason Leigh. Jusqu'à présent, les Safdie avaient toujours travaillé avec des acteurs non-professionnels, certains jouant leur propre rôle.

Illusion du temps réel

Que raconte "Good time"? L'histoire d'un braquage qui tourne mal et qui va provoquer une série de catastrophes, malmenant au passage toute une série de personnages secondaires.

Le film, qui crée l'illusion d'un temps réel, est un thriller nerveux, très coloré, presque halluciné, défendu par une bande-son qui pulse au rythme de la ville. Cette BO est signée Daniel Lopatin, alias Oneohtrix Point Never.

Une histoire de frères au carré

Mais "Good Time", c'est aussi l'histoire de deux frères fusionnels que tout oppose. L'aîné, Connie, petit voyou minable mais charismatique, est immature, speed, séducteur, égoïste. Il ferait néanmoins n'importe quoi pour sauver son frère, un handicapé mental (interprété par un des deux Safdie), dont il a besoin autant que son cadet a besoin de lui.

Dans cette figure de l'ange de la mort, ou de la consolation, Robert Pattinson est excellent, dans la lignée des Al Pacino ou De Niro.

>> A écouter le débat de Vertigo sur "Good Time" mais aussi "Le Redoutable", "Mother!" et "Une famille syrienne":

Jean-Luc Godard (Louis Garrel) et Anne Wiazemski (Stacy Martin) dans "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius.
Vertigo - Publié le 13 septembre 2017

Belle énergie du désespoir

Dans le débat critique de l'émission Vertigo du 13 septembre, Raphaële Bouchet défend le film avec enthousiasme malgré sa réserve concernant la seconde partie qui souffre d'un twist scénaristique. En "oubliant un personnage en cours de route, le film perd en intensité", précise-t-elle.

Elle admire "l'énergie du désespoir de tous les personnages et surtout l'impossibilité de chacun d'entre eux d'échapper, soit aux lieux qu'ils traversent et qui sont autant de pièges, soit à la ville elle-même". "On le sentiment, dit elle, d'un huis-clos, où New York est une prison à ciel ouvert".

Impressionnante scène d'ouverture

Rafael Wolf quant à lui se dit très impressionné par la scène d'ouverture, une séance d'une dizaine de minutes chez le psy avec celui qui se révélera le frère demeuré. "C'est très troublant comme entrée en matière car on ne sait pas du tout s'il s'agit d'une scène jouée ou documentaire", dit-il.

Il évoque une narration qui refuse toute psychologie pour ne s'intéresser qu'aux problèmes concrets auxquels sont acculés les personnages. D'où l'énergie permanente du film et cette sensation constante d'étouffement. Très belle mise en scène, mais le critique de la RTS se demande "tout ça pour quoi?".

Marie-Claude Martin

Publié le 14 septembre 2017 - Modifié le 14 septembre 2017