Modifié le 14 juin 2017 à 09:02

"Ghost Hunting", le film qui met en scène d'anciens détenus palestiniens

Le cinéaste palestinien Raed Andoni.
Cinéma: entretien avec Raed Andoni, cinéaste palestinien Vertigo / 6 min. / le 13 juin 2017
Huit ans après l’excellent "Fix Me", le cinéaste palestinien Raed Andoni revient avec "Ghost Hunting", Prix du meilleur documentaire à la dernière Berlinale. Le film sort ce mercredi dans les salles romandes.

Dans ce nouveau film, Raed Andoni réunit d’anciens détenus qui ont tous croupi plus ou moins longtemps dans les geôles israéliennes. Il leur fait construire une prison et les fait rejouer ce qu’ils ont réellement vécu. Le cinéaste a lui-même fait de la prison. Mais il n’aurait jamais imaginé écrire un film sur son seul témoignage.

"Je viens d’un pays où 25% de la population a été emprisonnée ou a expérimenté ces interrogatoires. On parle de 750 000 Palestiniens sur une population de trois ou quatre millions, c’est un chiffre énorme. Donc ma petite histoire personnelle n’a pas beaucoup de sens dans un pays comme le mien, même si j’ai moi-même été emprisonné pendant un an et que j’ai été interrogé pendant plusieurs jours", explique le cinéaste.

>>La bande-annonce du film "Ghost Hunting":

Reconstituer une prison

Au départ, Raed Andoni avait envisagé "Ghost Hunting" comme une fiction. Quand il commence à rencontrer les gens qui avaient connu ces centres de détention israéliens, il découvre "l’émotion extrêmement profonde produite par leur réalité".

C’est pourquoi, durant deux ou trois ans, Raed Andoni tâtonne, cherchant une forme nouvelle. Il décide de reconstituer les lieux: une prison issue des souvenirs des ex-détenus. "Parce que ces prisons, personne ne les voit, dit-il. Lors des interrogatoires, votre tête, la plupart du temps, est recouverte."

Entre la fiction et le documentaire

Raed Andoni recueille les témoignages et écrit son scénario à mesure, sur le plateau. "Voilà pourquoi, à certains moments, quand on voit le film, on arrête de se demander si c’est un documentaire ou une fiction. On ne sait plus. Même moi je ne sais plus. Parce que les deux formes servent le même but. Elles nous aident à nous exprimer de manière profonde."

Pour Raed Andoni, la société palestinienne a l’habitude des clichés liés aux prisons.

On parle tout le temps des "héros" qui sortent de ces prisons et on enferme ceux qui en sortent dans une nouvelle prison, on les enferme dans cette image de "héros". Ça fait partie de notre lutte, on doit produire des héros, ça nous fait du bien. Parce qu’on vit toujours l’occupation et que la lutte n’est pas terminée.

Raed Andoni, réalisateur du documentaire "Ghost Hunting"

Un succès en Palestine

Après le prix à Berlinale en février dernier, le film a connu un beau succès en Palestine. "Je crois que le public palestinien était fier en le voyant. Les comédiens aussi, bien sûr. Parce que le film est honnête. Je n’ai jamais considéré les protagonistes comme des victimes. Être une victime ou un survivant, ce n’est pas pareil. Quand on est survivant, on peut ressentir de la fierté d’avoir affronté une situation difficile. Et pour moi, ces hommes sont des héros, mais des héros humains."

Raphaële Bouchet/aq

Publié le 14 juin 2017 à 07:40 - Modifié le 14 juin 2017 à 09:02

Sortie tardive en France

Si en Suisse le film ne rencontre aucun obstacle concernant sa sortie dans les salles romandes, en France il ne devrait pas sortir avant fin 2019, lit-on dans Le Monde. Co-produit par la RTS, le film est aussi financé par Arte, sur sa ligne "audiovisuelle", et non « cinéma ».

En contrepartie de son financement, Arte a droit à deux fenêtres de diffusion en l’espace de deux ans et seulement après la diffusion sur la chaîne franco-allemande le film peut arriver sur le grand écran, précise Le Monde.

L'équipe aimerait obtenir une dérogation à la règle des deux ans d'attente.